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· Julien   Lepage

Louise Violet

Films · 2024 · Eric Besnard

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Illustration de critique : Louise Violet : 1889. Envoyée dans un village de la campagne française, l’institutrice Louise Violet doit y imposer l’école de la Rép…
Éric Besnard aime les récits de fondation. Après avoir raconté la naissance du restaurant moderne dans Délicieux, le voici qui s'attaque à un autre pan méconnu de l'identité française : l'implantation, à marche forcée, de l'école gratuite, laïque et obligatoire dans la France rurale de la fin du XIXe siècle. Alexandra Lamy y troque pour l'occasion ses habituels rôles de comédie contemporaine contre un costume d'époque et un chignon strict, entourée de Grégory Gadebois, Jérôme Kircher, Jérémy Lopez, Patrick Pineau et Géraldine Martineau. Tourné dans le Cantal et la Haute-Loire, entre février et juillet 2023, le film est sorti en salles le 6 novembre 2024, quelque part entre The substance et le Here de Robert Zemeckis dans les programmes de la semaine : une drôle de voisine pour un sujet aussi sage.

1889. Louise Violet débarque de Paris dans un village auvergnat reculé avec une mission écrite noir sur blanc par la République : faire entrer de force les enfants de paysans dans une salle de classe. Le maire lui réserve un accueil glacial, un logement de fortune et une hostilité à peine voilée ; les familles, elles, considèrent l'école comme un vol pur et simple des bras nécessaires aux champs.

Le sujet, on ne va pas le nier, a quelque chose d'assez malin : personne ou presque n'a raconté au cinéma cette guerre sourde entre les lois votées à Paris et leur application, des décennies plus tard, dans des campagnes qui vivaient encore largement en autarcie et à l'heure des saisons plutôt qu'à celle du calendrier scolaire. Le choc entre deux mondes (l'un progressiste et urbain, l'autre conservateur et paysan) est le genre de matériau dramatique qui pourrait nourrir un grand film. Besnard s'en sert plutôt pour bâtir une fable sociale bien intentionnée, où chaque personnage occupe consciencieusement sa case : le maire buté, mais bon fond, l'homme fort du village qui deviendra forcément un allié, les enfants récalcitrants qui finiront par adorer l'école. On sent le carnet de tendances cocher les bonnes idées une à une, sans jamais bousculer le spectateur. Alexandra Lamy porte le film à bout de bras avec une conviction réelle, elle qui n'a que trop rarement eu l'occasion d'endosser un rôle de cette gravité, et elle s'en sort très honorablement : c'est peut-être même l'un de ses emplois les plus maîtrisés depuis longtemps. Gadebois, fidèle à lui-même, apporte sa bonhomie coutumière à un rôle taillé sur mesure pour ce registre. Mais autour d'eux, la mise en scène a tendance à appuyer où il faudrait suggérer, et les seconds rôles frisent parfois la caricature bon enfant, façon Docteur Quinn, femme médecin transposée au Massif central. Décors et costumes, en revanche, sont soignés avec l'application habituelle du cinéaste, entre reconstitution fidèle et carte postale un peu lissée : la photographie de Laurent Dailland fait honneur aux paysages auvergnats sans jamais chercher à les rendre hostiles.

Au bout du compte, on ressort de Louise Violet avec le sentiment d'avoir passé un moment agréable sur un sujet qui méritait d'être traité, sans pour autant avoir vu grand-chose qui restera. Le scénario avance sur des rails bien huilés, l'intrigue secondaire autour de la disparition du maire ne surprend jamais vraiment, et l'ensemble reste prisonnier d'une propreté formelle qui l'empêche de vraiment mordre sur son sujet. C'est le genre de drame historique consensuel qu'on regarde avec plaisir un dimanche pluvieux, qu'on referme avec un vague sourire satisfait, et qu'on aura sans doute oublié dans les grandes lignes six mois plus tard.
Ma note56%

Publié le 2 septembre 2026