Comment je suis devenu super-héros
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Voir un film de genre français est toujours une bonne nouvelle. Ça l'est d'autant plus quand le projet semble porté par une ambition réelle, un casting solide et une volonté manifeste de s'attaquer à un territoire jusque-là peu défriché par notre cinéma national. Comment je suis devenu super-héros, premier long-métrage de Douglas Attal, sorti directement sur Netflix en 2021 après plusieurs reports liés au Covid, avait tout pour constituer une petite révolution dans le paysage cinématographique français — ou du moins, une agréable surprise. Le résultat est, hélas, plus mitigé qu'espéré. L'histoire se déroule dans un Paris uchronique où les surhommes sont parfaitement intégrés à la société, aussi banals que des artisans ou des fonctionnaires. Quand une substance mystérieuse permettant à n'importe qui d'acquérir des super-pouvoirs commence à circuler dans les bas-fonds, les lieutenants Moreau et Schaltzmann — joués par Pio Marmaï et Vimala Pons — sont chargés de l'enquête. Ils s'adjoignent l'aide de deux anciens justiciers en retraite forcée, Monté Carlo et Callista, incarnés respectivement par Benoît Poelvoorde et Leïla Bekhti. Le tout sur fond de passé trouble pour Moreau, de trafic criminel, et d'un méchant qui fait des éclairs. Le cadre est posé, le pitch est séduisant — et c'est à peu près là que s'arrête la bonne surprise. Car le scénario, adapté du roman du sociologue Gérald Bronner, ne va jamais vraiment au bout de ses idées. L'univers imaginé est pourtant riche : cette société où les pouvoirs sont normalisés, phagocytés par les mêmes travers humains — criminalité, racisme, trafics en tout genre — offrait une matière passionnante pour creuser quelque chose de réellement original. On pense parfois à The Boys, en nettement plus sage, ou à Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador, ce petit film de 2015 qui reste, qu'on le veuille ou non, le vrai premier film français sur les super-pouvoirs, et que la communication Netflix a curieusement omis de mentionner. Douglas Attal effleure des thèmes sociaux intéressants — réinsertion, discrimination, appétit des réseaux criminels pour tout nouveau marché — mais les survole sans jamais s'y arrêter. Il manque au film une bonne quinzaine de minutes pour que tout ça respire vraiment, pour que les arcs narratifs se referment proprement, sans ces à-coups qui donnent l'impression que des scènes ont été coupées au montage. Les personnages en pâtissent directement. Moreau traîne son trauma réglementaire comme un boulet scénaristique qu'on voit venir dès la première scène — la tronche de Pio Marmaï, aussi expressive soit-elle, ne suffit pas à faire oublier l'archétype. Schaltzmann coche la case de la partenaire brillante et énergique, sans qu'on en sache beaucoup plus. Quant aux méchants, ils sont d'une platitude confondante : Swann Arlaud en fait des tonnes dans la caricature, sans jamais trouver la bonne distance entre le sérieux et le second degré. Ces figures auraient mérité infiniment plus de relief — un film de genre ne vaut souvent que par la solidité de ses antagonistes, et ici, ça flanche. Ce qui est dommage, c'est que le film porte en lui une vraie conscience de ses propres limites — et c'est presque là où il est le plus honnête. Là où d'autres productions françaises ambitieuses n'ont pas eu le budget de leurs prétentions (on pense à certains projets SF hexagonaux assez catastrophiques visuellement), Comment je suis devenu super-héros choisit sobrement ses batailles. Les effets spéciaux sont de très bonne facture pour une production française de ce gabarit : les pouvoirs sont crédibles à l'image, les incrustations suffisamment naturelles pour ne pas arracher le spectateur de l'histoire. On sent que tout a été fait avec cœur, et ça compte. La photographie, soignée, évite cet aspect télévisuel cheap qui plombe souvent le genre en France. Les costumes sont corrects, hormis peut-être celui de Clovis Cornillac qui prête légèrement à sourire. En revanche, la réalisation de Douglas Attal reste sage, fonctionnelle, sans jamais véritablement imprimer de style. Les scènes d'action et les combats sont sommaires — c'est là qu'on sent le plus clairement qu'on est dans les balbutiements du genre côté français. La bande-son est passe-partout, ni gênante ni mémorable. C'est finalement le casting qui sauve le film de la noyade. Pio Marmaï est un acteur qu'on aime voir à l'écran même quand le matériau ne lui offre pas grand-chose à défendre. Vimala Pons, elle, est une vraie trouvaille que l'on retrouve avec plaisir — elle apporte une énergie et une précision qui font du bien. Et puis il y a Benoît Poelvoorde, qui s'amuse visiblement comme un petit fou à jouer un super-héros atteint de Parkinson, avachi dans son fauteuil, se téléportant d'un endroit à l'autre pour s'épargner tout effort physique — une idée de mise en scène qui est l'une des rares vraiment inspirées du film. Le trio fonctionne, et on leur pardonne beaucoup. Au bout du compte, Comment je suis devenu super-héros est un film que l'on regarde sans déplaisir mais que l'on oublie presque aussitôt — ce qui, pour un coup d'essai dans un genre aussi exigeant, est à la fois encourageant et frustrant. Les débuts prometteurs sont là, le cœur y est, mais le scénario reste trop sage, trop niais par endroits, pour convaincre pleinement. Ceux qui cherchent un traitement plus ambitieux du genre super-héroïque avec une véritable colonne vertébrale narrative iront davantage vers The Boys ou vers le James Mangold de Logan ; ceux qui veulent rester dans le cinéma français de genre feront mieux de (re)découvrir Vincent n'a pas d'écailles. Quant à ce film-ci — disons qu'il aura eu le mérite d'exister, et d'ouvrir la porte.
Ma note48%
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