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· Julien   Lepage

Les amateurs (saison 2)
Fred Scotlande et Chloé Marçais
2022

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Illustration de critique : Les amateurs (saison 2)
Après le succès mitigé de la première saison, Fred Scotlande et Chloé Marçais reviennent aux commandes de cette adaptation française de The wrong mans, la comédie britannique de James Corden et Mathew Baynton. Avec Vincent Dedienne et François Damiens qui reprennent leurs rôles de fonctionnaires empêtrés dans un complot criminel, cette deuxième saison était attendue par ceux qui espéraient voir le duo rattraper les faiblesses de leurs débuts. Disney+ mise gros sur cette production franco-belge, et l'on peut comprendre pourquoi : sur le papier, le mélange entre l'humour belge de Damiens et la verve théâtrale de Dedienne promettait des étincelles.

Vincent et Alban se retrouvent une fois de plus plongés malgré eux dans une affaire qui les dépasse, ballottés entre poursuites en voiture, quiproquos administratifs et situations cocasses. Cette fois, l'intrigue les mène du département de la Meurthe-et-Moselle jusqu'au Maroc, multipliant les rebondissements et les personnages louches. La mécanique reste la même : deux anti-héros patauds tentent de s'en sortir face à des criminels bien plus organisés qu'eux, avec pour seules armes leur maladresse et leur bonne volonté.

Cette saison resserre sa construction autour de quatre épisodes au lieu des six précédents, et c'est paradoxalement sa première qualité. Le rythme s'en trouve effectivement plus efficace, même si cette compression narrative laisse parfois l'impression d'une course contre la montre permanente. Les scénaristes semblent avoir compris qu'il fallait muscler leur proposition, quitte à sacrifier certains développements secondaires. On passe moins de temps dans les méandres bureaucratiques pour se concentrer sur l'action, ce qui donne une dynamique plus soutenue à l'ensemble. Reste que l'originalité n'est toujours pas au rendez-vous : les ficelles restent visibles, les rebondissements prévisibles, et l'on navigue entre les codes du buddy movie et de la comédie d'espionnage sans jamais vraiment les transcender.

Vincent et Alban gagnent en cohérence dans cette deuxième itération, leurs personnalités s'affirmant davantage que dans la première saison. Vincent conserve sa névrose de petit fonctionnaire anxieux, tandis qu'Alban cultive sa bonhomie de grand enfant resté chez sa mère. Leur complémentarité fonctionne mieux, notamment dans les moments de panique où leurs réactions opposées créent un vrai dynamisme dramatique. On regrette néanmoins que leurs arc narratifs restent assez convenus : l'un apprend à prendre des risques, l'autre à assumer ses responsabilités. C'est du déjà-vu, certes, mais au moins c'est assumé.

La série explore toujours les mêmes thématiques liées à la crise de la quarantaine et à l'épanouissement personnel, sans grande profondeur mais avec une certaine bienveillance. Elle flirte avec la satire de l'administration française et de ses dysfonctionnements, mais sans jamais oser le trait vraiment acerbe. L'humour reste dans un registre familial, accessible, parfois au détriment de la mordant. On sent bien l'influence de l'original britannique, mais filtrée par une sensibilité française qui édulcore les angles les plus saillants.

Visuellement, la série gagne en ambition avec ses décors marocains qui offrent un dépaysement bienvenu après les bureaux ternes de la première saison. La réalisation de Fred Scotlande reste fonctionnelle sans être particulièrement inspirée, privilégiant la lisibilité à l'esthétisme. Les séquences d'action sont correctement filmées, même si l'on sent les contraintes budgétaires dans certains plans. La bande sonore accompagne sans déplaire, dans un registre plutôt consensuel qui colle bien à l'esprit général de la série.

C'est sur le plan des performances que cette saison trouve sa principale force. Vincent Dedienne maîtrise parfaitement son registre d'anxieux compulsif, alternant avec justesse entre moments de panique et éclairs de détermination. Son passage du théâtre à l'action télévisée s'avère plus convaincant qu'attendu, et l'on sent qu'il prend plaisir à sortir de sa zone de confort habituelle. François Damiens confirme sa capacité à incarner l'homme ordinaire confronté à l'extraordinaire, même si son jeu frôle parfois la caricature. Leur alchimie, qui avait mis du temps à se mettre en place lors de la première saison, fonctionne désormais naturellement. Le casting belge, avec notamment Lucie Debay, Peter Van den Begin ou Laurent Capelluto, apporte une crédibilité bienvenue aux seconds rôles, transformant cette production en véritable vitrine du talent belge contemporain.

Cette deuxième saison des Amateurs constitue indéniablement un progrès par rapport à la première, sans pour autant révolutionner le genre. Le tandem fonctionne mieux, le rythme s'améliore, mais l'ensemble manque encore de cette petite étincelle qui ferait passer la série du statut de divertissement correct à celui de vraie réussite. On reste dans du très regardable sans prise de tête, parfait pour un dimanche pluvieux, mais on peine à en garder un souvenir impérissable. Ceux qui ont apprécié la formule trouveront leur compte dans cette version améliorée, les autres feraient mieux de se tourner vers l'original britannique The wrong mans, qui conserve une inventivité et un mordant que l'adaptation française n'arrive pas tout à fait à égaler.
Ma note38%
Vu le 11 Juillet 2025


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