Balthazar (saison 4)
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Personne n'aurait parié, après le dérapage contrôlé de la saison 3, que Balthazar serait capable de repartir sur de bonnes bases. Et pourtant, c'est exactement ce que fait cette quatrième saison diffusée en 2022 sur TF1 : en prenant tout le monde à contre-pied avec une audace de façade qui ressemble moins à un coup de maître qu'à un coup de poker. Clothilde Jamin et Clélia Constantine sont toujours aux commandes, Tomer Sisley toujours devant, mais la distribution a été sérieusement brassée. Hélène de Fougerolles disparaît, remplacée par Constance Labbé dans un rôle entièrement nouveau, tandis que Caterina Murino fait son entrée dans la série. On remet les compteurs à zéro… ou presque.
Cette saison 4 ne se contente pas de changer de partenaire à Balthazar : elle efface méthodiquement ce que la saison précédente avait laborieusement construit. Le couple Balthazar/Bach, vers lequel la série tendait depuis trois saisons ? Liquidé, et avec lui le personnage d'Hélène Bach, écarté de la série dans des conditions qui méritent qu'on s'y arrête. Hélène de Fougerolles avait elle-même confié dans la presse que son départ n'était pas vraiment son choix, les scénaristes estimant que la relation entre les deux personnages principaux, une fois formalisée, avait épuisé son potentiel dramatique. Le résultat à l'écran, c'est une éviction expédiée avec un motif flou, le genre d'exit narratif qui demande au spectateur un effort de bonne volonté considérable. Quant au meurtre de Lise, résolu en saison 3 avec l'arrestation de Maya, on apprend ici qu'un personnage plus mystérieux tirait les ficelles dans l'ombre depuis le début. La série reprend donc d'une main ce qu'elle avait donné de l'autre, avec le culot tranquille de qui sait que son public le lui pardonnera.
Le scénario de cette saison 4, soyons honnêtes, n'est pas franchement meilleur que celui de la précédente… peut-être même est-il légèrement moins rigoureux, les enquêtes de la semaine tenant parfois sur des ressorts un peu ténus, les retournements s'enchaînant avec une désinvolture qui frise la paresse. Et pourtant, quelque chose fonctionne, et fonctionne même étonnamment bien. La série a trouvé ses rails, et elle les suit avec une efficacité qui désarme. La grande nouveauté de cette saison, c'est qu'elle ouvre enfin les portes sur la vie personnelle de Balthazar : qui est-il vraiment, d'où vient-il, a-t-il une famille, un passé autre que le deuil de Lise ? Ces questions, que la série avait soigneusement esquivées pendant trois ans, trouvent ici des réponses qui donnent au personnage une profondeur nouvelle, et offrent à Tomer Sisley une matière émotionnelle plus riche à travailler. L'idée était bonne, elle arrive un peu tard, mais elle revitalise utilement une série qui en avait besoin.
L'autre vrai gain de cette saison, c'est le duo que forme Balthazar avec la capitaine Camille Costes, incarnée par Constance Labbé. On pouvait craindre que le remplacement d'Hélène de Fougerolles laisse un vide impossible à combler : c'était oublier que la dynamique du duo avait toujours reposé davantage sur le déséquilibre entre les deux personnages que sur la personnalité spécifique du partenaire. Camille Costes est plus jeune, moins aguerrie, plus instinctive, et cette différence de génération et de tempérament génère une friction nouvelle, différente de celle avec Bach, mais tout aussi lisible à l'écran. La complicité s'installe dès les premiers épisodes avec une aisance qui surprend. On avait peur d'un rodage interminable, on n'en a presque pas besoin.
À côté de ce duo central, Caterina Murino apporte dans le rôle du Dr Olivia Vésinet, inspectrice venue évaluer les méthodes borderline de Balthazar, un contrepoint féminin bienvenu et d'une nature différente de tout ce que la série avait proposé jusqu'ici. Le personnage n'est pas là pour être la partenaire du légiste, ni pour être séduite par son charme calculé : il est là pour lui résister, pour le mettre en face de ses propres contradictions avec une autorité froide qui tranche utilement sur le reste de la distribution. C'est un personnage d'équilibre, et la saison en avait besoin.
Thématiquement, cette saison prend un tournant plus introspectif que les précédentes. En révélant les origines de Balthazar (un frère aîné psychopathe, un passé enfoui dans un village dont il s'est efforcé d'effacer la mémoire) la série tente quelque chose qu'elle n'avait jamais osé : expliquer le personnage plutôt que de simplement l'exhiber. C'est un pari risqué, parce que les personnages de fiction perdent parfois de leur magnétisme quand on les explique trop. Ici, le risque est à moitié évité : la révélation du frère, Alexandre, apporte une dimension nouvelle sans épuiser complètement le mystère du personnage. La série retrouve par ce biais une vraie ligne dramatique qui lui manquait depuis la résolution de l'arc Lise, et c'est suffisant pour que la saison tienne debout.
La réalisation reste dans le registre habituel : plusieurs metteurs en scène, une facture télévisuelle propre et sans ambition formelle particulière. On note quelques épisodes mieux tenus que d'autres, une photographie légèrement plus soignée sur certaines séquences liées au passé du personnage, mais rien qui transforme fondamentalement l'identité visuelle de la série. La bande originale d'Alexandre Fortuit s'est assagie, ce qui n'est pas pour déplaire : elle accompagne plus discrètement que par le passé, et la série respire mieux pour ça.
Tomer Sisley est visiblement plus à l'aise que dans la saison précédente, comme si l'exploration des origines de son personnage lui avait redonné quelque chose à chercher dans le rôle plutôt qu'à simplement répéter. Constance Labbé, connue notamment pour ses prestations dans diverses productions françaises récentes, installe son personnage avec une assurance qui impressionne pour une arrivée en cours de route. Elle ne cherche pas à singer ce qu'Hélène de Fougerolles avait fait, elle construit quelque chose d'entièrement différent, et c'est la bonne décision. Caterina Murino, vue notamment dans Casino royale aux côtés de Daniel Craig, impose une présence élégante et légèrement intimidante qui sert parfaitement un personnage conçu pour déstabiliser le protagoniste. Les seconds rôles (Côme Levin, Philypa Phoenix, Yannig Samot) continuent leur travail avec la régularité de vieux complices, sans surprise, mais sans défaillance.
Cette quatrième saison de Balthazar est, au fond, un paradoxe honnête : une série qui efface ses propres acquis pour mieux repartir, qui sacrifie la cohérence narrative sur l'autel du renouvellement, et qui réussit malgré tout à convaincre grâce à l'énergie de ses nouvelles têtes et à une direction de personnage enfin un peu plus courageuse. Elle n'est pas meilleure que la saison 2 sur le plan de l'écriture, et ses ficelles sont parfois bien visibles. Mais elle est plus fluide, plus légère, plus agréable à suivre que la saison 3, et c'est déjà beaucoup. La cinquième et dernière saison devrait être l'occasion de conclure avec la même décontraction retrouvée. Ceux qui ont tenu jusqu'ici ont toutes les raisons de rester jusqu'au bout.
Cette saison 4 ne se contente pas de changer de partenaire à Balthazar : elle efface méthodiquement ce que la saison précédente avait laborieusement construit. Le couple Balthazar/Bach, vers lequel la série tendait depuis trois saisons ? Liquidé, et avec lui le personnage d'Hélène Bach, écarté de la série dans des conditions qui méritent qu'on s'y arrête. Hélène de Fougerolles avait elle-même confié dans la presse que son départ n'était pas vraiment son choix, les scénaristes estimant que la relation entre les deux personnages principaux, une fois formalisée, avait épuisé son potentiel dramatique. Le résultat à l'écran, c'est une éviction expédiée avec un motif flou, le genre d'exit narratif qui demande au spectateur un effort de bonne volonté considérable. Quant au meurtre de Lise, résolu en saison 3 avec l'arrestation de Maya, on apprend ici qu'un personnage plus mystérieux tirait les ficelles dans l'ombre depuis le début. La série reprend donc d'une main ce qu'elle avait donné de l'autre, avec le culot tranquille de qui sait que son public le lui pardonnera.
Le scénario de cette saison 4, soyons honnêtes, n'est pas franchement meilleur que celui de la précédente… peut-être même est-il légèrement moins rigoureux, les enquêtes de la semaine tenant parfois sur des ressorts un peu ténus, les retournements s'enchaînant avec une désinvolture qui frise la paresse. Et pourtant, quelque chose fonctionne, et fonctionne même étonnamment bien. La série a trouvé ses rails, et elle les suit avec une efficacité qui désarme. La grande nouveauté de cette saison, c'est qu'elle ouvre enfin les portes sur la vie personnelle de Balthazar : qui est-il vraiment, d'où vient-il, a-t-il une famille, un passé autre que le deuil de Lise ? Ces questions, que la série avait soigneusement esquivées pendant trois ans, trouvent ici des réponses qui donnent au personnage une profondeur nouvelle, et offrent à Tomer Sisley une matière émotionnelle plus riche à travailler. L'idée était bonne, elle arrive un peu tard, mais elle revitalise utilement une série qui en avait besoin.
L'autre vrai gain de cette saison, c'est le duo que forme Balthazar avec la capitaine Camille Costes, incarnée par Constance Labbé. On pouvait craindre que le remplacement d'Hélène de Fougerolles laisse un vide impossible à combler : c'était oublier que la dynamique du duo avait toujours reposé davantage sur le déséquilibre entre les deux personnages que sur la personnalité spécifique du partenaire. Camille Costes est plus jeune, moins aguerrie, plus instinctive, et cette différence de génération et de tempérament génère une friction nouvelle, différente de celle avec Bach, mais tout aussi lisible à l'écran. La complicité s'installe dès les premiers épisodes avec une aisance qui surprend. On avait peur d'un rodage interminable, on n'en a presque pas besoin.
À côté de ce duo central, Caterina Murino apporte dans le rôle du Dr Olivia Vésinet, inspectrice venue évaluer les méthodes borderline de Balthazar, un contrepoint féminin bienvenu et d'une nature différente de tout ce que la série avait proposé jusqu'ici. Le personnage n'est pas là pour être la partenaire du légiste, ni pour être séduite par son charme calculé : il est là pour lui résister, pour le mettre en face de ses propres contradictions avec une autorité froide qui tranche utilement sur le reste de la distribution. C'est un personnage d'équilibre, et la saison en avait besoin.
Thématiquement, cette saison prend un tournant plus introspectif que les précédentes. En révélant les origines de Balthazar (un frère aîné psychopathe, un passé enfoui dans un village dont il s'est efforcé d'effacer la mémoire) la série tente quelque chose qu'elle n'avait jamais osé : expliquer le personnage plutôt que de simplement l'exhiber. C'est un pari risqué, parce que les personnages de fiction perdent parfois de leur magnétisme quand on les explique trop. Ici, le risque est à moitié évité : la révélation du frère, Alexandre, apporte une dimension nouvelle sans épuiser complètement le mystère du personnage. La série retrouve par ce biais une vraie ligne dramatique qui lui manquait depuis la résolution de l'arc Lise, et c'est suffisant pour que la saison tienne debout.
La réalisation reste dans le registre habituel : plusieurs metteurs en scène, une facture télévisuelle propre et sans ambition formelle particulière. On note quelques épisodes mieux tenus que d'autres, une photographie légèrement plus soignée sur certaines séquences liées au passé du personnage, mais rien qui transforme fondamentalement l'identité visuelle de la série. La bande originale d'Alexandre Fortuit s'est assagie, ce qui n'est pas pour déplaire : elle accompagne plus discrètement que par le passé, et la série respire mieux pour ça.
Tomer Sisley est visiblement plus à l'aise que dans la saison précédente, comme si l'exploration des origines de son personnage lui avait redonné quelque chose à chercher dans le rôle plutôt qu'à simplement répéter. Constance Labbé, connue notamment pour ses prestations dans diverses productions françaises récentes, installe son personnage avec une assurance qui impressionne pour une arrivée en cours de route. Elle ne cherche pas à singer ce qu'Hélène de Fougerolles avait fait, elle construit quelque chose d'entièrement différent, et c'est la bonne décision. Caterina Murino, vue notamment dans Casino royale aux côtés de Daniel Craig, impose une présence élégante et légèrement intimidante qui sert parfaitement un personnage conçu pour déstabiliser le protagoniste. Les seconds rôles (Côme Levin, Philypa Phoenix, Yannig Samot) continuent leur travail avec la régularité de vieux complices, sans surprise, mais sans défaillance.
Cette quatrième saison de Balthazar est, au fond, un paradoxe honnête : une série qui efface ses propres acquis pour mieux repartir, qui sacrifie la cohérence narrative sur l'autel du renouvellement, et qui réussit malgré tout à convaincre grâce à l'énergie de ses nouvelles têtes et à une direction de personnage enfin un peu plus courageuse. Elle n'est pas meilleure que la saison 2 sur le plan de l'écriture, et ses ficelles sont parfois bien visibles. Mais elle est plus fluide, plus légère, plus agréable à suivre que la saison 3, et c'est déjà beaucoup. La cinquième et dernière saison devrait être l'occasion de conclure avec la même décontraction retrouvée. Ceux qui ont tenu jusqu'ici ont toutes les raisons de rester jusqu'au bout.
Ma note51%
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