10 bonnes raisons de te larguer
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Il y a des films qu'on n'attend pas. Des films qui, au détour d'un zapping nocturne ou d'un rayon DVD poussiéreux, s'imposent avec une légèreté désarmante. 10 bonnes raisons de te larguer, réalisé en 1999 par Gil Junger, appartient à cette catégorie. On pourrait croire à un teen-movie parmi tant d'autres, rangé dans le tiroir des comédies adolescentes oubliables, coincé entre un American pie graveleux et un Elle est trop bien indigeste. Pourtant, la présence au casting de Heath Ledger, Julia Stiles et Joseph Gordon-Levitt, tous encore au stade pré-éclosion de leur carrière, lui confère une aura inattendue. Le film sort au tournant du millénaire, comme une capsule adolescente figée entre deux décennies, et revendique sans complexe son héritage shakespearien. Un peu de La mégère apprivoisée, beaucoup de mascara, et une bonne dose de bande-son rock.
L'histoire est simple. Trop simple, diront certains. Au lycée de Padua (qui existe vraiment, et se niche dans un vieux château reconverti en établissement scolaire à Seattle), les sœurs Stratford font figure d'archétypes inversés : Bianca, blonde et légère, est convoitée par tous les garçons, tandis que Kat, brune et sarcastique, fait fuir les prétendants à coups de répliques acérées. Leur père, pédiatre paranoïaque obsédé par les grossesses adolescentes, interdit à la plus jeune de sortir tant que l'aînée ne fréquente personne. L'idée géniale — ou tordue — d'un camarade transi consiste alors à faire payer un bad boy pour séduire Kat. Évidemment, les sentiments finissent par devenir sincères, évidemment les plans tombent à l'eau, évidemment tout le monde pleure (ou presque) au bal de promo.
Dès les premières scènes, le scénario assume pleinement les codes du genre. Mais au lieu de les fuir, il les embrasse avec une ironie bien sentie. Oui, on est dans du cliché. Mais pas dans l'ennui. Le film parodie sans forcer les figures classiques : le rebelle au grand cœur, la peste superficielle, l'intello romantique, le père dépassé, la directrice à la libido envahissante... Rien de bien neuf sous le Soleil des lockers américains, mais les clichés sont poussés jusqu'à la caricature avec un petit clin d'œil au spectateur. C'est dans cet excès que le film trouve son rythme, dans une narration qui préfère la connivence à la surprise. Les scènes s'enchaînent sans jamais briller d'inventivité, mais avec une efficacité redoutable. Le comique de situation fait mouche, l'absurde s'invite par petites touches, et les dialogues, souvent bien sentis, savent être plus fins qu'ils n'en ont l'air.
Côté personnages, on est face à des figures volontairement grossies, mais qui parviennent tout de même à générer une certaine forme d'attachement. Kat est la cynique que l'on voudrait tous connaître, la fille qui lit Sylvia Plath au fond du bus et balance des piques à tout le monde avec un petit sourire en coin. Patrick est son parfait contrepoint : mystérieux, un brin ridicule, un peu punk, mais pas trop. Leur duo fonctionne parce qu'il ne prétend jamais être autre chose qu'un duo de fiction. Bianca, en revanche, est plus fragile. L'écriture ne lui rend pas toujours justice, la confinant souvent à son rôle de baby-doll naïve. Heureusement, son arc narratif prend un peu de hauteur en seconde partie. Quant à Cameron, il incarne l'ado romantique dans toute sa splendeur : maladroit, idéaliste, gentiment agaçant. Il aurait mérité un poil plus de profondeur, mais reste l'un des personnages les plus attendrissants du film.
Le film aborde, en filigrane, des thématiques plutôt classiques dans ce type de récit : la pression sociale, l'image de soi, la peur du rejet, les attentes parentales. Rien de neuf à l'horizon, mais une certaine tendresse se dégage du traitement. Gil Junger voulait, selon ses propres mots, parler des émotions adolescentes sans les ridiculiser, sans tomber dans la farce. L'intention est louable, et même si elle n'est pas toujours tenue — certaines scènes tombent dans une forme de lourdeur ou de mièvrerie — l'ensemble conserve un fond de sincérité qui fonctionne. Le poème final de Kat, par exemple, aurait pu être affreusement gnangnan. Il ne l'est pas. Il est mignon, touchant, simple. Et ça suffit.
Techniquement, le film est sans prétention. La réalisation est propre, parfois télévisuelle dans son découpage, ce qui n'est pas surprenant pour un réalisateur issu du petit écran. La photographie est correcte, sans éclats particuliers, mais le cadre général est agréable. La bande originale, en revanche, mérite d'être saluée. Un mélange de pop-rock 90s et de punk gentil, parfaitement dosé, qui confère une vraie identité sonore à l'ensemble. On ressort avec quelques titres en tête, et l'irrésistible scène de Heath Ledger chantant Can't take my eyes off you reste un petit moment de cinéma, à mi-chemin entre le ridicule et le génie.
Justement, parlons-en. Heath Ledger, dans l'un de ses premiers rôles marquants, impose déjà un charisme qui ferait fondre une sculpture de glace. Il n'a pas encore la noirceur d'un Joker ni la gravité de Brokeback Mountain, mais il a ce petit supplément d'âme, ce truc inexplicable. Il joue Patrick avec assez de distance pour qu'on saisisse l'ironie, mais assez de cœur pour qu'on y croit. Julia Stiles est excellente, mordante sans être cassante, drôle sans être caricaturale. Elle porte le film sur ses épaules, avec une aisance bluffante. Joseph Gordon-Levitt, quant à lui, est déjà tout en charme discret, fossettes incluses. Larisa Oleynik, en revanche, reste un peu transparente, malgré une prestation correcte.
10 bonnes raisons de te larguer n'est ni un chef-d'œuvre ni une purge. C'est un teen-movie de bonne facture, qui tire son épingle du jeu grâce à son humour, son casting prometteur et sa capacité à jongler entre la parodie et la sincérité. Il a vieilli, c'est indéniable — la mode, les dialogues, certaines attitudes sentent bon la fin des années 90 — mais il dégage une forme d'innocence plaisante, comme un vieux journal intime retrouvé au fond d'un tiroir. Ce n'est pas un film qu'on admire, c'est un film qu'on regarde avec indulgence, et parfois même avec affection. Et, quelque part, ça fait du bien.
L'histoire est simple. Trop simple, diront certains. Au lycée de Padua (qui existe vraiment, et se niche dans un vieux château reconverti en établissement scolaire à Seattle), les sœurs Stratford font figure d'archétypes inversés : Bianca, blonde et légère, est convoitée par tous les garçons, tandis que Kat, brune et sarcastique, fait fuir les prétendants à coups de répliques acérées. Leur père, pédiatre paranoïaque obsédé par les grossesses adolescentes, interdit à la plus jeune de sortir tant que l'aînée ne fréquente personne. L'idée géniale — ou tordue — d'un camarade transi consiste alors à faire payer un bad boy pour séduire Kat. Évidemment, les sentiments finissent par devenir sincères, évidemment les plans tombent à l'eau, évidemment tout le monde pleure (ou presque) au bal de promo.
Dès les premières scènes, le scénario assume pleinement les codes du genre. Mais au lieu de les fuir, il les embrasse avec une ironie bien sentie. Oui, on est dans du cliché. Mais pas dans l'ennui. Le film parodie sans forcer les figures classiques : le rebelle au grand cœur, la peste superficielle, l'intello romantique, le père dépassé, la directrice à la libido envahissante... Rien de bien neuf sous le Soleil des lockers américains, mais les clichés sont poussés jusqu'à la caricature avec un petit clin d'œil au spectateur. C'est dans cet excès que le film trouve son rythme, dans une narration qui préfère la connivence à la surprise. Les scènes s'enchaînent sans jamais briller d'inventivité, mais avec une efficacité redoutable. Le comique de situation fait mouche, l'absurde s'invite par petites touches, et les dialogues, souvent bien sentis, savent être plus fins qu'ils n'en ont l'air.
Côté personnages, on est face à des figures volontairement grossies, mais qui parviennent tout de même à générer une certaine forme d'attachement. Kat est la cynique que l'on voudrait tous connaître, la fille qui lit Sylvia Plath au fond du bus et balance des piques à tout le monde avec un petit sourire en coin. Patrick est son parfait contrepoint : mystérieux, un brin ridicule, un peu punk, mais pas trop. Leur duo fonctionne parce qu'il ne prétend jamais être autre chose qu'un duo de fiction. Bianca, en revanche, est plus fragile. L'écriture ne lui rend pas toujours justice, la confinant souvent à son rôle de baby-doll naïve. Heureusement, son arc narratif prend un peu de hauteur en seconde partie. Quant à Cameron, il incarne l'ado romantique dans toute sa splendeur : maladroit, idéaliste, gentiment agaçant. Il aurait mérité un poil plus de profondeur, mais reste l'un des personnages les plus attendrissants du film.
Le film aborde, en filigrane, des thématiques plutôt classiques dans ce type de récit : la pression sociale, l'image de soi, la peur du rejet, les attentes parentales. Rien de neuf à l'horizon, mais une certaine tendresse se dégage du traitement. Gil Junger voulait, selon ses propres mots, parler des émotions adolescentes sans les ridiculiser, sans tomber dans la farce. L'intention est louable, et même si elle n'est pas toujours tenue — certaines scènes tombent dans une forme de lourdeur ou de mièvrerie — l'ensemble conserve un fond de sincérité qui fonctionne. Le poème final de Kat, par exemple, aurait pu être affreusement gnangnan. Il ne l'est pas. Il est mignon, touchant, simple. Et ça suffit.
Techniquement, le film est sans prétention. La réalisation est propre, parfois télévisuelle dans son découpage, ce qui n'est pas surprenant pour un réalisateur issu du petit écran. La photographie est correcte, sans éclats particuliers, mais le cadre général est agréable. La bande originale, en revanche, mérite d'être saluée. Un mélange de pop-rock 90s et de punk gentil, parfaitement dosé, qui confère une vraie identité sonore à l'ensemble. On ressort avec quelques titres en tête, et l'irrésistible scène de Heath Ledger chantant Can't take my eyes off you reste un petit moment de cinéma, à mi-chemin entre le ridicule et le génie.
Justement, parlons-en. Heath Ledger, dans l'un de ses premiers rôles marquants, impose déjà un charisme qui ferait fondre une sculpture de glace. Il n'a pas encore la noirceur d'un Joker ni la gravité de Brokeback Mountain, mais il a ce petit supplément d'âme, ce truc inexplicable. Il joue Patrick avec assez de distance pour qu'on saisisse l'ironie, mais assez de cœur pour qu'on y croit. Julia Stiles est excellente, mordante sans être cassante, drôle sans être caricaturale. Elle porte le film sur ses épaules, avec une aisance bluffante. Joseph Gordon-Levitt, quant à lui, est déjà tout en charme discret, fossettes incluses. Larisa Oleynik, en revanche, reste un peu transparente, malgré une prestation correcte.
10 bonnes raisons de te larguer n'est ni un chef-d'œuvre ni une purge. C'est un teen-movie de bonne facture, qui tire son épingle du jeu grâce à son humour, son casting prometteur et sa capacité à jongler entre la parodie et la sincérité. Il a vieilli, c'est indéniable — la mode, les dialogues, certaines attitudes sentent bon la fin des années 90 — mais il dégage une forme d'innocence plaisante, comme un vieux journal intime retrouvé au fond d'un tiroir. Ce n'est pas un film qu'on admire, c'est un film qu'on regarde avec indulgence, et parfois même avec affection. Et, quelque part, ça fait du bien.
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