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· Julien   Lepage

American pie
Paul Weitz et Chris Weitz
1999

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Illustration de critique : American pie
Sorti en 1999, American pie a marqué toute une génération, celle des ados à la croisée des années 90 et 2000, coincés entre les CD de Blink-182 et les modems 56k. Réalisé par Paul et Chris Weitz, le film s'inscrit dans cette vague de teen-movies ressuscitée par le succès des Scream et consorts, où l'humour potache prenait le relais des masques de tueur. L'idée ? Suivre une bande de lycéens qui, à l'approche du bal de fin d'année, concluent un pacte : perdre leur virginité avant l'entrée à la fac. Et s'enchaînent alors gags scabreux, situations grotesques et maladresses en tout genre, avec en fond un vernis pseudo-affectif sur l'amitié et le passage à l'âge adulte.

D'un point de vue narratif, il ne faut pas s'attendre à une révolution du genre. L'histoire suit un schéma ultra-balisé où chaque personnage remplit une case bien définie : Jim, le loser maladroit, Oz, le sportif un peu benêt, Kevin, le mec en couple en crise existentielle, et Finch, l'intello prétentieux. Sans oublier Stifler, caricature du beauf assumé qui traverse le film comme une tornade hormonale. Le tout baigne dans un flot ininterrompu de blagues sexuelles, d'humiliations publiques et de péripéties centrées sur la quête du Saint-Graal adolescent : faire sa première fois. À défaut d'être original, le film a au moins le mérite d'assumer pleinement son programme.

Si le scénario se veut une chronique générationnelle sur l'adolescence, il ne dépasse jamais le stade du fantasme adolescent écrit par des adultes. Là où un Supergrave (2007) parviendra à rendre ses personnages touchants dans leur vulgarité, American pie reste englué dans un humour qui, derrière son ton irrévérencieux, ne fait que recycler des clichés déjà usés jusqu'à la corde. La plupart des gags reposent sur un seul et même ressort : le malaise. Que ce soit la célèbre scène de la webcam ou l'épisode de la tarte aux pommes, tout est conçu pour mettre Jim dans des situations de plus en plus humiliantes, à tel point qu'on finit par compatir pour lui… ou par ressentir un certain malaise face à tant d'acharnement.

Le film prétend capturer les tourments de l'adolescence, mais il se contente d'aligner des archétypes plus que de véritables personnages. À part peut-être Jim, qui a au moins le mérite d'être un antihéros attachant, le reste de la bande oscille entre le fade et le grotesque. Kevin est l'illustration du petit-ami sans aspérité, Oz joue au romantique de service sans grande crédibilité, et Finch tente d'exister à travers une obsession improbable pour la mère de Stifler. Ce dernier est d'ailleurs l'exemple parfait du type de personnage qui fonctionne mieux en second rôle qu'en figure centrale : drôle par petites touches, insupportable quand il est trop mis en avant.

Au-delà du simple teen-movie, American pie tente, vaguement, de parler du passage à l'âge adulte et de l'évolution des relations amoureuses à la fin du lycée. Mais soyons honnêtes, ces messages sont aussi subtils qu'un panneau lumineux en pleine nuit. Derrière le vernis de l'humour graveleux, la morale est d'une naïveté confondante : au final, chacun trouve l'amour (ou du moins du sexe), et tout est bien qui finit bien. Une vision bien propre et rassurante de l'adolescence, bien loin de la complexité réelle du sujet.

Techniquement, la mise en scène est fonctionnelle sans être inspirée. Le film est tourné comme un épisode lambda de sitcom, sans réel effort de mise en scène ou de créativité visuelle. La bande-son, en revanche, est un pur condensé de la fin des années 90, avec Blink-182 en figure de proue. Si elle a pu donner une certaine identité au film à l'époque, elle le fige aujourd'hui dans une bulle temporelle qui n'a pas forcément bien vieilli. L'énergie punk-rock colle bien à l'ensemble, mais elle ne suffit pas à masquer l'indigence de l'écriture.

Côté casting, les performances oscillent entre l'anecdotique et le sympathique. Jason Biggs s'en sort avec les honneurs en incarnant Jim avec un mélange de maladresse et de sincérité qui fait son petit effet. Alyson Hannigan est la seule à vraiment tirer son épingle du jeu en jouant à contre-emploi, son personnage de Michelle apportant un twist inattendu à l'ensemble. Eugene Levy, en père embarrassant mais bienveillant, offre quelques-unes des rares scènes vraiment drôles du film. Pour le reste, les acteurs sont surtout là pour réciter leurs lignes et faire ce qu'on attend d'eux, sans grande conviction.

Vu en 1999, le film pouvait avoir un certain charme, une énergie qui correspondait à son époque. Aujourd'hui, son humour vieillit mal, ses personnages semblent fades, et son message, déjà limité à la base, apparaît encore plus creux. Il reste un témoignage de ce que pouvait être un teen-movie à la fin des années 90, un plaisir coupable pour certains, un vestige un peu gênant pour d'autres. Mieux vaut en garder le souvenir que de tenter de raviver la flamme, au risque de se rendre compte qu'elle était déjà bien vacillante.
Ma note40%
Vu le 16 Mai 2012


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