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· Julien   Lepage

BDE
Michaël Youn
2023

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Illustration de critique : BDE
Quatre quadras en goguette, une station de ski, cent cinquante étudiants déchaînés et Michaël Youn à la baguette — le tout financé par Amazon Prime Video, qui visiblement ne regardait pas à la dépense. BDE, présenté en avant-première au Festival de comédie de l'Alpe d'Huez en janvier 2023 avant d'atterrir sur la plateforme le 24 février, réunit un casting d'une générosité presque indécente — Gilbert Melki, Michèle Laroque, Tomer Sisley, Héléna Noguerra… Des gens qui ont fait leurs preuves, et qui méritaient probablement mieux que ça. Bob, Max, Vinz et Romane, anciens rois du Bureau Des Étudiants d'une école de commerce nantaise au tournant des années 2000, se retrouvent chaque année pour un week-end de régression festive rebaptisé le W.E.B. — le Week-End des Bioman. Cette fois, cap sur Val Thorens, dans le chalet du beau-père de Bob, emprunté sans permission. Sauf qu'à l'arrivée, la station est investie par cent cinquante jeunes étudiants en plein Spring break, et la cohabitation entre ces deux générations va virer au chaos intégral. Sur le papier, c'est une prémisse suffisante pour faire quelque chose de rigolo. Sur l'écran, c'est une autre histoire. Le scénario est co-signé par Michaël Youn et Matt Alexander, qui fut jadis co-auteur de Le Boulet ou de Samouraïs — des titres qui, sans révolutionner le septième art, avaient au moins le mérite d'être drôles. Ici, la sauce ne prend pas. L'affrontement générationnel aurait pu donner lieu à une comédie un peu mordante sur le passage du temps, la nostalgie, le décalage entre ce qu'on a été et ce qu'on est devenu. Mais BDE ne cherche pas vraiment à aller là. Il préfère l'empilement de gags, dont une grande partie tombe à plat avec un bruit sourd et embarrassant. On pense évidemment à Projet X, le film américain de Nima Nourizadeh, dont BDE lorgne assez ouvertement la structure — mais sans jamais en retrouver l'énergie ni la démesure assumée. Le pompon revient à une séquence où un personnage juif se retrouve grimé en Adolf Hitler pour attaquer des gens du voyage. La deuxième fois que Michaël Youn se permet ce genre de gag, et ça ne passe pas mieux que la première. La maladresse, à ce stade, devient une posture. Les personnages quadras, eux, sont relativement attachants. La bande de Bob fonctionne à peu près — on sent une vraie complicité entre Michaël Youn, Vincent Desagnat, Lucien Jean-Baptiste et Héléna Noguerra, et le film leur réserve quelques moments qui auraient pu être attendrissants si le reste n'avait pas tout plombé. En face, la bande de jeunes censée les challenger est une catastrophe. Samy, Jess et Pablo sont écrits avec si peu de chair que même les acteurs qui les incarnent semblent chercher leurs marques. Le film tente d'explorer le fossé entre deux générations, la peur de vieillir, le mythe persistant de la jeunesse éternelle. C'est un thème qui résonne — et Michaël Youn lui-même, nostalgique manifeste de son époque Morning Live, semble sincèrement animé par cette idée de conclure un cycle entamé avec Les 11 Commandements. Mais entre l'intention et le résultat, il y a un gouffre. La fontaine de jouvence thématique promise par le choc des générations reste asséchée du début à la fin. Côté réalisation, Michaël Youn signe quelque chose de propre et de bien éclairé — Denis Rouden à la photographie fait son travail, la montagne est belle, et le film ne ressemble pas à une production bâclée. Prime lui a clairement donné des moyens, et ça se voit. Mais les cascades, si elles étaient supposées constituer le cœur du spectacle à la Jackass, sont étrangement rares et sages. La bande-son, elle, a dû coûter une fortune en droits musicaux — entre la scène où Romane entonne *I Will Survive* (avec la légère distorsion entre l'image qu'elle a d'elle-même en train de chanter et la réalité sonore, gag qui aurait pu être désopilant avec plus de finesse de traitement) et les nombreux morceaux grand public qui tapissent les scènes de fête, le budget musique devait peser lourd. Sur le plan des performances, Michaël Youn est en terrain connu — le type dépassé par les événements mais incapable de l'admettre, il connaît le mode d'emploi. Vincent Desagnat tire son épingle du jeu dans un rôle de colosse débonnaire, régulièrement pris pour un Terminator humanoïde par les jeunes étudiants — le gag est répété avec une constance obstinée. Gilbert Melki, lui, semble errer dans le film comme quelqu'un qui s'est trompé de plateau et n'a pas osé le dire. Lucien Jean-Baptiste fait ce qu'il peut. Côté jeunes, Rayane Bensetti, Lola Dubini et Ludovik sont franchement en difficulté — non par manque de talent, mais parce que leurs personnages sont écrits comme des archétypes de pacotille, sans substance ni vrai ressort comique. Michaël Youn a su être excellent — Fatal, en 2010, était une vraie réussite, avec un tempo et une inventivité qui s'imposaient naturellement. Vive la France tenait encore la route. Divorce Club en 2020 avait déjà montré que la trajectoire s'infléchissait dangereusement. BDE confirme, sans ambiguïté, que la pente est désormais bien glissante. Ce n'est pas un film raté par accident — c'est un film raté par accumulation : trop de gags sans ciblage, pas assez de rigueur dans l'écriture, un duel de générations qui n'ose jamais mordre vraiment. Ceux qui veulent de la comédie potache bien barrée et un peu cruelle feraient mieux de revoir Very Bad Trip ou de découvrir Game Night. Pour les nostalgiques du Youn d'antan, il reste toujours Fatal. Et pour BDE, à oublier promptement.
Ma note11%
Vu le 8 Mars 2023


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