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· Julien   Lepage

Avengers
Joss Whedon
2012

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Illustration de critique : Avengers
Avengers, réalisé par Joss Whedon en 2012, était censé représenter l'aboutissement d'un projet ambitieux : fusionner plusieurs franchises Marvel dans un blockbuster d'action total, une fresque où les icônes des comics convergent enfin. En théorie, le film promettait une épopée titanesque, portée par une distribution stellaire composée de Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson et Jeremy Renner. L'attente était énorme, et les attentes, démesurées. Pourtant, après 2 h 22 de spectacle clinquant, une question demeure : était-ce vraiment nécessaire ?

L'histoire repose sur un prétexte simple : Loki, frère maléfique de Thor, revient sur Terre pour s'emparer du Tesseract, une source d'énergie surpuissante. Pour l'arrêter, le directeur du SHIELD, Nick Fury, rassemble une équipe de super-héros qui doivent apprendre à travailler ensemble malgré leurs différences. Après quelques disputes et démonstrations de force, le film conduit inexorablement à une bataille finale spectaculaire en plein Manhattan, où nos héros combattent une armée extraterrestre générique dirigée par un méchant caricatural. Le scénario ne cherche même pas à cacher qu'il est une excuse pour mettre en scène ces personnages. Il n'y a pas de montée en tension, pas de développement subtil, simplement une ligne droite vers l'apocalypse.

Le script, coécrit par Whedon, oscille entre humour forcé et clichés usés. Les interactions entre personnages sont réduites à des échanges de punchlines qui flirtent souvent avec l'auto-parodie. Si Iron Man s'en tire grâce au charisme naturel de Robert Downey Jr. et à sa répartie, les autres héros peinent à exister au-delà de leurs gimmicks. Thor est réduit à un Dieu un peu benêt, Captain America manque cruellement de nuances et Hawkeye est carrément relégué au rang de figurant. Quant à Black Widow, elle a le malheur d'exister dans un univers où ses compétences humaines font d'elle une anomalie au milieu des demi-dieux et milliardaires en armure. Même Hulk, pourtant bien incarné par Mark Ruffalo, ne sert qu'à casser des murs et fournir un running gag.

Derrière ses couleurs flashy et son action frénétique, le film aligne des thèmes qui flirtent avec une vision simpliste du monde : un groupe d'Américains surpuissants sauve la planète d'une menace venue d'ailleurs, sans dommage collatéral ni remise en question. Dans cette guerre propre et spectaculaire, aucun soldat américain ne meurt, aucun civil n'est réellement en danger, et la destruction urbaine est un décor plus qu'une conséquence. On a l'impression de regarder un jeu vidéo où le bouton reset est activé dès la fin du film. Baudrillard aurait sans doute trouvé fascinant cette manière d'évacuer toute notion de violence réelle au profit d'une abstraction manichéenne où le Bien et le Mal sont désignés sans ambiguïté, sans nuance.

Côté mise en scène, Whedon fait le minimum syndical. La photographie est plate, les combats sont lisibles mais interchangeables, et la direction artistique manque cruellement d'imagination. Manhattan devient un terrain de jeu pour des explosions en CGI et des acrobaties numériques sans âme. Certes, la scène du plan-séquence en pleine bataille est un exercice technique efficace, mais elle ne parvient pas à masquer le sentiment d'ennui qui s'installe au bout de la quinzième explosion. La bande-son d'Alan Silvestri, elle, est fonctionnelle, mais oubliable, se contentant d'accompagner l'action sans jamais la transcender.

Les acteurs font ce qu'ils peuvent avec le matériel qu'on leur donne. Robert Downey Jr. cabotine, mais reste divertissant, Mark Ruffalo apporte un peu d'humanité à Hulk, et Tom Hiddleston tente de donner un minimum de profondeur à Loki. Les autres sont coincés dans des rôles schématiques qui ne laissent aucune place à l'interprétation. Chris Evans joue le boy-scout patriotique, Chris Hemsworth le Dieu blond naïf, Scarlett Johansson l'espionne badass en talons aiguilles. Personne ne sort réellement du lot, et c'est bien là le problème : tout est lisse, prévisible, aseptisé.

Avengers est un produit calibré pour plaire à un maximum de monde sans prendre le moindre risque. C'est un film qui se regarde comme on consomme un fast-food : sur le moment, ça comble un vide, mais on l'oublie dès le générique de fin. Ce n'est pas une œuvre, c'est une franchise déguisée en film, une mécanique de divertissement où tout est prévu pour aligner les billets au box-office. Ceux qui cherchent une histoire, des enjeux, des personnages consistants, ou même un point de vue un tant soit peu audacieux, passeront leur chemin. Quant aux autres, ils auront droit à une orgie de pixels et de blagues faciles. Une belle vitrine, mais une coquille vide.
Ma note22%
Vu le 26 Avril 2012


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