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· Julien   Lepage

Better than us
Andrey Junkovsky, Aleksandr Dagan et Aleksandr Kessel
2018

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Illustration de critique : Better than us
Les créateurs Andrey Junkovsky, Aleksandr Dagan et Aleksandr Kessel portaient une ambition considérable lorsqu'ils ont conçu Better than us en 2018 : créer la première série russe de science-fiction à rayonnement international. Avec Paulina Andreeva dans le rôle-titre d'Arisa, l'androïde empathique, et Kirill Käro en père de famille dépassé par les événements, cette production moscovite promettait de rivaliser avec les standards Netflix. Devenue le premier Netflix Original russe en 2019, la série arrivait avec l'espoir de démontrer que la Russie pouvait produire de la science-fiction de qualité internationale, loin des clichés habituels sur le cinéma post-soviétique.

L'intrigue nous plonge dans un Moscou de 2029 où les androïdes font désormais partie du quotidien, servant de chauffeurs, domestiques ou compagnons. Arisa, prototype révolutionnaire importé de Chine, échappe au contrôle de la corporation CRONOS après avoir tué un homme qui tentait de l'agresser sexuellement. Elle trouve refuge auprès de la famille Safronov, particulièrement auprès de la petite Sonya, développant progressivement une conscience et des émotions qui la transforment en protectrice acharnée. Parallèlement, son créateur Viktor Toropov orchestre une chasse à l'homme pour récupérer son précieux prototype, tandis que des groupes anti-robots radicaux multiplient les attentats. Cette course-poursuite à trois bandes explore les tensions entre progrès technologique et peurs ancestrales.

Le scénario de Better than us navigue entre ambitions légitimes et facilités narratives décevantes. D'un côté, les créateurs ont eu l'intelligence de construire un univers cohérent où l'intégration des androïdes soulève des questions contemporaines sur l'automatisation et la peur du remplacement. L'évolution d'Arisa, de simple machine programmée à être maternelle vers une conscience authentique, constitue le cœur émotionnel réussi de la série. Cependant, l'intrigue s'éparpille rapidement entre trop de factions concurrentes — famille, police, anti-bots, CRONOS — créant une sensation de telenovela russe plutôt que de thriller d'anticipation maîtrisé. Les rebondissements s'accumulent parfois de manière artificielle, et certains développements semblent tirés par les cheveux, notamment l'évolution du personnage d'Egor vers l'extrémisme anti-robot.

Les personnages principaux révèlent des qualités inégales qui handicapent l'ensemble. Arisa, malgré sa programmation initiale stéréotypée de parfaite épouse-mère, parvient à transcender son statut d'objet pour devenir un personnage complexe, tiraillé entre sa nature artificielle et ses émotions naissantes. Georgy Safronov incarne correctement le père divorcé dépassé par les événements, mais son développement reste trop prévisible. Viktor Toropov, le PDG manipulateur, tombe malheureusement dans les clichés du méchant capitaliste sans véritable profondeur psychologique. L'adolescent Egor, censé représenter la radicalisation anti-technologique, suit un arc narratif convenu qui verse dans la caricature. Ces faiblesses de caractérisation empêchent la série d'atteindre la complexité psychologique qu'elle visait.

La série tente d'explorer des thèmes sociétaux cruciaux, notamment la place de l'intelligence artificielle dans nos sociétés et les peurs qu'elle génère. L'opposition entre « luddites » et « utopiens » technologiques, pour reprendre les termes d'un observateur, structure efficacement l'intrigue et résonne avec nos débats contemporains sur l'automatisation. Cependant, le traitement de ces enjeux souffre d'un manque de subtilité : les anti-robots sont dépeints comme des fanatiques violents, tandis que les défenseurs de la technologie incarnent la raison et l'humanité. Cette vision manichéenne appauvrit la réflexion et transforme ce qui pourrait être une méditation nuancée en plaidoyer pro-technologie un peu trop appuyé. La dimension féministe, bien que problématique dans sa représentation d'Arisa comme parfaite femme-objet programmée, soulève néanmoins des questions intéressantes sur les projections masculines dans la création d'intelligences artificielles.

Sur le plan technique, Better than us fait preuve d'un professionnalisme indéniable qui place la production russe au niveau des standards internationaux. La réalisation d'Andrey Dzhunkovskiy privilégie une esthétique léchée, mêlant froideur futuriste et chaleur domestique avec une maîtrise certaine. Les décors de ce Moscou de 2029 évitent l'écueil du futurisme clinquant pour proposer une évolution crédible de la ville contemporaine. La photographie d'Ilya Ovsenev joue habilement sur les contrastes entre univers corporatif aseptisé et intimité familiale. Seule la bande-son pèche par moments par son caractère trop générique, évoquant plus les productions télévisées américaines que l'identité russe revendiquée par la série.

Paulina Andreeva livre une prestation hypnotique en Arisa, parvenant à insuffler une humanité troublante à son personnage d'androïde. Sa capacité à exprimer l'éveil progressif d'une conscience artificielle constitue indéniablement le point fort de la série. Kirill Käro campe un Georgy Safronov crédible, même si son registre reste limité par un personnage pas assez écrit. Aleksandr Ustyugov peine à transcender le cliché du méchant corporatiste, malgré une présence physique indéniable. Les acteurs secondaires, notamment Eldar Kalimulin en adolescent radicalisé, maintiennent un niveau correct sans vraiment convaincre dans leurs évolutions psychologiques respectives.

Better than us constitue une série honorable qui témoigne des ambitions légitimes de la production russe contemporaine, sans pour autant atteindre l'excellence espérée. La série réussit à poser des questions pertinentes sur notre rapport à l'intelligence artificielle et livre quelques moments d'émotion authentique, notamment grâce à l'interprétation remarquable de Paulina Andreeva. Cependant, elle souffre d'un scénario qui s'éparpille trop et de personnages inégalement développés, l'éloignant du chef-d'œuvre qu'elle aurait pu devenir. Une œuvre qui se laisse regarder avec intérêt malgré ses défauts, mais qui ne marquera pas l'histoire du genre.
Ma note46%
Vu le 9 Juillet 2025


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