Sur tes traces
Séries · 2026 · Robert Hull
Sam Worthington porte un col orange, une barbe de dix ans de préau et un regard qui a définitivement perdu l'habitude du Soleil : voilà pour la promesse visuelle de cette nouvelle livraison Netflix-Coben, huitième ou neuvième variation sur le même thème selon qu'on compte large ou serré. Robert Hull, showrunner déjà rodé aux mécaniques de studio américain, adapte ici Sur tes traces, l'un des romans les plus récents du romancier du New Jersey, avec un budget confortable, un casting qui sent le compromis malin entre notoriété et petit prix, et la bénédiction du principal intéressé, coproducteur exécutif comme toujours.
David Burroughs, ancien prof de droit, croupit depuis cinq ans en prison pour le meurtre de son fils Matthew, trois ans au moment des faits. Détenu modèle, il a fait le deuil de sa liberté autant que de son innocence reconnue, jusqu'à ce qu'une photo, apportée par son ex-belle-sœur devenue journaliste d'investigation, vienne tout faire vaciller : un gamin qui porte la même tache de naissance que Matthew. S'ensuit une évasion, une cavale, une flopée de faux-semblants familiaux, un FBI à la traîne d'un épisode de retard, et la promesse d'une vérité qui, on s'en doute, ne sera ni simple ni univoque.
Le problème, ce n'est pas l'histoire en soi, c'est qu'on l'a déjà vue, et pas qu'une fois. Coben recycle sa propre grammaire avec une constance presque touchante : le notable en apparence irréprochable, le secret de famille qui infuse trois générations, la petite ville américaine gangrenée sous son vernis de pavillons proprets, et ce twist final qui arrive comme un couperet, plus soucieux d'épater que de convaincre. On pense forcément à Ne t'éloigne pas, à toute cette cohorte de mini-séries européennes que Netflix a produites depuis Safe : même moule, même montage nerveux, même art de la fausse piste balancée toutes les dix minutes pour maintenir l'audience éveillée entre deux notifications de téléphone. La série revendique même son ADN carcéral façon Prison break, jusque dans le patronyme de son héros, sans jamais en avoir ni l'ambition formelle ni le sens du spectacle.
Sur le fond, ça fonctionne tout de même, par à-coups. Le format resserré à huit épisodes évite l'écueil du remplissage qui plombait certaines adaptations précédentes, et la série ne s'attarde jamais assez longtemps sur une fausse piste pour qu'on ait le temps de s'en lasser franchement. C'est calibré, presque chirurgical dans son sens du cliffhanger, mais cette efficacité a un revers : les personnages secondaires s'empilent sans qu'on ait toujours de bonnes raisons de s'en souvenir, et certains rebondissements franchissent allègrement la ligne du ridicule assumé pour tomber dans le grand n'importe quoi scénaristique, du genre qui fait lever un sourcil même chez le spectateur le plus indulgent.
Côté interprétation, Sam Worthington traîne avec lui cette rigidité qui a fait de James Cameron son meilleur ami de studio, celui qui sait filmer un visage buté sans jamais avoir besoin qu'il exprime grand-chose. Il porte le costume du père dévasté avec application plus qu'avec conviction, et il faut heureusement compter sur Britt Lower, qui apporte à Rachel Mills une énergie et une justesse que la série ne lui rend pas toujours. Après avoir incarné Helly R. dans Severance, elle prouve qu'elle sait exister hors d'un ascenseur d'entreprise dystopique, et c'est elle qui tient le fil dramatique quand le scénario patine. Milo Ventimiglia et Chi McBride complètent honorablement le tableau, sans surprise ni fausse note.
Reste une série qui se regarde sans déplaisir, qui coche toutes les cases d'un binge de fin de semaine sans prise de tête, mais qui ne convainc jamais tout à fait d'avoir sa place propre dans le paysage saturé des thrillers Netflix. Coben, en marque de fabrique désormais, continue de tourner sur lui-même : le succès commercial est probablement acquis d'avance, mais l'essoufflement créatif commence à se sentir. Pour les amateurs du genre qui n'ont pas encore fait le tour de la question, ça se laisse suivre avec un certain plaisir coupable…
Ma note67%
Publié le 24 août 2026