Alibi.com 2
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La suite d'Alibi.com, c'est une de ces entreprises qui semblait condamnée avant même d'avoir commencé. Philippe Lacheau avait été suffisamment honnête dans son premier film pour en fermer la porte à double tour : l'agence fermait, Greg promettait d'arrêter de mentir, le générique tombait. Fin. Pas d'ouverture narrative, pas de fil à tirer. Et pourtant, six ans après, revoilà la bande à Fifi — Élodie Fontan, Tarek Boudali, Julien Arruti — avec un scénario co-écrit pendant le confinement, une flopée de guests de choix, et la même énergie de cancres décomplexés. Greg mène donc désormais une existence paisible aux côtés de Flo, et décide de lui demander sa main. Problème : Flo veut rencontrer sa belle-famille. Or la belle-famille en question, c'est un père escroc (Gérard Jugnot) et une mère ex-actrice de films de charme (Arielle Dombasle). Difficilement présentables aux futurs beaux-parents bien sous tous rapports (Nathalie Baye et Didier Bourdon). Solution évidente : rouvrir Alibi.com pour se dénicher des parents de substitution. Le tour de force du film, c'est précisément de réussir à justifier cette réouverture sans que ça sente l'excuse scénaristique. La raison qui pousse Greg à remettre le couvert est ingénieuse, presque élégante dans sa logique vaudevillesque. Lacheau n'invente rien — la mécanique du mensonge en cascade qui s'emballe jusqu'à l'explosion finale, c'est du Feydeau revu à la sauce Instagram —, mais il se l'approprie avec une sincérité désarmante. Il pille allègrement, assume totalement, et cette franchise est en soi une forme de talent. Le personnage de Greg n'évolue guère — il ment, il s'enferre, il panique, comme dans le premier. Flo est présentée comme de plus en plus perspicace, voire manipulatrice, ce qui lui donne un peu plus d'épaisseur qu'à l'accoutumée. Les parents fictifs recrutés à la hâte sont des archétypes fonctionnels plutôt que des personnages construits, mais dans un film de ce calibre, on ne leur demande pas de tenir sur la durée : juste de déclencher des situations. C'est leur rôle, ils le remplissent. Thématiquement, le film gratte quelque chose d'assez universel : la honte de ses origines, la tentation de se fabriquer une famille plus présentable pour entrer dans un monde bourgeois qui vous regarde de travers. C'est le sujet de Family Romance, LLC de Werner Herzog, traité par un cinéaste radicalement opposé dans ses intentions. Lacheau n'a aucune velléité d'en faire un commentaire social — et c'est précisément ce qui le rend honnête : il ne se sert pas du sujet pour se dédouaner d'avoir voulu « juste faire rire ». Derrière la caméra, Lacheau n'est pas un formaliste, mais il sait exactement quoi faire de son espace. Sa mise en scène est au service du gag — pas l'inverse. La séquence qui pastiche le plan-séquence de Kingsman est à ce titre un exemple savoureux : les raccords numériques sont atroces, les transitions piquent aux yeux, et on sent que tout ça a été tourné en plusieurs fois avec des bouts de ficelle. Mais c'est précisément pour ça que ça marche. Le faux plan-séquence raté devient un gag méta sur le faux plan-séquence — et dans cet espace de jeu assumé, les mini-gags s'enchaînent avec une efficacité de cartoon. C'est quand Lacheau dit « fuck » au classicisme qu'il est le plus lui-même. En revanche, les scènes plus conventionnelles — le strip-tease d'ouverture, par exemple — trahissent ses limites : sans l'élan du loufoque, il manque d'idées et ça se voit. Côté acteurs, la bande assure sans surprise. Boudali et Arruti sont un peu moins présents que dans le premier volet, avec moins de matière à se mettre sous la dent. Didier Bourdon, en beau-père coincé, offre une bagarre au corps-à-corps mémorable. Mais la vraie révélation du film, c'est Gad Elmaleh en fondateur d'Abibi.com, agence concurrente venue de nulle part, avec son propre JT parodique. C'est brillamment absurde, le genre de gag qui mûrit longtemps avant d'exploser, et Elmaleh le joue avec une conviction totale qui décuple l'effet comique. Au fond, Alibi.com 2 est un film inégal qui fait rire franchement — ce qui, dans le registre de la comédie populaire française, n'est pas si fréquent qu'on pourrait le croire. Le début est mou, certains gags vont trop loin dans le malaise ou la bêtise pour atterrir, et un garde-fou scénaristique n'aurait pas été de trop sur quelques séquences. Mais quand ça fonctionne — et ça fonctionne souvent —, c'est généreux, inventif, et sincère. Une belle réussite, donc, à condition d'accepter les termes du contrat. Pour les amateurs du genre, Babysitting et Nicky Larson et le Parfum de Cupidon restent les sommets de la filmographie de la bande, mais celui-ci se hisse sans rougir dans leur sillage.
Ma note71%
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