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· Julien   Lepage

Cassandra
Benjamin Gutsche
2025

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Illustration de critique : Cassandra
La mini-série allemande Cassandra, dernière création de Benjamin Gutsche, s'inscrit dans la lignée des œuvres qui interrogent notre rapport à la technologie. Avec son casting solide mené par Mina Tander et Lavinia Wilson, cette production Netflix propose une plongée dans l'univers troublant d'une maison connectée des années 70 qui cache bien des secrets.

L'histoire suit une famille qui emménage dans ce qui fut autrefois une demeure high-tech expérimentale, où sommeille depuis des décennies une intelligence artificielle nommée Cassandra. Le réveil de cette dernière va bouleverser leur quotidien, tandis que le récit navigue habilement entre le présent et le passé, dévoilant progressivement les origines du programme et ses premières dérives. Cette structure narrative en deux temps s'avère particulièrement efficace pour maintenir le suspense et enrichir la compréhension des enjeux.

Le scénario, qui rappelle inévitablement BigBug de Jean-Pierre Jeunet, joue avec les codes classiques du genre. Les deux œuvres partagent en effet le même postulat de départ : une IA domestique qui prend le contrôle d'une maison et séquestre ses occupants. Mais là où BigBug optait pour un traitement délibérément kitsch et satirique, porté par le style si particulier de Jeunet et ses effets visuels volontairement excessifs, Cassandra fait le choix d'une approche plus dramatique et réaliste. Ce parti pris rend malheureusement les invraisemblances plus difficiles à digérer — comme celle d'un simple robot à roulettes capable de tenir une famille en otage, là où les androïdes de BigBug pouvaient au moins s'appuyer sur l'absurde assumé du film.

Les personnages oscillent entre réussites et déceptions. Si l'IA Cassandra est fascinante dans sa complexité, certains protagonistes humains souffrent d'une écriture parfois manichéenne. Le mari contemporain, notamment, accumule les décisions incompréhensibles au point de frôler la caricature. En revanche, les personnages du passé bénéficient d'un développement plus nuancé et convaincant.

La série aborde des thématiques ambitieuses : l'évolution de l'intelligence artificielle, le transhumanisme, la place de l'humain face à la technologie, mais aussi des sujets plus intimes comme les dynamiques familiales ou le deuil. Si certains de ces aspects auraient mérité un traitement plus approfondi, l'ensemble forme un propos cohérent sur notre rapport à la technologie et ses dérives potentielles.

Techniquement, Cassandra impressionne. La reconstitution des années 70 est particulièrement soignée, avec un grain d'image vintage parfaitement maîtrisé et une direction artistique qui évoque subtilement 2001 : l'odyssée de l'espace. Les jeux de lumière et la mise en scène créent une atmosphère oppressante qui sert parfaitement le propos.

Côté interprétation, Mina Tander livre une performance convaincante en mère de famille confrontée à une menace que personne ne prend au sérieux. Lavinia Wilson et Franz Hartwig excellent dans les scènes du passé, apportant une réelle profondeur émotionnelle à leurs personnages. Michael Klammer, en revanche, peine parfois à rendre crédible les revirements de son personnage de mari, bien que cela soit davantage imputable à l'écriture qu'à son jeu.

Cette mini-série en six épisodes réussit à maintenir un rythme soutenu et une tension palpable, malgré quelques facilités scénaristiques et un final qui aurait mérité plus de finesse. À l'inverse de BigBug qui se perdait parfois dans ses excès stylistiques, Cassandra prouve que la science-fiction allemande peut produire des œuvres ambitieuses qui, sans révolutionner le genre, parviennent à captiver leur audience tout en soulevant des questions pertinentes sur notre avenir technologique.
Ma note52%
Vu le 22 Février 2025


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