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· Julien   Lepage

Camping
Fabien Onteniente
2006

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Illustration de critique : Camping
L'été, c'est sacré. Et pour Camping, sorti en 2006 sous la houlette de Fabien Onteniente, c'était même une institution. Dans un pays où la transhumance estivale est un rituel bien ancré, où la nationale 7 sent bon les sandwiches triangles et le monoï, quoi de mieux qu'un film pour immortaliser cette ambiance si particulière ? Avec un casting bien rodé et une promesse de franche rigolade, Camping se posait d'emblée comme une comédie populaire dans le sens premier du terme : un film conçu pour plaire au plus grand nombre. Et vu l'engouement — plus de 5,5 millions d'entrées en salles —, la mission a été remplie.

Tout commence avec Michel Saint-Josse, chirurgien esthétique parisien habitué aux palaces et aux greens de Marbella. Malheureusement pour lui, une panne de voiture le bloque sur le chemin des vacances, le contraignant à poser ses valises au camping des Flots Bleus. Lui qui ne jure que par le luxe doit désormais cohabiter avec une faune hétéroclite où l'apéro est une institution et où les soirées se terminent en karaoké sur du Claude Barzotti. Il y rencontre Patrick Chirac, dragueur invétéré en slip de bain léopard, Jacky Pic, campeur historique furieux de s'être fait piquer son emplacement, et les Gatineau, un couple au bord de l'implosion. Malgré lui, Michel va devoir s'adapter à ce nouvel environnement, pour le pire… et surtout pour le rire.

On ne va pas se mentir : le scénario est cousu de fil blanc. L'histoire du bourgeois coincé qui découvre les joies de la France populaire, ce n'est pas exactement du Tchekhov, et encore moins un concept inédit au cinéma. On retrouve ici la recette éprouvée des comédies de décalage social, avec son lot de quiproquos et de situations absurdes. Mais ce que le film perd en originalité, il le compense par une efficacité redoutable : les dialogues fusent, les situations sont bien rythmées et le film ne traîne jamais en longueur. En revanche, il n'évite pas quelques facilités scénaristiques, et certaines intrigues secondaires, notamment autour des Gatineau, sont un peu trop anecdotiques pour réellement marquer.

Ce qui fait la force du film, ce sont avant tout ses personnages. Patrick Chirac est immédiatement devenu une figure culte du cinéma populaire français, avec ses punchlines légendaires et son sens du style… discutable. Il incarne à lui seul l'esprit du camping : grande gueule, mais attachant, envahissant, mais profondément bienveillant. Michel Saint-Josse, en opposition totale, est l'archétype du bourgeois un brin condescendant qui va peu à peu apprendre à lâcher prise, tandis que Jacky Pic symbolise l'habitué, celui pour qui le camping est une deuxième maison et qui voit d'un très mauvais œil le moindre changement. Les personnages secondaires sont là pour enrichir cet écosystème : les Gatineau et leurs tensions conjugales, Mendez, le garagiste à la mécanique aléatoire, et toute une galerie de campeurs qui apportent chacun leur petit grain de sel.

Sous ses allures de comédie légère, Camping aborde en filigrane des thèmes qui parlent à beaucoup de monde. Il y a bien sûr la confrontation entre deux classes sociales que tout oppose, mais aussi l'idée que le camping, au-delà des clichés, représente une véritable culture de la convivialité et du partage. Le film montre aussi, sans jamais trop appuyer, des questionnements plus profonds : la solitude, le besoin d'appartenance, la peur du changement. Rien de révolutionnaire, mais suffisamment bien dosé pour ne pas tomber dans la simple succession de blagues potaches.

Sur le plan visuel, Camping mise sur des couleurs vives et une ambiance solaire qui respirent les vacances. La mise en scène est simple, parfois un peu téléfilmesque, mais elle sert bien son propos. La photographie capte bien l'atmosphère estivale, et la bande-son joue à fond la carte de la nostalgie avec une sélection de tubes qui sentent bon les soirées en terrasse. On sent que le réalisateur a voulu recréer une véritable carte postale du camping, et ça fonctionne.

Côté interprétation, Franck Dubosc est dans son élément et compose un Patrick Chirac à la fois hilarant et attendrissant. Il cabotine, bien sûr, mais ça fait partie du personnage. Gérard Lanvin, lui, joue son rôle de bourgeois dépassé avec un flegme parfait, et son duo avec Dubosc fonctionne à merveille. Claude Brasseur apporte une belle épaisseur à Jacky Pic, tandis que Mathilde Seigner et Antoine Duléry son efficaces, mais sans surprise.

Au final, Camping n'a rien d'un chef-d'œuvre, mais il remplit son contrat avec honnêteté : faire rire et offrir une parenthèse estivale qui sent bon la crème solaire et les parties de pétanque. Certains trouveront l'humour un peu facile, d'autres y verront un film qui sait capturer un pan de la culture française avec un regard amusé, mais jamais méprisant. Pour une soirée sans prise de tête, un verre de rosé à la main, c'est exactement ce qu'il faut.
Ma note67%
Vu le 20 Avril 2010


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