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· Julien   Lepage

Bref.2
Kyan Khojandi et Bruno Muschio
2025

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Illustration de critique : Bref.2
Il avait besoin de s'asseoir trente secondes, il s'est assis vingt ans. Treize ans après la fin de Bref., Kyan Khojandi et Bruno Muschio remettent le couvert avec Bref.2, et autant dire que l'annonce d'une suite à ce qui était déjà un petit chef-d'œuvre télévisuel pouvait inquiéter. Passer de pastilles de trois minutes ultra-rythmées à des épisodes de quarante minutes sur Disney+, c'était un pari risqué. Le risque que l'esprit de Bref. soit dilué dans un format trop long, que la nostalgie ne suffise pas, que l'effet de surprise n'opère plus. Et pourtant, Bref.2 non seulement fonctionne, mais dépasse de loin ce que l'on pouvait attendre.

Le pitch est simple : « Je » a quarante ans. Et comme beaucoup, il réalise qu'il a laissé filer le temps, accumulant des regrets, des erreurs, et des non-choix. Toujours en galère de thunes, toujours célibataire, toujours paumé. Seulement, cette fois, quelque chose change. Il décide de reprendre sa vie en main. C'est un postulat classique, mais là où Bref.2 brille, c'est dans sa capacité à transcender cette situation banale pour en faire un récit profondément humain, drôle et émouvant.

Là où la première saison se contentait souvent d'anecdotes humoristiques et du portrait d'un loser attachant, cette suite va beaucoup plus loin. Le scénario ne se limite pas à enchaîner les sketchs bien sentis, il tisse une véritable trame narrative, avec un fil rouge qui prend aux tripes. Il y a des moments de pure comédie, mais aussi de vraies ruptures de ton, des séquences poignantes, des passages quasi-expérimentaux. La série ose une introspection plus profonde, poussant « Je » dans ses retranchements, l'obligeant à se confronter à lui-même et à ses contradictions. Un personnage qui s'enfonçait dans la passivité est forcé de devenir acteur de sa propre vie, et c'est fascinant à voir.

Bref.2 excelle aussi dans son écriture des personnages secondaires. Si « Je » est toujours aussi magnifiquement écrit, les figures qui l'entourent sont tout aussi marquantes. Son frère, son père, sa nouvelle colocataire incarnée par Laura Felpin, son ex Sarah (Alice David) ou encore le voisin incarné par Jean-Paul Rouve) ne sont jamais de simples faire-valoir. Ils existent, ont leur propre évolution et enrichissent le récit. La relation entre « Je » et son frère (interprété par Keyvan Khojandi) est particulièrement réussie, oscillant entre tendresse et rancune accumulée.

Le fond est d'ailleurs à la hauteur de cette complexité narrative. Bref.2 parle du temps qui passe, des illusions perdues, de la difficulté de grandir et d'être un adulte fonctionnel. On retrouve un peu de Fight club dans cette critique de la procrastination existentielle, un peu de Vice-versa dans sa manière d'aborder la mémoire et les émotions, et même un soupçon d'Amélie Poulain dans l'inventivité visuelle. Mais surtout, Bref.2 capture avec une justesse rare ce moment où l'on réalise que, oui, il faut faire des choix, et que ne pas choisir est déjà un choix en soi.

Sur le plan technique, la série est un bijou. Le montage frénétique qui faisait l'identité de la première saison est toujours là, mais adapté au format long, avec des respirations bienvenues. La réalisation est bourrée d'idées brillantes, chaque épisode regorge de trouvailles visuelles, d'effets de mise en scène inspirés et de moments où l'image raconte autant que les dialogues. La bande-son est tout aussi soignée, avec des morceaux qui viennent renforcer la force émotionnelle des scènes. Bref.2 prouve qu'une comédie peut être filmée avec une ambition cinématographique et une attention au détail qu'on retrouve rarement dans le genre.

Difficile de parler de Bref.2 sans évoquer ses acteurs, tous impeccables. Kyan Khojandi livre une prestation plus nuancée que jamais, toujours hilarant mais aussi capable de moments de vulnérabilité déchirants. Laura Felpin est une révélation dans un rôle à la fois drôle et bouleversant, Alice David retrouve Sarah avec une intensité nouvelle, et Jean-Paul Rouve apporte une touche inattendue. On pourrait citer Baptiste Lecaplain, Bérangère Krief, Jonathan Cohen et même Alexandre Astier qui font tous des apparitions marquantes.

Au final, Bref.2 n'est pas un simple retour nostalgique. Ce n'est pas une suite opportuniste surfant sur un succès passé, ni un simple exercice de style. C'est une œuvre qui évolue avec son public, qui assume le poids des années et le transforme en une force. À la fois hilarante et poignante, inventive et profonde, elle dépasse largement la première saison en maturité et en ambition. On rit, on pleure, on se reconnaît dans « Je » et, surtout, on sort de là avec l'envie de mieux vivre. C'est rare qu'une série provoque un tel ascenseur émotionnel sans jamais verser dans le pathos forcé ou la leçon de morale lourde. Bref.2, c'est du grand art, et ça fait un bien fou.
Ma note73%
Vu le 17 Février 2025


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