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· Julien   Lepage

Flip 7 : soif de vengeance

Jeux de société · 2026 · Eric Olsen, Alyssa Swatek

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Illustration de critique : Flip 7 : soif de vengeance : Suite indépendante ("standalone sequel") du jeu à succès Flip 7 (2024, mêmes auteurs). Chaque joueur retourne des car…
Le succès aussi soudain qu’inattendu de Flip 7 en 2024, best-seller improbable, chouchou des bars à jeux, cité par des joueurs qui ne connaissent même pas le nom d’un designer, a fini, comme tout carton commercial qui se respecte, par générer sa suite estampillée « version méchante ». Le jeu original s'est targué d'être le « plus grand jeu de cartes du monde » et a appuyé cette prétention en 2024 en remportant plusieurs récompenses, dont le Origins best party game, le Golden geek best party game, et même une nomination au Spiel des Jahres 2025. Eric Olsen et Alyssa Swatek, toujours aux commandes, remettent le couvert avec Flip 7 : soif de vengeance, édité chez The Op Games.

Le principe reste d’une simplicité biblique : retourner des cartes numérotées une à une, empocher les points tant que la chance tient, et s’arrêter avant de tomber sur un doublon qui efface tout. Sauf que cette fois, la générosité est passée à la trappe. Les cartes bonus du premier opus cèdent leur place à un arsenal de sabotage (vol de carte, division du score par deux, obligation de piocher en rafale) qui transforme chaque manche en règlement de comptes. Un mode « Brutal », où le score peut plonger sous zéro, vient couronner le tout pour les tablées qui aiment vraiment se faire du mal entre amis.

Sur le papier, l’idée est maligne : le premier Flip 7 souffrait d’un vrai souci de mollesse une fois la mécanique assimilée, chacun jouant dans son coin sans vraiment se soucier du voisin. Ici, l’interaction directe redonne de la tension et un peu de méchanceté salutaire, façon Mario kart où la carapace bleue arrive toujours au pire moment pour l’adversaire. C’est d’ailleurs ce qu’a salué la presse la plus enthousiaste : le site GusAndCo évoque un virage à 180 degrés par rapport à l'original et rapproche l'expérience d'un croisement entre Exploding kittens, Can't stop et le Black Jack, description qui a le mérite de situer honnêtement le jeu dans sa famille de stop-ou-encore festifs plutôt que de le vendre comme une révolution. 

Le hic, et il est de taille, c’est que le problème structurel du premier épisode n’a pas disparu : il a même parfois empiré. On enchaîne les tours où l’on pioche sagement deux ou trois cartes, on banque un score dérisoire par peur de la carte de trop, et on regarde le voisin flamber avant de se faire dépouiller par une carte malus au moment où il pensait être tranquille. La gourmandise reste le moteur du jeu, mais elle est désormais punie deux fois : par le hasard du paquet déséquilibré, et par les copains qui n’attendent qu’une occasion de vous faire redescendre à zéro. Résultat, beaucoup de parties où l’on a l’impression de jouer vingt minutes pour repartir avec une poignée de points, ce qui use plus vite qu’on ne le voudrait la mécanique répétée sur plusieurs manches d’affilée. Le mode Brutal permet d'ailleurs aux scores de descendre sous zéro, une option qui ravira les foyers portés sur la cruauté ludique et fera grincer des dents les autres. 

La presse anglo-saxonne, plus tempérée que ses homologues francophones, reflète assez bien ce sentiment mitigé. Meeple Mountain juge que pour le bon groupe, c'est un changement de rythme incisif et nerveux qui multiplie les occasions de gâcher la soirée de tout le monde, tout en estimant que l'original reste le choix le plus abouti, réservant Vengeance aux moments où la tablée réclame explicitement du chaos : verdict d’un « pourquoi pas, si on me le propose » plus que d’un coup de cœur. On sent, à travers ces retours, un jeu qui divise moins qu’il ne nuance : personne ne le déteste franchement, mais peu de monde le placera au-dessus de son grand frère. 

Au final, pour qui a apprécié le premier Flip 7 sans jamais en être totalement fan, cette extension autonome corrige un vrai défaut (l’absence d’interaction) tout en en conservant un autre (la frustration des tours blancs), sans jamais transcender la formule de départ.
Ma note54%

Publié le 9 septembre 2026