10 jours encore sans maman
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Trois ans après le succès honorable du premier volet, Ludovic Bernard — ancien assistant de Luc Besson, à qui l'on doit aussi quelques épisodes de Lupin — rempile avec la même équipe pour 10 jours encore sans maman, sorti en avril 2023. Franck Dubosc et Aure Atika reprennent leurs rôles respectifs d'Antoine et Isabelle Mercier, rejoints par Alexis Michalik et Annelise Hesme dans des seconds rôles. On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher. Deux ans ont passé dans la vie de la famille Mercier. Antoine, licencié de son poste de DRH dans une grande enseigne de bricolage, est désormais père au foyer pendant qu'Isabelle fait carrière comme avocate. Les rôles se sont inversés — voilà le socle thématique du film, déjà posé dans l'épisode précédent. Pour souffler un peu, toute la tribu s'apprête à partir dix jours à Courchevel. Sauf qu'Isabelle tombe sur une affaire juridique en or et reste à Paris. Antoine se retrouve donc seul sur les pistes avec ses quatre enfants, sans maman. Schéma identique au premier film, décor différent. Le pitch tient en une ligne, et une ligne c'est à peu près ce que le scénario de Mathieu Oullion a à offrir. Car c'est là le problème fondamental : 10 jours encore sans maman ne propose rien de neuf. Le premier film, adapté du divertissement argentin Mamá se fue de viaje (2017), était sympathique sans être une révolution ni un chef-d'œuvre — une comédie familiale correcte, qui avait engrangé près de 1,2 million d'entrées en salles en 2020, un résultat flatteur qui a sans doute semé dans les esprits l'idée fatale d'une suite. Sauf qu'ici, on change juste le salon pour une station de ski, et on espère que personne ne remarquera. Raté. Le coup des vacances aux sports d'hiver a déjà été fait cinquante ans plus tôt par les Bronzés, et avec autrement plus de génie. Se frotter à Patrice Leconte, Michel Blanc et compagnie sans en avoir les armes, c'est une forme d'inconscience. Le film ne s'en sort pas indemne. Il y a d'ailleurs quelques clins d'œil à Les Bronzés font du ski et même à Shining dans le film — ce genre de références qui flattent le spectateur sans vraiment l'amuser. Sur le plan du scénario, on effleure en surface des sujets qui auraient pu être intéressants — l'inversion des rôles dans le couple, la charge mentale du père au foyer, les tensions conjugales à distance — avant de les abandonner au profit d'une succession de gags régressifs. Antoine tombe. Antoine tombe encore. Et puis Antoine retombe. Ce running gag de la chute en ski, décliné à l'infini, est censé porter le film sur ses épaules comiques. Il ne fait que l'alourdir. Les enfants Mercier, quant à eux, restent à l'état de faire-valoir bruyants, sans évolution ni profondeur, malgré le soin qu'a pris Ludovic Bernard à retrouver et à réunir les jeunes acteurs du premier volet — ce qui, sur le papier, était une bonne intention. Le film soulève la question de la paternité moderne et du père dépassé, thème qui traverse toute la comédie familiale française des années 2010-2020, de Papa ou maman à Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?. Mais 10 jours encore sans maman ne creuse rien, ne questionne rien, se contente de recycler. La montagne accouche d'une souris, et la souris porte un bonnet de ski. Côté réalisation, Ludovic Bernard retrouve les décors enneigés qu'il avait déjà fréquentés dans L'Ascension (2017), mais sans que cela lui confère un quelconque avantage artistique. Certaines séquences à la montagne font appel à des effets numériques particulièrement voyants — des incrustations CGI dont la laideur tranche avec le cadre naturel qu'elles sont censées valoriser. La mise en scène est fonctionnelle, sans aspérité ni ambition. La bande-son joue dans le même registre : efficace et oubliable dans les cinq minutes qui suivent le générique de fin. Franck Dubosc est, comme toujours, Franck Dubosc. Il joue sur un seul registre — le sien, celui du beauf attachant et survolté — sans jamais chercher à en sortir. Ce registre avait fonctionné dans Rumba la vie, où il s'était révélé en tant que comédien ET réalisateur, avec une sensibilité inattendue. Ici, il revient à quelque chose de beaucoup plus proche de la saga Camping : le même personnage, les mêmes mimiques, le même fond de commerce. Aure Atika fait ce qu'elle peut avec un rôle réduit à peau de chagrin, coincée à Paris à gérer ses dossiers juridiques et ses angoisses conjugales. Alexis Michalik, par ailleurs auteur et metteur en scène de théâtre réputé, semble légèrement égaré dans cet univers de comédie populaire. Cette suite est une suite de trop. C'est mauvais, et c'est dommage de le dire aussi franchement, mais la franchise l'impose. Le premier film avait ses charmes modestes ; celui-ci les dilapide sans vergogne. Si vous cherchez une comédie familiale à la montagne qui tient la route, Les Bronzés font du ski reste évidemment la référence indépassable. Si vous avez aimé le premier volet et espériez mieux, tournez-vous plutôt vers Papa ou maman, qui jouait dans le même registre avec plus de mordant. Quant à 10 jours encore sans maman, il aurait probablement trouvé sa juste place un lundi soir sur TF1, en téléfilm de fin de soirée. Au cinéma, il fait froid.
Ma note37%
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