Dragon ball AF (Young Jijii)
Mangas · 2000 · Young Jijii
Le fandom Dragon ball a produit, au fil des décennies, une prolifération d'œuvres non officielles tentant de combler le vide laissé par la fin de GT en 1997, et parmi elles, peu ont atteint la longévité et la popularité de la série signée Young Jijii, dessinateur japonais prolifique connu pour son trait très proche du style Toriyama… et tout aussi souvent pointé du doigt pour ses emprunts visuels directs à l'œuvre originale. Contrairement à ce que son titre laisse penser, cette « suite » n'a jamais eu l'ombre d'une existence officielle : elle appartient à ce vaste mouvement de doujinshi né dans les années 2000 autour d'une rumeur de fan-art espagnol prise pour argent comptant par toute une génération convaincue qu'un « Dragon Ball AF » allait un jour éclater au grand jour.
Trois ans après la défaite d'Omega Shenron, l'équilibre retrouvé du côté des Z-Fighters vole en éclats avec l'arrivée d'Ize, fils de Freezer surpuissant qui vient tester les limites de Vegeta, puis de Gohan, avant qu'une cascade de fusions, de transformations inédites et de morts spectaculaires (rapidement effacées par un vœu bien pratique aux dragon balls) ne vienne boucler une première saga. La suite, consacrée aux Super Dragons Obscurs, ressert presque mécaniquement la même recette : combats en cascade, montée en puissance exponentielle, retour de Goku en personne pour clore le tout en beauté.
Le problème, et il saute aux yeux dès les premiers chapitres, c'est qu'on connaît déjà cette histoire. La seconde partie recycle quasiment tel quel l'arc des dragons maléfiques de GT, sans jamais chercher à s'en éloigner suffisamment pour justifier son existence ; un choix d'autant plus frustrant que cet arc n'était déjà pas le sommet de la série animée. Quant à Ize, présenté comme la menace inédite censée porter la première partie, il souffre de la comparaison presqu'inévitable avec le Freezer doré introduit plus tard dans Dragon ball super : même filiation, même concept de forme surpuissante, mais sans l'aura ni la présence qui font les grands antagonistes de la franchise. On sent le potentiel d'un beau vilain, jamais vraiment exploité.
Sur le plan des personnages, tout le monde reçoit sa dose de nouvelle transformation : Pan et Bra passent Super Saiyan, Vegeta atteint le niveau 3 puis 5, Gohan grimpe jusqu'au niveau 5 également, Gotenks et Uub ne sont pas en reste… Mais l'inflation devient vite son propre pire ennemi. Ce qui faisait la force des transformations chez Toriyama, c'était leur rareté et leur mise en scène ; ici, elles s'enchaînent avec une régularité qui finit par désamorcer toute tension. Le trait de Young Jijii, techniquement solide et parfois bluffant de fidélité au matériau d'origine, joue justement contre lui sur ce terrain : on reconnaît des poses, des angles, des compositions calquées, et la discussion récurrente chez les fans sur son habitude à « tracer » plutôt qu'à réinventer n'est pas totalement infondée en observant certaines planches.
Il faut noter, en toute honnêteté, qu'aucune presse spécialisée n'a jamais consacré de critique en bonne et due forme à ce travail : logique, puisqu'il s'agit d'un doujinshi jamais commercialisé officiellement, circulant en scans et en éditions artisanales revendues sur eBay ou via des communautés comme celle de Kanzenshuu. C'est donc essentiellement sur les forums de fans, dans des fils de discussion s'étalant sur près de quinze ans, que se construit la réception critique de l'œuvre : un respect quasi unanime pour la maîtrise technique du dessin, une reconnaissance du sérieux et de la régularité de Young Jijii comparé à d'autres tentatives avortées du même genre (celle de Toyble, arrêtée en cours de route, notamment), mais aussi une lassitude palpable face à un scénario qui ne prend jamais vraiment de risques et préfère resservir les mécaniques GT plutôt que d'inventer sa propre mythologie.
Le résultat, une fois refermé, laisse une impression étrangement contradictoire : c'est du travail d'orfèvre au service d'une ambition scénaristique famélique. On sort de cette lecture avec le sentiment d'avoir revu un remix bien exécuté d'un album qu'on connaît par cœur plutôt que d'avoir découvert une vraie suite. Les amateurs de fan-fictions sérieuses pourront lui préférer Dragon ball multiverse pour son inventivité scénaristique et sa liberté de ton, ou se tourner vers le travail plus assumé de Toyotaro sur Dragon ball super pour retrouver cette étincelle qui manque ici. Un divertissement honnête pour nostalgiques indulgents, mais qui ne convainc jamais complètement de sa légitimité à porter le nom de « suite ».
Ma note47%
Publié le 14 septembre 2026