Chaf Chof
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Parfois, on se retrouve à tester des jeux dont le nom lui-même résume l'ambition : Chaf Chof. Deux syllabes, le bruit de mains qui partent à l'abordage d'une table. C'est honnête. C'est même presque touchant dans sa modestie revendiquée.
Publié par la société espagnole Cayro — Juguetes Cayro, pour être précis, une maison valencienne spécialisée dans les petits jeux éducatifs à destination des crèches, des écoles maternelles et des familles en quête de quelque chose à offrir pour moins de douze euros — le jeu ne crédite aucun auteur. Cayro conçoit ses jeux en interne, sans nom propre à mettre sur la boîte, ce qui en dit long sur la philosophie du produit : utilitaire, fonctionnel, anonyme. On est chez l'artisan du jeu de rayon, pas chez l'atelier de haute couture ludique. La première version semble dater du début des années 2010, avec une réédition ou redistribution notable vers 2021.
Le principe tient en une phrase, ce qui est à la fois son principal attrait et sa principale limite. On lance six dés en bois, chacun représente un animal et une couleur, et on race pour attraper en premier la carte du paquet qui affiche exactement la même combinaison. Vingt-huit cartes, six dés, deux à huit joueurs, une partie bouclée en un quart d'heure. La variante pour les deux ans retire une partie des dés pour simplifier la recherche. C'est tout. Il n'y a rien d'autre derrière la porte.
Ce serait malhonnête de dire que ça ne fonctionne pas du tout. Avec un enfant de trois ou quatre ans, les yeux qui fouillent frénétiquement le paquet de cartes, la main qui hésite, le cri de victoire quand il trouve avant l'adulte qui a fait semblant de chercher : il y a quelque chose. Un petit quelque chose. Le genre de micro-joie qui justifie l'existence du jeu dans le fond d'un placard, entre le puzzle des animaux de la ferme et le jeu de memory des dinosaures.
Mais voilà le problème : on vit à l'époque post-Dobble. Dobble, sorti en 2009, a réinventé le jeu de rapidité visuelle avec une mécanique mathématiquement élégante, des illustrations reconnaissables entre toutes, et une rejouabilité qui tient sur la durée. Face à lui, Chaf Chof ressemble à ce qu'il est probablement : une idée antérieure, ou parallèle, moins aboutie. La recherche par dés introduit une petite variabilité bienvenue (on ne sait jamais quels animaux et quelles couleurs vont sortir), mais la combinatoire reste mince, les illustrations des cartes sont génériques à souhait, et la sensation de jeu plafonne très vite. Après cinq parties, le cerveau adulte s'ennuie ferme. Après dix, même l'enfant commence à regarder ailleurs.
Ce qui manque fondamentalement, c'est ce que les bons jeux de rapidité savent distiller : la montée en tension, le sentiment de progresser, la mécanique qui crée des situations inattendues. Chaf Chof rejoue toujours la même scène, avec la même mise en scène, jusqu'à ce que quelqu'un décide que c'est l'heure du goûter. Il n'y a pas de crescendo, pas de retournement, pas d'accident heureux.
Le matériel, au moins, ne déçoit pas dans sa catégorie de prix. Les dés en bois sont corrects, les cartes suffisamment épaisses pour survivre aux assauts des mains enfantines, la boîte compacte. Cayro a mis ce qu'il fallait pour que le produit tienne la route, et les instructions multilingues (six langues au dos de la feuille) témoignent d'une ambition commerciale raisonnée. Ce n'est pas de l'arnaque. C'est simplement limité, comme ces films de vacances qu'on regarde distraitement un dimanche après-midi, qui remplissent leur contrat sans laisser la moindre empreinte.
Pour les 3-5 ans, dans un coffre à jouets où Dobble n'a pas encore fait son entrée, Chaf Chof peut tenir un rôle acceptable. Pour tout le reste, il est difficile de le recommander sans aussitôt préciser : à ce prix, Dobble Kids fait la même chose en mieux, et Dobble classique vous accompagnera encore dix ans plus tard. Le marché des petits jeux de rapidité est impitoyable, et Chaf Chof n'a tout simplement pas les armes pour s'y distinguer.
Publié par la société espagnole Cayro — Juguetes Cayro, pour être précis, une maison valencienne spécialisée dans les petits jeux éducatifs à destination des crèches, des écoles maternelles et des familles en quête de quelque chose à offrir pour moins de douze euros — le jeu ne crédite aucun auteur. Cayro conçoit ses jeux en interne, sans nom propre à mettre sur la boîte, ce qui en dit long sur la philosophie du produit : utilitaire, fonctionnel, anonyme. On est chez l'artisan du jeu de rayon, pas chez l'atelier de haute couture ludique. La première version semble dater du début des années 2010, avec une réédition ou redistribution notable vers 2021.
Le principe tient en une phrase, ce qui est à la fois son principal attrait et sa principale limite. On lance six dés en bois, chacun représente un animal et une couleur, et on race pour attraper en premier la carte du paquet qui affiche exactement la même combinaison. Vingt-huit cartes, six dés, deux à huit joueurs, une partie bouclée en un quart d'heure. La variante pour les deux ans retire une partie des dés pour simplifier la recherche. C'est tout. Il n'y a rien d'autre derrière la porte.
Ce serait malhonnête de dire que ça ne fonctionne pas du tout. Avec un enfant de trois ou quatre ans, les yeux qui fouillent frénétiquement le paquet de cartes, la main qui hésite, le cri de victoire quand il trouve avant l'adulte qui a fait semblant de chercher : il y a quelque chose. Un petit quelque chose. Le genre de micro-joie qui justifie l'existence du jeu dans le fond d'un placard, entre le puzzle des animaux de la ferme et le jeu de memory des dinosaures.
Mais voilà le problème : on vit à l'époque post-Dobble. Dobble, sorti en 2009, a réinventé le jeu de rapidité visuelle avec une mécanique mathématiquement élégante, des illustrations reconnaissables entre toutes, et une rejouabilité qui tient sur la durée. Face à lui, Chaf Chof ressemble à ce qu'il est probablement : une idée antérieure, ou parallèle, moins aboutie. La recherche par dés introduit une petite variabilité bienvenue (on ne sait jamais quels animaux et quelles couleurs vont sortir), mais la combinatoire reste mince, les illustrations des cartes sont génériques à souhait, et la sensation de jeu plafonne très vite. Après cinq parties, le cerveau adulte s'ennuie ferme. Après dix, même l'enfant commence à regarder ailleurs.
Ce qui manque fondamentalement, c'est ce que les bons jeux de rapidité savent distiller : la montée en tension, le sentiment de progresser, la mécanique qui crée des situations inattendues. Chaf Chof rejoue toujours la même scène, avec la même mise en scène, jusqu'à ce que quelqu'un décide que c'est l'heure du goûter. Il n'y a pas de crescendo, pas de retournement, pas d'accident heureux.
Le matériel, au moins, ne déçoit pas dans sa catégorie de prix. Les dés en bois sont corrects, les cartes suffisamment épaisses pour survivre aux assauts des mains enfantines, la boîte compacte. Cayro a mis ce qu'il fallait pour que le produit tienne la route, et les instructions multilingues (six langues au dos de la feuille) témoignent d'une ambition commerciale raisonnée. Ce n'est pas de l'arnaque. C'est simplement limité, comme ces films de vacances qu'on regarde distraitement un dimanche après-midi, qui remplissent leur contrat sans laisser la moindre empreinte.
Pour les 3-5 ans, dans un coffre à jouets où Dobble n'a pas encore fait son entrée, Chaf Chof peut tenir un rôle acceptable. Pour tout le reste, il est difficile de le recommander sans aussitôt préciser : à ce prix, Dobble Kids fait la même chose en mieux, et Dobble classique vous accompagnera encore dix ans plus tard. Le marché des petits jeux de rapidité est impitoyable, et Chaf Chof n'a tout simplement pas les armes pour s'y distinguer.
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