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· Julien   Lepage

American pie : marions-les !
Jesse Dylan
2003

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Illustration de critique : American pie : marions-les !
Il y avait une époque où American pie incarnait une forme d'irrévérence adolescente, un défouloir potache qui, malgré son obsession pour le sexe et les fluides corporels, avait cette énergie juvénile et une certaine sincérité dans sa bêtise. Puis est venu American pie 2, qui n'avait rien d'indispensable, mais se laissait regarder en pilotage automatique. Et puis il y a eu celui-ci, American pie : marions-les !, le moment où la franchise a définitivement basculé dans le bourbier du beaufisme industriel.

Le programme est annoncé dès le titre : il est temps de grandir, de passer à l'étape suivante, de ranger les blagues sur la masturbation pour embrasser l'institution du mariage. L'histoire est aussi simple que creuse : Jim et Michelle vont se marier, et comme tout bon couple américain formaté par la pop culture, ils veulent une cérémonie parfaite, orchestrée dans les moindres détails. Malheureusement pour eux (et surtout pour nous), Stifler est toujours là, et c'est lui qui va se charger de tout ruiner, avec son incroyable talent pour transformer chaque situation en un festival de vulgarité crétine. Comme si ça ne suffisait pas, une intrigue secondaire aussi captivante qu'un épisode des Feux de l'amour voit Finch et Stifler se disputer la sœur de Michelle, Cadence, dans un jeu de séduction qui ferait passer une télé-réalité pour du Tchekhov.

Le scénario s'évertue à cocher toutes les cases du cahier des charges du « film de mariage américain » en prenant soin de ne surtout rien proposer de nouveau. Tout est calibré pour flatter la médiocrité du spectateur qui veut « juste se détendre ». On assiste ainsi à une succession de gags d'un goût douteux, oscillant entre le déjà-vu et le franchement gênant. La scène où Stifler mange un excrément de chien pour récupérer l'alliance ? Même en étant préparé psychologiquement, il est difficile de ne pas se demander quel esprit tordu a validé ça en réunion. Et que dire du passage où Jim se fait épiler les parties intimes, avec les poils qui finissent dans la pièce montée ? C'est censé être hilarant, mais c'est juste désespérant.

Les personnages sont devenus des caricatures d'eux-mêmes. Jim, autrefois le type maladroit et sympathique, est désormais un pantin dont l'unique fonction est de subir. Michelle, qui avait au moins le mérite d'exister en tant que personnage dans les précédents films, est ici réduite au cliché de la future mariée ne pensant qu'à sa robe et à sa cérémonie. Kevin ? Inexistant. Finch ? Dépossédé de son flegme dandy pour servir de faire-valoir à Stifler. Ce dernier, d'ailleurs, est le plus massacré par l'écriture : auparavant un sale gosse dont l'exubérance faisait mouche, il devient ici un beauf hystérique, une créature dégénérée qui grimace, gueule et gesticule en permanence, comme si son rôle consistait à compenser l'absence totale d'idées du scénario.

Derrière ses allures de comédie potache, le film aligne une vision du monde d'une pauvreté affligeante. Tout tourne autour d'un idéal de vie conformiste, où le mariage est un passage obligé, une fin en soi. À aucun moment American pie 3 ne remet en question ce modèle, ne joue avec ses codes, ne cherche à le subvertir. On aurait pu espérer une approche plus cynique, quelque chose qui vienne secouer un peu cette institution. Mais non, ici, le message est limpide : on peut être un ado attardé obsédé par le sexe, tant qu'on se range à la fin et qu'on fait un beau mariage, tout est pardonné. C'est une vision tellement infantile et bêtement américaine que ça en devient fascinant.

À la réalisation, Jesse Dylan (dont le fait d'armes le plus notable reste d'être le fils de Bob Dylan) ne se distingue par absolument rien. Son film est filmé comme un téléfilm du dimanche après-midi, sans âme, sans aucune idée de mise en scène. La photographie est plate, la musique est une compilation de morceaux pop-punk insipides qu'on aurait pu trouver dans n'importe quel teen-movie du début des années 2000, et le montage surligne chaque blague comme si le spectateur était trop stupide pour comprendre ce qui est censé être drôle.

Côté performances, il faut au moins reconnaître que Seann William Scott met une énergie considérable à jouer cette version dégénérée de Stifler. Il est insupportable, mais ce n'est pas de sa faute : c'est le script qui le transforme en pitre. Jason Biggs, lui, semble avoir abdiqué toute velléité d'acteur et joue Jim en mode automatique, comme un figurant dans sa propre histoire. Alyson Hannigan n'a rien à faire d'autre que sourire bêtement et se réjouir de son mariage parfait. Eugene Levy, malgré son statut de vétéran de la comédie, semble lui aussi en pilotage automatique, recyclant les mêmes mimiques que dans les précédents films.

American pie : marions-les ! est un film profondément inutile, à la fois paresseux, mal écrit et terriblement daté. Ce qui faisait le sel du premier opus — cette légèreté adolescente teintée d'une pointe d'authenticité — a totalement disparu. Il ne reste qu'un produit creux, vulgaire et péniblement répétitif. Il n'y a rien à sauver, si ce n'est peut-être la scène de la battle de danse dans le bar gay, un rare moment où le film semble s'amuser avec ses propres codes. Mais une bonne scène ne fait pas un bon film. Et dans le cas présent, elle ne suffit même pas à sauver ce naufrage.

Si ce film était une métaphore du mariage, il donnerait envie de rester célibataire à vie.
Ma note28%
Vu le 18 Mai 2012


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