Tintin et les Picaros
Bandes-dessinées · 1976 · Hergé

Hergé, en 1976, livre avec Tintin et les Picaros ce qui sera la dernière aventure achevée du reporter à la houppe. Il s'agit de la conclusion officieuse d'une saga qui a traversé plusieurs décennies, marquant plusieurs générations de lecteurs. Pourtant, ce vingt-troisième album porte la fatigue de son auteur, à l'image d'une conclusion en demi-teinte qui trahit plus une lassitude qu'un véritable feu d'artifice final. Si Hergé avait déjà amorcé un tournant avec Les bijoux de la Castafiore en déconstruisant les codes du récit d'aventure, ce dernier album pousse plus loin encore cette désacralisation du mythe tintinesque.
Dans cette nouvelle épopée, Tintin revient au San Theodoros, pays d'Amérique du Sud déjà exploré dans L'oreille cassée. Cette fois, le général Tapioca tient le pouvoir et utilise un prétexte pour emprisonner la Castafiore, les Dupondt et Tournesol. Haddock et Tournesol, invités au pays sous de faux prétextes, se retrouvent eux aussi piégés. Tintin, d'abord réticent à les suivre, finit tout de même par les rejoindre. Dans la jungle, il retrouve son ancien allié, le général Alcazar, qui prépare une révolution pour reprendre le pouvoir, mais dont les troupes, les fameux « Picaros », sont clouées à l'inaction par un ravitaillement en alcool providentiel orchestré par le régime en place. Heureusement, Tournesol a développé un médicament qui rend les Picaros intolérants à l'alcool, leur permettant enfin de mener à bien leur coup d'état... pour un changement de régime qui ne modifie rien pour la population locale.
L'intrigue, en surface, reprend des éléments classiques du style Hergé : voyages exotiques, manipulations politiques, interventions de figures récurrentes (Alcazar, Sponsz, Pablo, etc.). Mais si les aventures précédentes trouvaient leur élan dans un mouvement perpétuel, une quête menée tambour battant, ici, tout semble plus poussif. Le début est laborieux, l'humour souvent forcé (Haddock et son amnésie passagère, Peggy Alcazar qui réduit son général de mari à l'état de serpillière), et l'action manque de tension. On ne croit jamais vraiment que les héros soient en danger, et la révolution elle-même se fait en catimini, sans un seul coup de feu. Même Tintin semble moins impliqué qu'à l'accoutumée, donnant parfois l'impression de passer en touriste dans une intrigue qui se déroule sans lui.
L'un des aspects les plus déconcertants de cet album reste son approche du politique. Hergé semble vouloir nous dire que les révolutions ne servent à rien, que tout est une question de roulement entre des despotes interchangeables. La vision de l'Amérique latine y est désabusée, teintée d'un cynisme qui tranche avec l'engagement dont l'auteur pouvait faire preuve dans Le Lotus bleu ou Tintin au Tibet. Le résultat est une narration qui laisse une sensation de creux : tout cela pour ça ?
Graphiquement, l'album détonne également. Si Hergé reste un maître de la ligne claire, la composition des planches est parfois étouffée par des décors trop denses, et le dessin manque étrangement de souffle. Les couleurs sont criardes, le cadrage trop souvent figé sur des plans moyens ou des gros plans inutiles. Le changement vestimentaire de Tintin, troquant sa mythique culotte de golf pour un jean marron, symbolise bien cette impression générale d'un glissement vers une normalisation du héros, comme si l'on cherchait à le faire entrer de force dans une époque qui n'était plus la sienne.
Si Tintin et les Picaros a pour lui quelques idées intéressantes, comme cette mise en abyme de la désillusion politique ou cette critique latente du tourisme de masse, l'exécution laisse à désirer. Les dernières pages nous laissent avec un sentiment mitigé, un goût d'inachevé, et la confirmation que Tintin, après tant d'années d'aventures, semble lui aussi fatigué d'être Tintin.
Dans cette nouvelle épopée, Tintin revient au San Theodoros, pays d'Amérique du Sud déjà exploré dans L'oreille cassée. Cette fois, le général Tapioca tient le pouvoir et utilise un prétexte pour emprisonner la Castafiore, les Dupondt et Tournesol. Haddock et Tournesol, invités au pays sous de faux prétextes, se retrouvent eux aussi piégés. Tintin, d'abord réticent à les suivre, finit tout de même par les rejoindre. Dans la jungle, il retrouve son ancien allié, le général Alcazar, qui prépare une révolution pour reprendre le pouvoir, mais dont les troupes, les fameux « Picaros », sont clouées à l'inaction par un ravitaillement en alcool providentiel orchestré par le régime en place. Heureusement, Tournesol a développé un médicament qui rend les Picaros intolérants à l'alcool, leur permettant enfin de mener à bien leur coup d'état... pour un changement de régime qui ne modifie rien pour la population locale.
L'intrigue, en surface, reprend des éléments classiques du style Hergé : voyages exotiques, manipulations politiques, interventions de figures récurrentes (Alcazar, Sponsz, Pablo, etc.). Mais si les aventures précédentes trouvaient leur élan dans un mouvement perpétuel, une quête menée tambour battant, ici, tout semble plus poussif. Le début est laborieux, l'humour souvent forcé (Haddock et son amnésie passagère, Peggy Alcazar qui réduit son général de mari à l'état de serpillière), et l'action manque de tension. On ne croit jamais vraiment que les héros soient en danger, et la révolution elle-même se fait en catimini, sans un seul coup de feu. Même Tintin semble moins impliqué qu'à l'accoutumée, donnant parfois l'impression de passer en touriste dans une intrigue qui se déroule sans lui.
L'un des aspects les plus déconcertants de cet album reste son approche du politique. Hergé semble vouloir nous dire que les révolutions ne servent à rien, que tout est une question de roulement entre des despotes interchangeables. La vision de l'Amérique latine y est désabusée, teintée d'un cynisme qui tranche avec l'engagement dont l'auteur pouvait faire preuve dans Le Lotus bleu ou Tintin au Tibet. Le résultat est une narration qui laisse une sensation de creux : tout cela pour ça ?
Graphiquement, l'album détonne également. Si Hergé reste un maître de la ligne claire, la composition des planches est parfois étouffée par des décors trop denses, et le dessin manque étrangement de souffle. Les couleurs sont criardes, le cadrage trop souvent figé sur des plans moyens ou des gros plans inutiles. Le changement vestimentaire de Tintin, troquant sa mythique culotte de golf pour un jean marron, symbolise bien cette impression générale d'un glissement vers une normalisation du héros, comme si l'on cherchait à le faire entrer de force dans une époque qui n'était plus la sienne.
Si Tintin et les Picaros a pour lui quelques idées intéressantes, comme cette mise en abyme de la désillusion politique ou cette critique latente du tourisme de masse, l'exécution laisse à désirer. Les dernières pages nous laissent avec un sentiment mitigé, un goût d'inachevé, et la confirmation que Tintin, après tant d'années d'aventures, semble lui aussi fatigué d'être Tintin.
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Publié le 30 janvier 2025