Balthazar (saison 5)
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C'est avec une certaine solennité que TF1 a annoncé, en décembre 2022, que cette cinquième saison de Balthazar serait la dernière ; une décision assumée par Tomer Sisley lui-même, qui avait confié ne pas vouloir faire « la saison de trop » après cinq ans passés dans la peau du légiste le plus célèbre du petit écran français. Clothilde Jamin et Clélia Constantine" referment donc le dossier avec six épisodes (un format raccourci par rapport aux saisons précédentes) aux côtés de Constance Labbé, Caterina Murino et des fidèles Côme Levin, Philypa Phoenix et Yannig Samot. Les fans attendaient une conclusion à la hauteur d'une série qui avait tenu l'antenne pendant cinq ans et régulièrement attiré plus de six millions de téléspectateurs. Ce qu'ils obtiennent est plus modeste que ça.
Raphaël Balthazar démarre cette ultime saison en fuite, planqué à Marrakech après avoir été injustement accusé de meurtres et piégé par son frère Alexandre, le psychopathe que la série avait introduit en saison 4. De retour à Paris, il doit faire face simultanément à la traque policière qui le vise, aux nouvelles manigances d'Alexandre, à l'arrivée d'une fille, et à diverses enquêtes criminelles qui n'ont pas attendu que ses problèmes personnels se règlent. Le fil rouge autour de la mort de Lise, qui avait traversé toute la série depuis le premier épisode, trouve ici sa conclusion définitive ; cette fois pour de bon, sans possibilité de résurrection scénaristique.
C'est justement autour de cette résolution que le bât blesse le plus. La série avait déjà maltraité l'arc Lise en saison 3, en croyant le clore avant de faire marche arrière en saison 4. Cette fois, le dénouement est réel, mais les moyens narratifs mobilisés pour y parvenir laissent songeur. Sans révéler les détails, disons que le scénario lorgne avec une certaine désinvolture du côté de Buried (le film de Rodrigo Cortés avec Ryan Reynolds, enterré vivant dans un cercueil) et emprunte quelques mécanismes à la franchise Saw, sans jamais atteindre la tension du premier ni l'inventivité morbide du second. On est dans le registre de la référence superficielle, le genre d'hommage qui ressemble surtout à un manque d'idées originales. La série a toujours navigué entre le policier sérieux et le divertissement décalé sans vraiment choisir son camp, et cette dernière saison ne tranche pas davantage : elle flotte dans la continuité sage de la saison 4, sans prendre de risques, sans éclats particuliers, sans folie.
Il y a une séquence qui symbolise assez bien cette tendance à l'excentricité gratuite : Balthazar se retrouve en colocation avec Paloma, personnage drag queen joué par Hugo Bardin, finaliste de Drag race France, que la série avait intégré à son casting dans une logique de coup médiatique assez transparent. Balthazar en drag queen pour un épisode, pourquoi pas, sur le principe. Sauf qu'il n'y a pas vraiment de principe derrière cette idée, pas de nécessité dramatique, pas de sens particulier. C'est une fantaisie de scénaristes qui n'a pas trouvé de justification narrative convaincante, et ça se voit. Le spectateur regarde ça avec l'indulgence un peu fatiguée de quelqu'un qui a accepté depuis longtemps les lubies de la série, mais sans y trouver grand-chose à mordre.
Du côté des personnages, la saison poursuit le travail entamé en saison 4 autour de l'identité profonde de Balthazar : qui il est, d'où il vient, ce que le personnage laissera derrière lui. L'introduction d'Alice, la fille que Balthazar a eu avec Maya, aurait pu être l'occasion d'une vraie exploration émotionnelle sur la paternité tardive et l'héritage. La saison l'effleure plus qu'elle ne la creuse. Le duo avec Camille Costes (Constance Labbé) reste l'un des atouts de la série, avec une complicité installée qui fonctionne sans avoir besoin de se justifier à chaque épisode. Caterina Murino en Vésinet continue d'apporter son contrepoint précieux, tutélaire et légèrement intimidant, même si la saison lui offre moins de matière que la précédente. Et il y a cette absence qui pèse tout au long de ces six épisodes : celle d'Hélène Bach. La série avait construit pendant trois saisons une relation entre les deux personnages principaux, pour l'expédier en saison 4, et l'on attendait (naïvement peut-être) qu'une saison finale trouve le moyen de refermer cette parenthèse correctement. Il n'en est rien. La soirée conclusive chez Balthazar, qui rassemble les personnages qui ont compté au fil des saisons, ne voit pas passer la tête d'Hélène de Fougerolles. C'est un choix (ou une impossibilité) qui laisse un goût d'inachevé difficile à avaler pour ceux qui avaient investi dans ce duo depuis 2018.
Thématiquement, la série tente de boucler ce qu'elle avait ouvert : la mort comme quotidien professionnel qui finit par contaminer la vie personnelle, le deuil impossible qui structure toute une existence, la question de ce qu'on transmet à ceux qui viennent après soi. Ce dernier point est celui qui donne à la saison sa meilleure séquence, et de loin. La scène finale, dans laquelle on découvre Alice, la fille de Balthazar incarnée par Lise Lomi, vingt-cinq ans plus tard, devenue légiste à son tour, aux côtés de son père, avec un petit twist final qui pour une fois mérite vraiment l'adjectif, est une vraie réussite. C'est doux-amer, bien construit, et ça donne au personnage une profondeur que la saison elle-même n'avait pas toujours su lui accorder. On comprend là, dans ces dernières minutes, ce que la série aurait pu être si elle avait osé plus régulièrement ce type de prise de risque émotionnelle.
La réalisation de cette saison finale, confiée à plusieurs metteurs en scène dont Vincent Jamain et Mona Achache, est dans la ligne de ce que la série a toujours produit : honnête, fonctionnelle, sans aspérité. On notera que le format raccourci à six épisodes lui confère un rythme légèrement plus tendu que les saisons précédentes, ce qui n'est pas pour déplaire. La bande originale d'Alexandre Fortuit, présente depuis le début, accompagne ce dénouement avec une discrétion relative : elle souligne la scène finale avec une justesse qu'elle n'avait pas toujours montrée par le passé.
Tomer Sisley est là où on l'attend : ni vraiment en dessous, ni tout à fait au-dessus. La scène finale lui offre quelque chose de rare dans la série : un moment de silence habité, sans réplique brillante à placer ni cascade à effectuer. C'est là qu'on le voit le mieux. Constance Labbé confirme ce que la saison 4 avait laissé entrevoir : une présence solide, une comédienne qui ne cherche pas à prendre plus de place que son rôle n'en demande, et qui en tire le meilleur. Lise Lomi, dans le rôle d'Alice adulte, n'a que peu de temps à l'écran, mais l'occupe avec une assurance tranquille qui donne envie d'en voir davantage.
Cette cinquième saison de Balthazar est ce qu'elle est : une conclusion correcte pour une série qui a souvent fait le bonheur du jeudi soir sans jamais tout à fait tenir ses promesses les plus ambitieuses. Elle ne déçoit pas franchement, ne réjouit pas non plus pleinement. Elle ressemble à la série elle-même : agréable, parfois un peu paresseuse, capable de beaux moments isolés que l'ensemble ne soutient pas toujours à la hauteur. Cette scène finale rattrape bien des choses, et c'est une façon honorable de tirer sa révérence.
Raphaël Balthazar démarre cette ultime saison en fuite, planqué à Marrakech après avoir été injustement accusé de meurtres et piégé par son frère Alexandre, le psychopathe que la série avait introduit en saison 4. De retour à Paris, il doit faire face simultanément à la traque policière qui le vise, aux nouvelles manigances d'Alexandre, à l'arrivée d'une fille, et à diverses enquêtes criminelles qui n'ont pas attendu que ses problèmes personnels se règlent. Le fil rouge autour de la mort de Lise, qui avait traversé toute la série depuis le premier épisode, trouve ici sa conclusion définitive ; cette fois pour de bon, sans possibilité de résurrection scénaristique.
C'est justement autour de cette résolution que le bât blesse le plus. La série avait déjà maltraité l'arc Lise en saison 3, en croyant le clore avant de faire marche arrière en saison 4. Cette fois, le dénouement est réel, mais les moyens narratifs mobilisés pour y parvenir laissent songeur. Sans révéler les détails, disons que le scénario lorgne avec une certaine désinvolture du côté de Buried (le film de Rodrigo Cortés avec Ryan Reynolds, enterré vivant dans un cercueil) et emprunte quelques mécanismes à la franchise Saw, sans jamais atteindre la tension du premier ni l'inventivité morbide du second. On est dans le registre de la référence superficielle, le genre d'hommage qui ressemble surtout à un manque d'idées originales. La série a toujours navigué entre le policier sérieux et le divertissement décalé sans vraiment choisir son camp, et cette dernière saison ne tranche pas davantage : elle flotte dans la continuité sage de la saison 4, sans prendre de risques, sans éclats particuliers, sans folie.
Il y a une séquence qui symbolise assez bien cette tendance à l'excentricité gratuite : Balthazar se retrouve en colocation avec Paloma, personnage drag queen joué par Hugo Bardin, finaliste de Drag race France, que la série avait intégré à son casting dans une logique de coup médiatique assez transparent. Balthazar en drag queen pour un épisode, pourquoi pas, sur le principe. Sauf qu'il n'y a pas vraiment de principe derrière cette idée, pas de nécessité dramatique, pas de sens particulier. C'est une fantaisie de scénaristes qui n'a pas trouvé de justification narrative convaincante, et ça se voit. Le spectateur regarde ça avec l'indulgence un peu fatiguée de quelqu'un qui a accepté depuis longtemps les lubies de la série, mais sans y trouver grand-chose à mordre.
Du côté des personnages, la saison poursuit le travail entamé en saison 4 autour de l'identité profonde de Balthazar : qui il est, d'où il vient, ce que le personnage laissera derrière lui. L'introduction d'Alice, la fille que Balthazar a eu avec Maya, aurait pu être l'occasion d'une vraie exploration émotionnelle sur la paternité tardive et l'héritage. La saison l'effleure plus qu'elle ne la creuse. Le duo avec Camille Costes (Constance Labbé) reste l'un des atouts de la série, avec une complicité installée qui fonctionne sans avoir besoin de se justifier à chaque épisode. Caterina Murino en Vésinet continue d'apporter son contrepoint précieux, tutélaire et légèrement intimidant, même si la saison lui offre moins de matière que la précédente. Et il y a cette absence qui pèse tout au long de ces six épisodes : celle d'Hélène Bach. La série avait construit pendant trois saisons une relation entre les deux personnages principaux, pour l'expédier en saison 4, et l'on attendait (naïvement peut-être) qu'une saison finale trouve le moyen de refermer cette parenthèse correctement. Il n'en est rien. La soirée conclusive chez Balthazar, qui rassemble les personnages qui ont compté au fil des saisons, ne voit pas passer la tête d'Hélène de Fougerolles. C'est un choix (ou une impossibilité) qui laisse un goût d'inachevé difficile à avaler pour ceux qui avaient investi dans ce duo depuis 2018.
Thématiquement, la série tente de boucler ce qu'elle avait ouvert : la mort comme quotidien professionnel qui finit par contaminer la vie personnelle, le deuil impossible qui structure toute une existence, la question de ce qu'on transmet à ceux qui viennent après soi. Ce dernier point est celui qui donne à la saison sa meilleure séquence, et de loin. La scène finale, dans laquelle on découvre Alice, la fille de Balthazar incarnée par Lise Lomi, vingt-cinq ans plus tard, devenue légiste à son tour, aux côtés de son père, avec un petit twist final qui pour une fois mérite vraiment l'adjectif, est une vraie réussite. C'est doux-amer, bien construit, et ça donne au personnage une profondeur que la saison elle-même n'avait pas toujours su lui accorder. On comprend là, dans ces dernières minutes, ce que la série aurait pu être si elle avait osé plus régulièrement ce type de prise de risque émotionnelle.
La réalisation de cette saison finale, confiée à plusieurs metteurs en scène dont Vincent Jamain et Mona Achache, est dans la ligne de ce que la série a toujours produit : honnête, fonctionnelle, sans aspérité. On notera que le format raccourci à six épisodes lui confère un rythme légèrement plus tendu que les saisons précédentes, ce qui n'est pas pour déplaire. La bande originale d'Alexandre Fortuit, présente depuis le début, accompagne ce dénouement avec une discrétion relative : elle souligne la scène finale avec une justesse qu'elle n'avait pas toujours montrée par le passé.
Tomer Sisley est là où on l'attend : ni vraiment en dessous, ni tout à fait au-dessus. La scène finale lui offre quelque chose de rare dans la série : un moment de silence habité, sans réplique brillante à placer ni cascade à effectuer. C'est là qu'on le voit le mieux. Constance Labbé confirme ce que la saison 4 avait laissé entrevoir : une présence solide, une comédienne qui ne cherche pas à prendre plus de place que son rôle n'en demande, et qui en tire le meilleur. Lise Lomi, dans le rôle d'Alice adulte, n'a que peu de temps à l'écran, mais l'occupe avec une assurance tranquille qui donne envie d'en voir davantage.
Cette cinquième saison de Balthazar est ce qu'elle est : une conclusion correcte pour une série qui a souvent fait le bonheur du jeudi soir sans jamais tout à fait tenir ses promesses les plus ambitieuses. Elle ne déçoit pas franchement, ne réjouit pas non plus pleinement. Elle ressemble à la série elle-même : agréable, parfois un peu paresseuse, capable de beaux moments isolés que l'ensemble ne soutient pas toujours à la hauteur. Cette scène finale rattrape bien des choses, et c'est une façon honorable de tirer sa révérence.
Ma note56%
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