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· Julien   Lepage

Admis à tout prix
Steve Pink
2006

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Illustration de critique : Admis à tout prix
Sorti en 2006, Admis à tout prix de Steve Pink se veut la comédie étudiante de son époque, avec une dose de rébellion bien calibrée pour plaire à un public jeune, un peu marginal, mais surtout en manque de repères académiques. Porté par Justin Long en éternel adolescent sympa et débrouillard, et Jonah Hill dans ses premières armes comiques, le film capitalise sur l'énergie de son casting et l'absurdité de son pitch pour tenter de nous vendre un conte subversif à la sauce campus.

L'idée de départ est aussi improbable qu'astucieuse : un lycéen recalé de toutes les facultés invente une université bidon pour rassurer ses parents. Là-dessus, le canular prend une tournure inattendue : des centaines de laissés-pour-compte débarquent, convaincus qu'une nouvelle chance leur est offerte. Plutôt que de les renvoyer à leur désillusion, le héros décide d'assumer jusqu'au bout la supercherie et de créer une université alternative, où l'on enseigne le skate, la spiritualité et la liberté d'apprendre.

Le scénario flirte très vite avec le schéma balisé du teen movie américain, avec ce qu'il faut de blagues potaches, de concours de popularité, de romance prévisible, et d'une opposition bien manichéenne entre les institutions rigides et l'esprit libre des outsiders. Rien de neuf à l'horizon, si ce n'est que le film prétend défendre la différence tout en empruntant les ficelles les plus classiques du genre. Il y a quelque chose d'un peu ironique à voir un film sur l'anticonformisme sombrer dans le plus parfait conformisme scénaristique.

Les personnages, eux, ne sortent pas franchement des archétypes. Bartleby, le héros, est le garçon moyen, gentil mais paumé, qui finit par trouver un sens à sa vie en inspirant les autres. Autour de lui gravitent des amis stéréotypés (le geek, le glandeur, le sportif refoulé) et quelques figures d'adultes bien clichées, entre le père autoritaire, le doyen de l'université rivale qui incarne l'ordre établi, et l'oncle excentrique transformé en doyen improvisé. On sent que l'écriture cherche davantage à cocher des cases qu'à donner chair à ses personnages.

Le message, lui, a au moins le mérite d'être clair : la société actuelle rejette ceux qui ne rentrent pas dans les cases, et le système éducatif n'est pas adapté à la diversité des élèves. Une idée forte, pertinente, mais traitée de façon trop simpliste pour qu'elle résonne vraiment. Le film a beau empiler les discours bien-pensants sur la tolérance et la liberté d'apprendre, il peine à aller au-delà du slogan, comme si la réflexion s'était arrêtée à l'étape du pitch marketing.

Côté réalisation, Steve Pink livre une copie sans grand relief. Pas de faute de goût majeure, mais rien non plus qui retienne l'attention. La photo est propre, les plans sont sages, le rythme est correct. La mise en scène ne prend aucun risque, et c'est peut-être là l'un des problèmes du film : il se veut punk dans l'esprit, mais reste sagement ancré dans les standards d'une comédie grand public calibrée.

Côté casting, Justin Long fait le job, avec son énergie de gendre idéal un peu désabusé, qui lui colle à la peau depuis Dodgeball. Jonah Hill, encore à ses débuts, laisse déjà entrevoir son potentiel comique, même si le film ne lui donne pas encore l'espace pour briller. Blake Lively est surtout là pour assurer la caution glamour. Mention à Lewis Black en doyen hallucinado, qui déballe ses monologues rageurs avec un plaisir communicatif.

Au final, Admis à tout prix est une comédie scolaire qui se regarde sans ennui, mais qui peine à convaincre vraiment. Le film mise sur un concept prometteur, mais l'exploite sans grande ambition, en se contentant de jouer la carte du feel-good faussement rebelle.
Ma note47%
Vu le 21 Décembre 2009


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