AKA
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Netflix a le don de recycler ses recettes. Après le carton planétaire de Balle Perdue, la plateforme a misé sur Alban Lenoir — son nouveau chouchou de l'action française — pour renouveler l'opération avec AKA, premier long métrage de Morgan S. Dalibert. Le film bat d'ailleurs tous les records de visionnage en langue française sur la plateforme, dépassant Balle Perdue 2 avec un score doublé. Ce succès populaire mérite qu'on s'y arrête, ne serait-ce que pour comprendre ce qu'il dit de l'état du cinéma de genre hexagonal. Adam Franco, agent infiltré aux méthodes expéditives, est missionné par le commandant Kruger (Thibault de Montalembert) pour s'insérer dans l'organisation du mafieux Victor Pastore (Eric Cantona), soupçonné d'héberger un terroriste recherché. Voilà pour le pitch, aussi vieux que le genre lui-même. Car c'est bien là où le bât blesse : le scénario de Dalibert semble avoir dormi dans un tiroir pendant une décennie au bas mot — la présence de références à la Wii, console retirée du marché il y a belle lurette, en témoigne assez éloquemment. Et ça se sent. L'intrigue repose sur des fondations vermoules : jamais les services secrets français n'iraient rapatrier une cible sur le territoire national pour l'éliminer, quand ils ont largement les moyens d'opérer à l'étranger. La cible, de son côté, ne pense à aucun moment à balancer ses documents compromettants à la presse pour assurer sa survie — solution pourtant évidente. Plus troublant encore, les agents sont présentés comme craignant un attentat alors qu'ils savent pertinemment, dès le départ, que la menace n'en est pas une. Ces incohérences ne s'expliquent que d'une seule manière : le scénario original reposait sans doute sur une banale traque de terroriste, et quelqu'un a cru bon de complexifier le tout en cours de route, sans reprendre l'édifice depuis les fondations. Le résultat est un film scénaristiquement aux fraises, qui peine à justifier ses propres situations. Adam Franco est le prototype du personnage écrit pour fonctionner, pas pour exister. Agent torturé, loup solitaire surentraîné, passé trouble — toutes les cases sont cochées avec une application presque touchante. Le film lui greffe un enfant à protéger au sein de la famille mafieuse, artifice émotionnel aussi prévisible qu'un coucher de soleil sur la Méditerranée, et dont la fonction est transparente dès la première scène commune. Pastore, le grand méchant incarné par Cantona, suit un arc tout aussi balisé : figure paternelle ambiguë, code d'honneur de façade, révélation finale sans surprise. Quant aux personnages secondaires, ils peuplent le cadre sans vraiment l'habiter. Le film ambitionne d'être un thriller politique adulte mais n'en assume jamais vraiment les implications. La dernière ligne droite lâche des violons et un discours moralisateur sur le Soudan du Sud des années 1980 — surgissant de nulle part après 1h45 de gros bras et de courses-poursuites — avec la grâce d'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Dalibert semble vouloir singer Henri Verneuil dans le dernier quart d'heure, oubliant que Verneuil — celui de I comme Icare, de Mille milliards de dollars ou du magistral Peur sur la ville — assumait jusqu'au bout ses partis pris, y compris les plus ambigus. Belmondo dans Le Marginal joue un flic corrompu aux méthodes expéditives, sa hiérarchie est montrée technocratique et laxiste : le genre est posé, revendiqué. Ici, on aimerait un film reaganien de la Cannon et on nous sert un pensum humaniste de dernière minute. La Cannon, elle, avait au moins conscience du ridicule assumé de Portés disparus. La réalisation est correcte — ne soyons pas injustes. Dalibert maîtrise son découpage, la photographie est propre, le rythme tenu. Les scènes d'action sont fonctionnelles sans être mémorables, loin de la virtuosité d'un Taken auquel le film lorgne parfois. La bande-son fait le travail, ni plus ni moins. Alban Lenoir porte le film avec son énergie habituelle et une présence physique indéniable — on lui souhaite sincèrement des projets à la hauteur de son évidente envie de bien faire. Cantona, en caïd au regard pesant, cabotine avec un plaisir communicatif, mais son personnage ne lui offre pas grand-chose à mordre. Thibault de Montalembert, excellent par ailleurs dans Dix pour cent, paraît ici bridé dans un rôle de composition trop cousu de fil blanc. Au fond, AKA est un film qui se regarde sans déplaisir si l'on est fan du genre et qu'on ne pose pas trop de questions — ce qui est précisément le problème. C'est du Olivier Marchal en moins bien, du téléfilm du samedi soir élevé à coups de budget Netflix. Symptomatique d'un cinéma de genre français qui n'ose ni ses ambitions ni ses références, il restera comme un exemple de ce qu'on peut faire quand on a des gros bras et pas grand-chose à dire. Ceux que la question taraude peuvent se tourner vers Le Convoi ou Balle Perdue — le premier film, pas la suite — pour voir ce que le genre donne quand il s'assume vraiment.
Ma note34%
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