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· Julien   Lepage

C'était mieux demain
Vinciane Millereau
2025

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Illustration de critique : C'était mieux demain
L'affiche aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Ces couleurs criardes, ce kitsch assumé façon carte postale de brocante : C'était mieux demain, premier long métrage de Vinciane Millereau, annonçait la couleur avant même que les lumières de la salle ne s'éteignent. Et pourtant. Didier Bourdon et Elsa Zylberstein en couple des années 50 propulsé en 2025 ? Le concept avait quelque chose d'engageant. Les notes tournaient autour de 60 %, ce qui, dans le landerneau de la comédie française populaire, n'est pas forcément rédhibitoire. On connaît ces films qui naviguent dans ces eaux-là et qui, finalement, offrent une soirée tout à fait décente, voire agréalbe : les Babysitting et Alibi.com de Philippe Lacheau, ou même l'hilarant Au poste ! de Quentin Dupieux, que personne n'avait vu venir. La comédie française avec des notes moyennes, ça peut très bien se passer. C'était à tenter.

Vinciane Millereau, donc, signe ici son premier film en tant que réalisatrice (elle est par ailleurs actrice) sur un scénario coécrit avec Julien Lambroschini, qui aurait, dit-on, soufflé l'idée du voyage temporel pour aborder la question des rapports hommes-femmes. Le point de départ est simple : Michel et Hélène Dupuis, couple sans histoires de 1958, vivant dans leur pavillon avec leurs deux enfants, se retrouvent accidentellement projetés en 2025 à la suite d'une électrocution par un lave-linge nouvellement acquis. Les voilà donc en plein XXIe siècle, confrontés à un monde qu'ils ne reconnaissent pas, technologiquement, socialement, culturellement. Pour Hélène, longtemps cantonnée à l'ombre de son époux, c'est une révélation. Pour Michel, patriarche d'une autre époque, c'est une déflagration. Le film, tourné en partie en Belgique malgré son cadre ostensiblement français, a même eu le soin de distinguer les deux époques par des formats d'image différents : un détail de mise en scène pas inintéressant pour une comédie grand public.

Sauf que voilà. Le scénario, dès lors qu'il s'agit de tenir sa promesse, s'effondre avec une régularité déconcertante. La première chose qui frappe, c'est l'invraisemblance totale de l'adaptation du couple à son nouvel environnement. Michel, homme de 1958, saisit instinctivement une télécommande et la pointe vers le téléviseur ; ce réflexe de viser, qui appartient à l'époque des premières télécommandes infrarouge des années 80-90, est justement un réflexe que nos contemporains n'ont plus. Un homme de 1958 ne l'aurait jamais acquis. Hélène, de son côté, maîtrise un smartphone en quelques heures, tandis que Michel déchiffre un ordinateur portable dans un délai à peine plus long. Le film accumule ce genre d'approximations avec une désinvolture qui finit par agacer. On sent que Vinciane Millereau veut aller vite, aller aux gags, et que la cohérence interne du récit est le cadet de ses soucis. C'est le problème fondamental d'un scénario formaté, taillé pour faire rire sans trop se poser de questions, mais quand le décalage entre les deux époques est précisément le moteur comique du film, l'esquiver, c'est scier la branche sur laquelle on est assis.

Le traitement des personnages confirme cette impression. Michel et Hélène sont des archétypes, ce qu'on peut accepter dans une comédie. Vinciane Millereau a d'ailleurs reconnu s'être inspirée de son propre père pour construire Michel (homme autoritaire, père fouettard, incarnation du patriarcat des années 50) en l'exagérant volontairement pour lui ménager un arc dramatique convaincant. L'intention est là. Mais l'exécution trahit le projet : en quelques jours de film, Michel accepte la présence d'étrangers dans les rues, des femmes à des postes de direction, et le mariage de sa fille avec une femme. Ce couple de 1958, censé incarner la résistance au changement, se métamorphose avec une facilité désarmante, qui vide le film de son seul ressort dramatique. L'effet de décalage, sur lequel repose l'intégralité de la mécanique comique, ne fonctionne plus.

C'est d'autant plus dommage qu'il y avait une vraie piste à explorer, et le film ne la prend pas. Un couple de 1958 propulsé en 2025 devrait, logiquement, être frappé non seulement par ce qui a changé, mais par ce qui n'a pas changé… ou qui a mal changé. On se souvient tous, enfants, de cette promesse que faisait le futur : l'an 2000, c'était les voitures volantes, les colonies sur la Lune et sur Mars, le cancer vaincu, la pauvreté éradiquée. Retour vers le futur jouait là-dessus avec génie. Le film de Vinciane Millereau, lui, préfère proposer un 2025 de carte postale progressiste (propre, connecté, inclusif, bienveillant) sans jamais interroger les absurdités de notre époque, ni la déception que ce futur aurait pu représenter pour des gens qui y croyaient vraiment. C'est un 2025 de bonne conscience, qui dit à ses spectateurs que le monde va dans le bon sens, que les combats ont été gagnés. Le film ne se contente pas d'être naïf : il est complaisant.

Le message féministe, qui aurait pu donner de la consistance à l'ensemble, se retrouve ainsi noyé dans cette même bonne volonté un peu molle. La libération d'Hélène aurait gagné à être nuancée, à montrer aussi les impasses du présent. À aucun moment le film ne remet en question la condition des femmes en 2025 : il se satisfait du constat que c'était pire avant, ce qui est cinématographiquement peu courageux. La comédie sociale, à laquelle C'était mieux demain prétend appartenir, a produit des œuvres autrement plus mordantes, et autrement plus drôles.

Côté réalisation, Vinciane Millereau s'en tire avec les honneurs sur le plan formel. Les décors et costumes des années 50, signés Marie-Laure Lasson, sont soignés et crédibles, et la distinction visuelle entre les deux époques par le biais du format d'image trahit une vraie réflexion d'auteure. C'est propre, bien éclairé, rythmé. Ça ne sauve pas le fond, mais ça confirme que Vinciane Millereau sait tenir une caméra.

Reste la question des acteurs, et c'est probablement ce qui a maintenu le film au-dessus du naufrage complet. Elsa Zylberstein est, disons-le, dans un registre qui lui va mieux que d'habitude ; quelque chose entre la grâce de Il y a longtemps que je t'aime et la légèreté de ses comédies populaires, un équilibre qu'elle ne réussit pas toujours. Elle porte Hélène avec une vraie sincérité. Didier Bourdon, pour sa part, fait ce qu'on lui demande, et on lui demande beaucoup trop peu. Depuis Les trois frères, il a prouvé qu'il pouvait être hilarant quand le matériau est à la hauteur. Ici, le scénario l'enferme dans une caricature de Gaulois réfractaire qui se dégonfle trop vite, et on le sent parfois chercher quelque chose dans un texte qui ne lui tend pas vraiment la main.

Au bout du compte, C'était mieux demain est une occasion manquée. Pas un film raté au sens catastrophique : il y a de l'énergie, un duo qui fonctionne par intermittence, quelques répliques qui font mouche… mais un film qui n'a pas eu le courage de ses ambitions. Trop innocent pour être vraiment drôle, trop satisfait de lui-même pour être vraiment pertinent.
Ma note30%
Vu le 26 Février 2026


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