Aller au contenu principal

· Julien   Lepage

Gérald le conquérant

Films · 2025 · Fabrice Eboué

Retour à la galerie
Illustration de critique : Gérald le conquérant : Il s’appelle Gérald. Son objectif : redorer le blason de sa région de cœur, la Normandie. Sa méthode : bâtir le plus …
Un fermier normand persuadé d'être la réincarnation spirituelle de Guillaume le Conquérant : voilà le point de départ que choisit Fabrice Éboué pour son sixième long métrage, le troisième qu'il signe en solo après Coexister et Barbaque. Il s'entoure à l'écran de Logan Lefèbvre, Alexandra Roth et Vincent Solignac, avec une apparition remarquée de Franck Dubosc dans son propre rôle. Le film, présenté à l'Étrange Festival avant sa sortie fin 2025, opte pour la forme du faux documentaire, caméra à l'épaule, plans-séquences privilégiés, figurants normands recrutés sur place pour l'authenticité. Une esthétique clairement héritée de Strip-tease, référence assumée par le réalisateur, avec en toile de fond un clin d'œil à C'est arrivé près de chez vous.

Gérald, donc, dirige une ferme pédagogique avec son épouse, mais nourrit une obsession bien plus grande : redorer le blason de sa Normandie chérie en bâtissant le plus grand parc d'attractions du pays, dédié à la gloire de Guillaume le Conquérant. Version régionale et bovine du Puy du Fou, le projet vire vite à l'idée fixe identitaire, Gérald se mettant en tête de protéger sa région d'un « grand remplacement » appliqué... aux vaches. La bataille d'Hastings reconstituée, les envahisseurs à repousser, tout un folklore nationaliste est transposé avec un aplomb qui rappelle, toutes proportions gardées, la manière dont Jean-Marie Le Pen s'invitait dans les discours identitaires des années 2010. Le « Guillaume, au secours ! » de Gérald, est à mourir de rire. Le film ne cache jamais ses intentions : utiliser la comédie comme un scalpel pour ausculter le fanatisme et le fantasme de pureté culturelle.

Sur le fond, ça fonctionne souvent très bien. Les dialogues font mouche à intervalles réguliers, la trajectoire de Gérald est construite avec un vrai souci de cohérence (on sent le même soin qu'apportait Éboué à ses personnages dans Barbaque) et les scènes avec Dubosc en guest fonctionnent comme des respirations bienvenues dans cet enfermement mental normand. La toute dernière scène, et la réplique qui la clôt, tombe juste : c'est le genre de fin qui rachète quelques longueurs en cours de route. Le problème, c'est que le film semble parfois retenir ses coups. Là où Barbaque assumait un trash total et une radicalité de ton, Gérald le conquérant reste plus sage qu'annoncé, comme si Éboué hésitait à pousser son idée jusqu'au bout. Certaines scènes tournent en rond, répètent le même mécanisme satirique sans le faire évoluer, et on sent nettement les limites du budget : le grand projet mégalomane de Gérald aurait mérité une mise en scène à la hauteur de sa démesure, or le film reste visuellement modeste, presque contraint par ses propres moyens : un peu à l'image de son personnage principal, finalement.

Au bout du compte, c'est une bonne surprise plus qu'une franche réussite, un film qui aurait gagné à durer un peu plus longtemps pour mieux creuser la chute de son personnage, et qui aurait mérité un vrai budget pour donner corps à son délire de parc d'attractions. Les amateurs de comédie française qui aime mordre y trouveront largement de quoi rire, à condition d'accepter que l'ambition dépasse parfois les moyens mis à sa disposition.
Ma note66%

Publié le 21 août 2026