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· Julien   Lepage

La Beuze
François Desagnat et Thomas Sorriaux
2002

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Illustration de critique : La Beuze
Difficile de vraiment savoir où se placer face à un film comme La Beuze. À sa sortie, c'était l'évidence même : une comédie potache, absurde, avec Michaël Youn et sa bande, recyclés du Morning live, dans un projet cinématographique qui n'en portait que le nom. L'énergie du film ? Surexcitée. Le scénario ? Un prétexte. L'humour ? Un grand écart entre le débile et le gênant. Et pourtant, avec le recul, il est difficile de nier que quelque chose fonctionne, ou du moins qu'il y a une vraie cohérence dans l'absurdité ambiante.

L'histoire suit Alphonse Brown, fils caché autoproclamé de James Brown, et son inséparable acolyte Scotch Bitman. Deux losers du Havre qui rêvent de grandeur mais qui, comme souvent dans ce genre de comédie, vont accumuler les galères. Tout bascule lorsqu'ils découvrent une vieille malle remplie de cannabis datant de la Seconde Guerre mondiale. Dès lors, leur destin est scellé : entre les stups, des nazis en fin de course et des producteurs de musique verreux, leur ascension vers la gloire musicale se transforme en un joyeux chaos halluciné.

Sur le papier, le scénario possède une idée plutôt amusante : la découverte d'une drogue antique, qui déclenche des trips surréalistes, fait basculer le film dans une exagération permanente. Mais cette exagération, bien qu'elle serve l'ambiance générale, pose aussi les limites du film. Rien ne semble avoir été écrit au-delà du gag, et l'ensemble ressemble davantage à un sketch étiré sur une heure et demie qu'à un véritable récit structurant. On oscille entre scènes inspirées et moments de flottement où l'on se demande si le film sait où il va. Paradoxalement, c'est aussi ce manque de structure qui fait le charme d'une comédie qui ne prétend à rien d'autre que de livrer des scènes absurdes, quitte à perdre le spectateur en route.

Côté personnages, il n'y a pas grand-chose à développer. Alphonse et Scotch sont les losers attachants typiques, balancés d'une situation à l'autre sans jamais rien contrôler. Les seconds rôles sont un festival de visages connus du stand-up et de la comédie française, de Gad Elmaleh à Omar Sy, en passant par Kad Merad. La présence improbable de Kool Shen ajoute encore à l'absurdité du projet. Certains de ces rôles fonctionnent, d'autres sont aussi oubliables que les dialogues qu'ils servent.

En sous-texte, le film semble vouloir parler de la difficulté d'exister lorsqu'on est un « rêveur sans talent », dénoncer une industrie musicale cynique, et critiquer un monde où l'ascension sociale est quasi impossible. Mais ces thèmes restent anecdotiques face à la priorité du film : balancer des vannes et des situations burlesques. Si l'on pousse un peu l'analyse, on peut aussi y voir une métaphore de l'échappatoire par la drogue, présentée ici comme la seule porte de sortie d'un quotidien morose. Mais soyons honnêtes, il y a peu de chances que ce soit volontaire.

La réalisation est, comme prévu, au service des gags. Pas de plans marquants, pas de travail de lumière particulier, une photographie efficace, mais quelconque. Les rares moments où le film tente de styliser ses effets tombent dans l'exagération cartoonesque, renforcée par la bande-son qui va de l'inspiré (quelques moments funky bien choisis) à l'insupportable (écoutez Le Frunkp une fois et essayez de ne pas l'avoir en tête pendant trois jours).

En termes de performances, Michaël Youn fait du Michaël Youn, avec son énergie typique entre le gênant et le fascinant. Vincent Desagnat joue parfaitement le suiveur un peu benêt, et le reste du casting semble s'amuser sans trop se prendre au sérieux. Mention spéciale à Lionel Abelanski, qui parvient à faire rire par sa simple présence.

Au final, difficile de classer La Beuze. D'un côté, c'est un film maladroit, lourdingue, qui repose sur un humour de l'absurde parfois poussé jusqu'à la nausée. De l'autre, c'est une comédie décomplexée, qui assume son statut de grand n'importe quoi et qui, par moments, parvient à être sincèrement drôle. Il faut probablement être dans le bon état d'esprit (ou dans le bon état tout court) pour l'apprécier pleinement. En tout cas, si vous cherchez un film fin et subversif, passez votre chemin. Mais si vous êtes prêts à accepter l'absurdité et l'énergie bordélique de l'ensemble, il y a fort à parier que vous finirez par sourire, presqu'à votre insu.
Ma note40%
Vu le 23 Décembre 2011


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