Aliens of the deep
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L'océan comme antichambre de l'espace : voilà l'idée ambitieuse que James Cameron et Steven Quale ont décidé d'explorer en 2005 avec Aliens of the deep. Quatre ans après Titanic, le roi autoproclamé du monde poursuit son obsession aquatique, mais cette fois en troquant le luxueux paquebot contre les submersibles russes Mir et un objectif plus noble : comprendre si la vie extraterrestre pourrait exister ailleurs que sur notre planète bleue.
Le documentaire nous emmène à bord du légendaire navire de recherche Akademik Mstislav Keldysh (celui-là même qui servait de décor aux séquences contemporaines de Titanic) pour une série de quarante plongées réparties sur dix sites des dorsales médio-océaniques, ces chaînes de montagnes sous-marines qui s'étendent sur 74 000 kilomètres autour du globe. L'équipe, composée de scientifiques de la NASA, d'astrobiologistes et de biologistes marins, descend à plus de 3 000 mètres de profondeur pour observer les fumeurs noirs, ces cheminées hydrothermales qui crachent une eau surchauffée à près de 400 degrés. Autour de ces oasis toxiques prospère une faune étonnante : des vers tubicoles de deux mètres de long aux panaches rouge sang, des essaims de crevettes blanches et aveugles, des crabes pâles, et quelques curiosités tentaculaires dont un adorable poulpe « Dumbo » aux oreilles d'éléphant. Le parallèle avec l'espace s'impose progressivement : si la vie peut survivre ici, dans l'obscurité absolue et sans photosynthèse, pourquoi pas sur Europe, la Lune glacée de Jupiter ?
Le problème, c'est que Cameron semble incapable de choisir entre trois films différents. Veut-il nous offrir un documentaire animalier façon Planète bleue ? Une ode à l'exploration scientifique ? Ou une bande-annonce géante pour son futur Avatar ? La structure hésite constamment, oscillant entre des images sous-marines spectaculaires, des conversations enthousiastes, mais creuses, entre scientifiques, et des séquences d'animation franchement douteuses montrant des sondes spatiales explorant Europe. Résultat : on se retrouve avec quarante-sept minutes au cinéma (quatre-vingt-dix-neuf en version longue sur DVD) qui donnent l'impression d'un making-of égaré plutôt que d'un véritable documentaire. Là où La marche de l'empereur prenait le temps de nous immerger dans son sujet, Aliens of the deep survole tout avec une nervosité frustrante, nous accordant dix secondes pour admirer une créature jamais vue auparavant avant de nous ramener dans le submersible pour écouter quelqu'un s'exclamer « C'est incroyable ! »…
Les scientifiques qui accompagnent Cameron (Dijanna Figueroa, Pamela Conrad, Maya Tolstoy et leurs collègues) sont indéniablement brillants dans leurs domaines respectifs. Le souci, c'est qu'on les sent manifestement mal à l'aise devant la caméra, réduits à un rôle de supporters émerveillés plutôt que de véritables pédagogues. Quand Dijanna Figueroa confie qu'elle sacrifierait dix ans de sa vie pour aller sur Mars sans avoir pensé aux conséquences pour son mari ou son chat, on touche à quelque chose d'authentiquement humain. Mais ces moments de sincérité se noient dans un océan de « wouah », « c'est dingue » et « regarde ça ». Cameron lui-même, omniprésent, se comporte davantage en touriste conquérant qu'en guide éclairé, monopolisant l'écran au point qu'on pourrait rebaptiser le film « Les vacances sous-marines de Jim ». Le documentaire aurait gagné à laisser parler les experts seniors plutôt que de privilégier les jeunes doctorants photogéniques et le réalisateur lui-même, qui s'improvise océanographe avec la même assurance qu'il proclamait être le roi du monde aux Oscars.
Le film soulève néanmoins des questions fascinantes sur l'exobiologie et la possibilité de vie dans des environnements extrêmes. Ces créatures qui se nourrissent de chimiosynthèse plutôt que de photosynthèse bouleversent notre conception même de la vie. Si des organismes complexes prospèrent dans ces Enfers sulfureux et glacés, alors l'équation de Drake prend soudain un nouveau sens, et Europe, Encelade ou Titan deviennent des candidats sérieux pour abriter des formes de vie extraterrestre. On sent l'excitation authentique des chercheurs face à ces implications cosmiques. Sauf que le film préfère souvent nous montrer les équipements, les submersibles, le ballet des câbles et des treuils, plutôt que d'approfondir ces réflexions vertigineuses. Quand il s'aventure finalement dans la science-fiction pure avec ses séquences animées montrant une mission hypothétique vers Europe, on bascule dans un registre digne des couvertures d'Amazing stories des années 1940, avec des aliens luminescents qui ressemblent comme deux gouttes d'eau aux créatures bioluminescentes d'Abyss. C'est joli, c'est imaginatif, mais ça détonne tellement avec le reste qu'on se demande si Cameron n'a pas simplement voulu recycler des concepts pour son prochain blockbuster.
Techniquement, difficile de contester l'exploit. La 3D IMAX, après des années de tâtonnements, atteint enfin une maturité impressionnante, avec des lunettes surdimensionnées qui englobent tout le champ de vision. Les images captées par les caméras spécialement conçues par Cameron et son frère Mike, inventeur des robots télécommandés « Jake » utilisés dans l'expédition, sont d'une clarté sidérante. Un essaim de crevettes qui attaque le ROV, une méduse quasi transparente qui dérive dans le faisceau des projecteurs, un calmar colossal surgissant de l'obscurité : quand le film se concentre sur ces merveilles, il tient ses promesses. La bande-son, en revanche, hésite entre les chœurs célestes pompeux et la musique pop énergique. On a même droit à une version instrumentale de Ray of light de Madonna et à Back in black d'AC/DC pendant qu'on découpe la coque du navire au chalumeau. Ces choix musicaux donnent au documentaire des airs de clip promotionnel plutôt que d'exploration scientifique rigoureuse. Quant au montage, il privilégie le rythme et le spectacle au détriment de l'information, compressant deux heures de descente en vingt secondes, nous privant de cette sensation d'immersion progressive dans les abysses.
Les « acteurs » du documentaire, ces vrais scientifiques propulsés devant l'objectif, font ce qu'ils peuvent avec leur inconfort manifeste. Anatoly M. Sagalevitch, le pilote en chef des Mir et meneur de l'expédition Keldysh, possède une présence naturelle de vieux loup de mer russe, mais il reste malheureusement sous-utilisé. Les chercheurs américains de la NASA et des différentes universités dégagent un enthousiasme communicatif, certes, mais leurs interventions manquent cruellement de substance. On aimerait qu'ils nous expliquent vraiment ce qu'on observe : quelle est cette chose avec des pieds minuscules qualifiée de « la créature la plus laide de la planète » ? Ce calmar ailé étrange ? Cameron, lui, monopolise l'écran avec son habituelle mégalomanie bon enfant, se positionnant en professeur alors qu'il n'est, après tout, qu'un réalisateur hollywoodien avec les moyens de financer ce genre d'expédition. Son « je n'ai aucune idée de ce que c'est » face à une créature gélatineuse résume paradoxalement toute l'approche du film : plus de « wow » que de savoir.
Au final, Aliens of the deep laisse une impression contrastée, celle d'une occasion manquée de produire un documentaire majeur. Les images sont indéniablement époustouflantes, la démarche scientifique louable, et l'ambition de tisser un lien entre l'exploration océanique et spatiale stimulante. Mais entre un Cameron trop présent, des scientifiques réduits au rôle de faire-valoir enthousiastes, et une structure qui ne sait pas où elle va, on reste sur sa faim. C'est comme si on nous avait promis un festin gastronomique et qu'on nous servait un assortiment de tapas spectaculaire, mais décousu. Pour les passionnés d'océanographie ou les curieux d'astrobiologie, il y a matière à s'émerveiller. Pour les autres, mieux vaut attendre que Cameron revienne à la fiction et nous livre enfin ce Avatar qu'il nous fait miroiter depuis des années. En attendant, si vous cherchez un documentaire sous-marin plus abouti, Planète bleue reste la référence incontournable, et si c'est l'espace qui vous attire, Voyage of time de Malick saura mieux vous faire rêver aux mystères cosmiques.
Le documentaire nous emmène à bord du légendaire navire de recherche Akademik Mstislav Keldysh (celui-là même qui servait de décor aux séquences contemporaines de Titanic) pour une série de quarante plongées réparties sur dix sites des dorsales médio-océaniques, ces chaînes de montagnes sous-marines qui s'étendent sur 74 000 kilomètres autour du globe. L'équipe, composée de scientifiques de la NASA, d'astrobiologistes et de biologistes marins, descend à plus de 3 000 mètres de profondeur pour observer les fumeurs noirs, ces cheminées hydrothermales qui crachent une eau surchauffée à près de 400 degrés. Autour de ces oasis toxiques prospère une faune étonnante : des vers tubicoles de deux mètres de long aux panaches rouge sang, des essaims de crevettes blanches et aveugles, des crabes pâles, et quelques curiosités tentaculaires dont un adorable poulpe « Dumbo » aux oreilles d'éléphant. Le parallèle avec l'espace s'impose progressivement : si la vie peut survivre ici, dans l'obscurité absolue et sans photosynthèse, pourquoi pas sur Europe, la Lune glacée de Jupiter ?
Le problème, c'est que Cameron semble incapable de choisir entre trois films différents. Veut-il nous offrir un documentaire animalier façon Planète bleue ? Une ode à l'exploration scientifique ? Ou une bande-annonce géante pour son futur Avatar ? La structure hésite constamment, oscillant entre des images sous-marines spectaculaires, des conversations enthousiastes, mais creuses, entre scientifiques, et des séquences d'animation franchement douteuses montrant des sondes spatiales explorant Europe. Résultat : on se retrouve avec quarante-sept minutes au cinéma (quatre-vingt-dix-neuf en version longue sur DVD) qui donnent l'impression d'un making-of égaré plutôt que d'un véritable documentaire. Là où La marche de l'empereur prenait le temps de nous immerger dans son sujet, Aliens of the deep survole tout avec une nervosité frustrante, nous accordant dix secondes pour admirer une créature jamais vue auparavant avant de nous ramener dans le submersible pour écouter quelqu'un s'exclamer « C'est incroyable ! »…
Les scientifiques qui accompagnent Cameron (Dijanna Figueroa, Pamela Conrad, Maya Tolstoy et leurs collègues) sont indéniablement brillants dans leurs domaines respectifs. Le souci, c'est qu'on les sent manifestement mal à l'aise devant la caméra, réduits à un rôle de supporters émerveillés plutôt que de véritables pédagogues. Quand Dijanna Figueroa confie qu'elle sacrifierait dix ans de sa vie pour aller sur Mars sans avoir pensé aux conséquences pour son mari ou son chat, on touche à quelque chose d'authentiquement humain. Mais ces moments de sincérité se noient dans un océan de « wouah », « c'est dingue » et « regarde ça ». Cameron lui-même, omniprésent, se comporte davantage en touriste conquérant qu'en guide éclairé, monopolisant l'écran au point qu'on pourrait rebaptiser le film « Les vacances sous-marines de Jim ». Le documentaire aurait gagné à laisser parler les experts seniors plutôt que de privilégier les jeunes doctorants photogéniques et le réalisateur lui-même, qui s'improvise océanographe avec la même assurance qu'il proclamait être le roi du monde aux Oscars.
Le film soulève néanmoins des questions fascinantes sur l'exobiologie et la possibilité de vie dans des environnements extrêmes. Ces créatures qui se nourrissent de chimiosynthèse plutôt que de photosynthèse bouleversent notre conception même de la vie. Si des organismes complexes prospèrent dans ces Enfers sulfureux et glacés, alors l'équation de Drake prend soudain un nouveau sens, et Europe, Encelade ou Titan deviennent des candidats sérieux pour abriter des formes de vie extraterrestre. On sent l'excitation authentique des chercheurs face à ces implications cosmiques. Sauf que le film préfère souvent nous montrer les équipements, les submersibles, le ballet des câbles et des treuils, plutôt que d'approfondir ces réflexions vertigineuses. Quand il s'aventure finalement dans la science-fiction pure avec ses séquences animées montrant une mission hypothétique vers Europe, on bascule dans un registre digne des couvertures d'Amazing stories des années 1940, avec des aliens luminescents qui ressemblent comme deux gouttes d'eau aux créatures bioluminescentes d'Abyss. C'est joli, c'est imaginatif, mais ça détonne tellement avec le reste qu'on se demande si Cameron n'a pas simplement voulu recycler des concepts pour son prochain blockbuster.
Techniquement, difficile de contester l'exploit. La 3D IMAX, après des années de tâtonnements, atteint enfin une maturité impressionnante, avec des lunettes surdimensionnées qui englobent tout le champ de vision. Les images captées par les caméras spécialement conçues par Cameron et son frère Mike, inventeur des robots télécommandés « Jake » utilisés dans l'expédition, sont d'une clarté sidérante. Un essaim de crevettes qui attaque le ROV, une méduse quasi transparente qui dérive dans le faisceau des projecteurs, un calmar colossal surgissant de l'obscurité : quand le film se concentre sur ces merveilles, il tient ses promesses. La bande-son, en revanche, hésite entre les chœurs célestes pompeux et la musique pop énergique. On a même droit à une version instrumentale de Ray of light de Madonna et à Back in black d'AC/DC pendant qu'on découpe la coque du navire au chalumeau. Ces choix musicaux donnent au documentaire des airs de clip promotionnel plutôt que d'exploration scientifique rigoureuse. Quant au montage, il privilégie le rythme et le spectacle au détriment de l'information, compressant deux heures de descente en vingt secondes, nous privant de cette sensation d'immersion progressive dans les abysses.
Les « acteurs » du documentaire, ces vrais scientifiques propulsés devant l'objectif, font ce qu'ils peuvent avec leur inconfort manifeste. Anatoly M. Sagalevitch, le pilote en chef des Mir et meneur de l'expédition Keldysh, possède une présence naturelle de vieux loup de mer russe, mais il reste malheureusement sous-utilisé. Les chercheurs américains de la NASA et des différentes universités dégagent un enthousiasme communicatif, certes, mais leurs interventions manquent cruellement de substance. On aimerait qu'ils nous expliquent vraiment ce qu'on observe : quelle est cette chose avec des pieds minuscules qualifiée de « la créature la plus laide de la planète » ? Ce calmar ailé étrange ? Cameron, lui, monopolise l'écran avec son habituelle mégalomanie bon enfant, se positionnant en professeur alors qu'il n'est, après tout, qu'un réalisateur hollywoodien avec les moyens de financer ce genre d'expédition. Son « je n'ai aucune idée de ce que c'est » face à une créature gélatineuse résume paradoxalement toute l'approche du film : plus de « wow » que de savoir.
Au final, Aliens of the deep laisse une impression contrastée, celle d'une occasion manquée de produire un documentaire majeur. Les images sont indéniablement époustouflantes, la démarche scientifique louable, et l'ambition de tisser un lien entre l'exploration océanique et spatiale stimulante. Mais entre un Cameron trop présent, des scientifiques réduits au rôle de faire-valoir enthousiastes, et une structure qui ne sait pas où elle va, on reste sur sa faim. C'est comme si on nous avait promis un festin gastronomique et qu'on nous servait un assortiment de tapas spectaculaire, mais décousu. Pour les passionnés d'océanographie ou les curieux d'astrobiologie, il y a matière à s'émerveiller. Pour les autres, mieux vaut attendre que Cameron revienne à la fiction et nous livre enfin ce Avatar qu'il nous fait miroiter depuis des années. En attendant, si vous cherchez un documentaire sous-marin plus abouti, Planète bleue reste la référence incontournable, et si c'est l'espace qui vous attire, Voyage of time de Malick saura mieux vous faire rêver aux mystères cosmiques.
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