Albert à l'ouest
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Partir à la découverte d'un western parodique signé Seth MacFarlane, c'est accepter un contrat tacite : on ne vient pas chercher de la subtilité ni de la profondeur philosophique, on vient pour se faire du bien. Créateur des Griffin et d'American dad!, réalisateur du jouissif Ted, MacFarlane endosse ici simultanément les rôles de scénariste, réalisateur, producteur et acteur principal : une accumulation de casquettes qui aurait pu sentir le projet narcissique. Et pourtant, ce qu'on ressent avant tout en regardant Albert à l'ouest, c'est quelque chose d'assez rare : l'évidente jubilation de son auteur. Seth MacFarlane s'amuse. Franchement. Généreusement. Et ça se voit à chaque plan.
L'histoire en elle-même ne révolutionne rien. Albert Stark, éleveur de moutons peureux dans l'Arizona de 1882, se fait plaquer par sa fiancée Louise après avoir esquivé un duel comme un couard. Sa rencontre avec Anna, mystérieuse et habile avec une arme, va progressivement le transformer… jusqu'à ce que le mari de ladite Anna, le hors-la-loi Clinch Leatherwood, débarque en ville avec sa mauvaise humeur et ses pistolets. Le schéma est classique, presque balisé. Mais Albert à l'ouest ne cherche pas à surprendre par son intrigue : il cherche à faire rire, et il y parvient plus souvent qu'on ne l'y attendait.
Ce qui distingue le film de la simple parodie de bas étage, c'est la densité de son univers. Seth MacFarlane construit un Far West cohérent dans son absurdité, foisonnant de petits détails truculents qui récompensent l'attention : une enseigne de magasin qui rend hommage à un artisan du tournage, une réplique en Cherokee qui dissimule en réalité le nom de Mila Kunis (actrice principale de Ted), des anachronismes assumés qui soulignent avec malice à quel point le XIXe siècle était une époque franchement peu enviable. Le film part du principe que ses personnages ont la mentalité du XXIe siècle tout en étant coincés en 1882, ce qui donne lieu à des gags souvent bien sentis sur la violence banalisée, la durée de vie moyenne, et les diverses façons créatives de mourir dans l'Ouest : tous thèmes déclinés avec un enthousiasme de sale gosse déchaîné.
Albert est un personnage attachant précisément parce qu'il est l'anti-héros absolu du genre. Là où le western classique célèbre le mâle taiseux et implacable, lui philosophe à voix haute sur la stupidité des duels, se plaint de tout, et cherche une échappatoire plutôt qu'une gloire. C'est une figure de couard assumé qui gagne en consistance au fil du récit, non pas parce que l'écriture est exceptionnellement profonde, mais parce que sa trajectoire — de la lâcheté au courage — est traitée avec une sincérité inattendue. Anna, de son côté, échappe au rôle ingrat de la belle mystérieuse en s'imposant comme le personnage le plus compétent du film, ce qui n'est pas rien. Clinch, le méchant, est suffisamment imposant pour remplir sa fonction sans jamais devenir caricatural. Quant au duo Edward/Ruth composé de Giovanni Ribisi et Sarah Silverman, il constitue une savoureuse ligne comique parallèle, celle d'un couple romantique irréductible dans le contexte le plus improbable qui soit.
Sur le fond, le film porte une vraie tendresse pour le genre qu'il démonte pièce par pièce. Seth MacFarlane est un cinéphile sincère, et Albert à l'ouest ressemble moins à une moquerie du western qu'à une déclaration d'amour grimaçante. Il y a dans le film une forme de critique sociale en creux : la violence comme norme, le machisme érigé en vertu, le racisme ordinaire traité avec l'humour comme seul outil. Tout ça donne à l'ensemble une légère consistance thématique, sans jamais prétendre à plus qu'elle n'est. On n'est pas devant Le shérif est en prison de Mel Brooks, dont l'ombre plane inévitablement sur le film, mais on n'est pas non plus devant un simple défilé de gags scatologiques ; même si lesdits gags scatologiques ne manquent pas à l'appel.
La réalisation, elle, est franche et appliquée. Le tournage au Nouveau-Mexique, dans les environs d'Albuquerque et de Santa Fe, offre des paysages absolument superbes que la photographie de Michael Barrett sublime avec un soin presqu'ironique : ces grands espaces dignes des westerns de Sergio Leone qui encadrent des gags de niveau cour de récréation. La bande originale de Joel McNeely joue parfaitement le jeu, avec un thème d'ouverture qui suscite des espoirs épiques que le film prend un plaisir manifeste à déjouer. Et mention absolument spéciale à la chanson sur la moustache, un numéro musical aussi absurde qu'irrésistible, parfaitement exécuté, qui cristallise à lui seul tout ce que le film cherche à être : drôle, décalé, et franchement assumé. Les effets spéciaux, eux, s'acquittent honnêtement de leur tâche dans un registre qui n'appelle pas aux miracles, mais ne déçoit jamais.
Côté interprétation, Charlize Theron vole régulièrement la mise avec une aisance comique qu'on ne lui connaissait pas forcément. Liam Neeson joue son méchant avec un accent irlandais parfaitement incongru ; ce n'est pas un accident : il avait exigé de conserver cet accent en réponse à une blague des Griffin qui se moquait précisément de ce décalage, et ce retournement méta est l'un des meilleurs gags du film. Neil Patrick Harris, dans le rôle du rival moustachu, est impeccable dans le registre de la comédie physique. Quant à Seth MacFarlane lui-même, il a le mérite d'assurer l'essentiel ; mais il faut reconnaître qu'il est parfois le maillon le moins expressif de son propre casting. Il compense par l'énergie et la conviction, et ça passe.
La VF mérite une mention particulière. Laurent Maurel et l'équipe d'adaptation française ont fait un travail remarquable pour restituer le rythme et la gouaille de l'original : les répliques passent avec naturel, les jeux de mots survivent à la traversée, et on ne perd rien de l'humour décomplexé de MacFarlane. Regarder Albert à l'ouest en français est une expérience pleinement satisfaisante, ce qui n'est pas si fréquent pour ce type de comédie.
Et puis il y a les caméos. Sans trop en dévoiler pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu : l'apparition de Christopher Lloyd en Doc Brown, quelques décennies avant ses aventures temporelles habituelles, et celle de Jamie Foxx en Django, dans une scène d'une insolence totale : voir ces deux personnages débarquer dans le même film, c'est l'audace absolue, le genre de clin d'œil qui fait monter un grand sourire bête et qui résume en quelques secondes pourquoi Seth MacFarlane reste un auteur à part dans le paysage comique américain.
Albert à l'ouest n'est pas un chef-d'œuvre. Il est trop long par endroits, sa structure en sketchs successifs nuit à la dynamique d'ensemble, et certains gags traînent au-delà du raisonnable. Mais c'est un film généreux, inventif, habité par un créateur qui s'amuse sincèrement et qui réussit souvent à embarquer le spectateur dans sa propre euphorie. On en ressort avec le sourire, et avec le vague regret que ça ne dure pas un peu plus, ce qui est, somme toute, le meilleur signe qui soit. Ceux qui ont aimé Ted, ou qui ont grandi avec les Griffin, retrouveront ici leur univers de prédilection dans un costume de cow-boy qui lui va étonnamment bien.
L'histoire en elle-même ne révolutionne rien. Albert Stark, éleveur de moutons peureux dans l'Arizona de 1882, se fait plaquer par sa fiancée Louise après avoir esquivé un duel comme un couard. Sa rencontre avec Anna, mystérieuse et habile avec une arme, va progressivement le transformer… jusqu'à ce que le mari de ladite Anna, le hors-la-loi Clinch Leatherwood, débarque en ville avec sa mauvaise humeur et ses pistolets. Le schéma est classique, presque balisé. Mais Albert à l'ouest ne cherche pas à surprendre par son intrigue : il cherche à faire rire, et il y parvient plus souvent qu'on ne l'y attendait.
Ce qui distingue le film de la simple parodie de bas étage, c'est la densité de son univers. Seth MacFarlane construit un Far West cohérent dans son absurdité, foisonnant de petits détails truculents qui récompensent l'attention : une enseigne de magasin qui rend hommage à un artisan du tournage, une réplique en Cherokee qui dissimule en réalité le nom de Mila Kunis (actrice principale de Ted), des anachronismes assumés qui soulignent avec malice à quel point le XIXe siècle était une époque franchement peu enviable. Le film part du principe que ses personnages ont la mentalité du XXIe siècle tout en étant coincés en 1882, ce qui donne lieu à des gags souvent bien sentis sur la violence banalisée, la durée de vie moyenne, et les diverses façons créatives de mourir dans l'Ouest : tous thèmes déclinés avec un enthousiasme de sale gosse déchaîné.
Albert est un personnage attachant précisément parce qu'il est l'anti-héros absolu du genre. Là où le western classique célèbre le mâle taiseux et implacable, lui philosophe à voix haute sur la stupidité des duels, se plaint de tout, et cherche une échappatoire plutôt qu'une gloire. C'est une figure de couard assumé qui gagne en consistance au fil du récit, non pas parce que l'écriture est exceptionnellement profonde, mais parce que sa trajectoire — de la lâcheté au courage — est traitée avec une sincérité inattendue. Anna, de son côté, échappe au rôle ingrat de la belle mystérieuse en s'imposant comme le personnage le plus compétent du film, ce qui n'est pas rien. Clinch, le méchant, est suffisamment imposant pour remplir sa fonction sans jamais devenir caricatural. Quant au duo Edward/Ruth composé de Giovanni Ribisi et Sarah Silverman, il constitue une savoureuse ligne comique parallèle, celle d'un couple romantique irréductible dans le contexte le plus improbable qui soit.
Sur le fond, le film porte une vraie tendresse pour le genre qu'il démonte pièce par pièce. Seth MacFarlane est un cinéphile sincère, et Albert à l'ouest ressemble moins à une moquerie du western qu'à une déclaration d'amour grimaçante. Il y a dans le film une forme de critique sociale en creux : la violence comme norme, le machisme érigé en vertu, le racisme ordinaire traité avec l'humour comme seul outil. Tout ça donne à l'ensemble une légère consistance thématique, sans jamais prétendre à plus qu'elle n'est. On n'est pas devant Le shérif est en prison de Mel Brooks, dont l'ombre plane inévitablement sur le film, mais on n'est pas non plus devant un simple défilé de gags scatologiques ; même si lesdits gags scatologiques ne manquent pas à l'appel.
La réalisation, elle, est franche et appliquée. Le tournage au Nouveau-Mexique, dans les environs d'Albuquerque et de Santa Fe, offre des paysages absolument superbes que la photographie de Michael Barrett sublime avec un soin presqu'ironique : ces grands espaces dignes des westerns de Sergio Leone qui encadrent des gags de niveau cour de récréation. La bande originale de Joel McNeely joue parfaitement le jeu, avec un thème d'ouverture qui suscite des espoirs épiques que le film prend un plaisir manifeste à déjouer. Et mention absolument spéciale à la chanson sur la moustache, un numéro musical aussi absurde qu'irrésistible, parfaitement exécuté, qui cristallise à lui seul tout ce que le film cherche à être : drôle, décalé, et franchement assumé. Les effets spéciaux, eux, s'acquittent honnêtement de leur tâche dans un registre qui n'appelle pas aux miracles, mais ne déçoit jamais.
Côté interprétation, Charlize Theron vole régulièrement la mise avec une aisance comique qu'on ne lui connaissait pas forcément. Liam Neeson joue son méchant avec un accent irlandais parfaitement incongru ; ce n'est pas un accident : il avait exigé de conserver cet accent en réponse à une blague des Griffin qui se moquait précisément de ce décalage, et ce retournement méta est l'un des meilleurs gags du film. Neil Patrick Harris, dans le rôle du rival moustachu, est impeccable dans le registre de la comédie physique. Quant à Seth MacFarlane lui-même, il a le mérite d'assurer l'essentiel ; mais il faut reconnaître qu'il est parfois le maillon le moins expressif de son propre casting. Il compense par l'énergie et la conviction, et ça passe.
La VF mérite une mention particulière. Laurent Maurel et l'équipe d'adaptation française ont fait un travail remarquable pour restituer le rythme et la gouaille de l'original : les répliques passent avec naturel, les jeux de mots survivent à la traversée, et on ne perd rien de l'humour décomplexé de MacFarlane. Regarder Albert à l'ouest en français est une expérience pleinement satisfaisante, ce qui n'est pas si fréquent pour ce type de comédie.
Et puis il y a les caméos. Sans trop en dévoiler pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu : l'apparition de Christopher Lloyd en Doc Brown, quelques décennies avant ses aventures temporelles habituelles, et celle de Jamie Foxx en Django, dans une scène d'une insolence totale : voir ces deux personnages débarquer dans le même film, c'est l'audace absolue, le genre de clin d'œil qui fait monter un grand sourire bête et qui résume en quelques secondes pourquoi Seth MacFarlane reste un auteur à part dans le paysage comique américain.
Albert à l'ouest n'est pas un chef-d'œuvre. Il est trop long par endroits, sa structure en sketchs successifs nuit à la dynamique d'ensemble, et certains gags traînent au-delà du raisonnable. Mais c'est un film généreux, inventif, habité par un créateur qui s'amuse sincèrement et qui réussit souvent à embarquer le spectateur dans sa propre euphorie. On en ressort avec le sourire, et avec le vague regret que ça ne dure pas un peu plus, ce qui est, somme toute, le meilleur signe qui soit. Ceux qui ont aimé Ted, ou qui ont grandi avec les Griffin, retrouveront ici leur univers de prédilection dans un costume de cow-boy qui lui va étonnamment bien.
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