La clinique de l'amour !
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Avec un titre pareil, on pourrait s'attendre au pire. La clinique de l'amour ! évoque d'emblée un croisement étrange entre Amour, gloire et beauté et une mauvaise sitcom des années 90. Autant dire que la méfiance est de rigueur. Mais voilà, derrière cette comédie française à l'intitulé douteux, on retrouve Artus de Penguern. Et ça change tout. Ce réalisateur, scénariste et acteur trop rare nous avait déjà livré Grégoire Moulin contre l'humanité, petite pépite méconnue, et il remet ici le couvert avec une folie douce qui lui est propre. À l'heure où la comédie française tend à s'enliser dans une facilité navrante, son cinéma excentrique et sincère a de quoi intriguer.
L'histoire prend place au sein de la clinique Marchal, institution familiale gérée par deux frères que tout oppose. John, chirurgien idéaliste et sérieux, veut sauver l'établissement coûte que coûte. Michael, séducteur sans scrupule et mauvais médecin, a précipité la clinique dans la faillite avec ses lubies esthétiques. Entre eux, Priscilla, infirmière rêveuse, épouse de Michael, mais secrètement aimée de John. Ajoutez à cela Samantha, femme fatale aux dents longues qui manipule tout ce beau monde, et un enchaînement de catastrophes médicales et sentimentales, et vous obtenez un joyeux foutoir. Tout ce que ce type de scénario pourrait avoir de prévisible est ici transcendé par une avalanche de situations absurdes, une narration volontairement chaotique et un goût prononcé pour la parodie.
Il faut être honnête, l'humour de Penguern ne plaira pas à tout le monde. Exagération assumée, jeux de mots absurdes, personnages cartoonesques... L'ensemble repose sur une mécanique burlesque où chaque élément est tourné en dérision. L'influence des Monty Python, de Chaplin et de Tati est évidente. À cela s'ajoute un goût certain pour l'humour à la française des années 80-90, façon Les Nuls ou Les Inconnus, où tout devient prétexte à une moquerie bien sentie. Le début du film peut d'ailleurs déconcerter, tant il semble s'amuser à multiplier les clichés des feuilletons hospitaliers américains, avec des dialogues volontairement grandiloquents et des situations qui frisent le grotesque. Mais une fois qu'on accepte ce parti-pris, le film déploie une énergie communicative et offre de véritables éclats de rire.
Là où La clinique de l'amour ! fait la différence avec d'autres comédies parodiques, c'est dans son attachement aux personnages. Malgré leur excentricité, ils dégagent une sincérité qui empêche le film de tomber dans la simple farce sans âme. John est le prototype du héros naïf et romantique, l'archétype du gentil dépassé par la mesquinerie ambiante. Michael, lui, est ce qu'on attend du frère rival : égoïste, lâche, mais toujours avec une bonhomie qui le rend difficile à haïr totalement. Priscilla, dans son rôle de femme lunaire et candide, rappelle ces héroïnes à l'innocence désarmante qu'on retrouve chez Jean-Pierre Jeunet. Quant à Samantha, elle incarne à merveille la méchante de soap, vénéneuse et machiavélique à souhait. Tous ces personnages évoluent dans un univers où le mélo est poussé à son paroxysme, où chaque rebondissement est plus invraisemblable que le précédent, mais où, bizarrement, une véritable tendresse se dégage.
Il serait tentant de voir dans ce film une simple enfilade de gags absurdes, mais Penguern, sous ses allures de cinéaste lunaire, glisse toujours une vraie affection pour ses thématiques. Derrière cette avalanche de clichés détournés, on retrouve une histoire de famille, d'héritage, et surtout une déclaration d'amour aux comédies romantiques d'antan. Tout est ici fait pour exalter le burlesque et la dérision, mais avec un respect profond pour l'émotion. Ce qui pourrait n'être qu'une parodie froide devient alors un film résolument chaleureux, où l'humour est au service d'une douce folie.
Côté mise en scène, Penguern fait preuve d'une inventivité réjouissante. Rien de paresseux ici : chaque plan semble pensé pour accentuer l'effet comique ou amplifier l'exagération dramatique. Il joue avec les ralentis absurdes, les cadrages serrés sur des visages en pleine crise émotionnelle, et pousse les situations à l'extrême jusqu'à provoquer le rire par pur excès. La bande-son, qui mêle compositions originales et morceaux empruntés, participe à cet univers décalé en accentuant encore le pastiche des grandes romances hollywoodiennes.
Le casting est sans faute. Artus de Penguern, en John candide et maladroit, tient le film avec une sincérité qui évite au personnage de sombrer dans la caricature pure. Bruno Salomone, parfait en frangin roublard, apporte son charisme habituel et son sens du timing comique. Helena Noguerra, véritable révélation du film, est lumineuse dans le rôle de Priscilla, trouvant le juste équilibre entre la candeur et la fantaisie. Quant à Natacha Lindinger, elle campe une Samantha délicieusement manipulatrice, jouant avec les codes de la vamp perverse des telenovelas. Et puis il y a la galerie de seconds rôles, tous impeccables, de Dominique Lavanant à Michel Aumont, en passant par Anne Depétrini, tous visiblement ravis de se prêter au jeu.
La clinique de l'amour ! n'est peut-être pas un chef-d'œuvre, mais c'est une bouffée d'air frais dans un paysage cinématographique souvent trop sage. On pourra lui reprocher une construction chaotique, un humour parfois trop appuyé, et un démarrage un peu laborieux, mais impossible de ne pas reconnaître la sincérité de la démarche. Artus de Penguern signe un film qui, comme son prédécesseur Grégoire Moulin contre l'humanité, ne ressemble à rien d'autre et qui ne cherche jamais à plaire au plus grand nombre. Et c'est justement ce qui le rend si attachant.
C'est donc avec un sourire un peu mélancolique qu'on regarde cette comédie délirante, sachant que son auteur nous a quittés peu de temps après. Son absence laisse un vide certain dans le paysage du cinéma français. Mais La clinique de l'amour ! reste, à sa manière, un bel héritage. Un film à part, un peu fou, beaucoup tendre, terriblement sincère. Bref, du Artus de Penguern tout craché.
L'histoire prend place au sein de la clinique Marchal, institution familiale gérée par deux frères que tout oppose. John, chirurgien idéaliste et sérieux, veut sauver l'établissement coûte que coûte. Michael, séducteur sans scrupule et mauvais médecin, a précipité la clinique dans la faillite avec ses lubies esthétiques. Entre eux, Priscilla, infirmière rêveuse, épouse de Michael, mais secrètement aimée de John. Ajoutez à cela Samantha, femme fatale aux dents longues qui manipule tout ce beau monde, et un enchaînement de catastrophes médicales et sentimentales, et vous obtenez un joyeux foutoir. Tout ce que ce type de scénario pourrait avoir de prévisible est ici transcendé par une avalanche de situations absurdes, une narration volontairement chaotique et un goût prononcé pour la parodie.
Il faut être honnête, l'humour de Penguern ne plaira pas à tout le monde. Exagération assumée, jeux de mots absurdes, personnages cartoonesques... L'ensemble repose sur une mécanique burlesque où chaque élément est tourné en dérision. L'influence des Monty Python, de Chaplin et de Tati est évidente. À cela s'ajoute un goût certain pour l'humour à la française des années 80-90, façon Les Nuls ou Les Inconnus, où tout devient prétexte à une moquerie bien sentie. Le début du film peut d'ailleurs déconcerter, tant il semble s'amuser à multiplier les clichés des feuilletons hospitaliers américains, avec des dialogues volontairement grandiloquents et des situations qui frisent le grotesque. Mais une fois qu'on accepte ce parti-pris, le film déploie une énergie communicative et offre de véritables éclats de rire.
Là où La clinique de l'amour ! fait la différence avec d'autres comédies parodiques, c'est dans son attachement aux personnages. Malgré leur excentricité, ils dégagent une sincérité qui empêche le film de tomber dans la simple farce sans âme. John est le prototype du héros naïf et romantique, l'archétype du gentil dépassé par la mesquinerie ambiante. Michael, lui, est ce qu'on attend du frère rival : égoïste, lâche, mais toujours avec une bonhomie qui le rend difficile à haïr totalement. Priscilla, dans son rôle de femme lunaire et candide, rappelle ces héroïnes à l'innocence désarmante qu'on retrouve chez Jean-Pierre Jeunet. Quant à Samantha, elle incarne à merveille la méchante de soap, vénéneuse et machiavélique à souhait. Tous ces personnages évoluent dans un univers où le mélo est poussé à son paroxysme, où chaque rebondissement est plus invraisemblable que le précédent, mais où, bizarrement, une véritable tendresse se dégage.
Il serait tentant de voir dans ce film une simple enfilade de gags absurdes, mais Penguern, sous ses allures de cinéaste lunaire, glisse toujours une vraie affection pour ses thématiques. Derrière cette avalanche de clichés détournés, on retrouve une histoire de famille, d'héritage, et surtout une déclaration d'amour aux comédies romantiques d'antan. Tout est ici fait pour exalter le burlesque et la dérision, mais avec un respect profond pour l'émotion. Ce qui pourrait n'être qu'une parodie froide devient alors un film résolument chaleureux, où l'humour est au service d'une douce folie.
Côté mise en scène, Penguern fait preuve d'une inventivité réjouissante. Rien de paresseux ici : chaque plan semble pensé pour accentuer l'effet comique ou amplifier l'exagération dramatique. Il joue avec les ralentis absurdes, les cadrages serrés sur des visages en pleine crise émotionnelle, et pousse les situations à l'extrême jusqu'à provoquer le rire par pur excès. La bande-son, qui mêle compositions originales et morceaux empruntés, participe à cet univers décalé en accentuant encore le pastiche des grandes romances hollywoodiennes.
Le casting est sans faute. Artus de Penguern, en John candide et maladroit, tient le film avec une sincérité qui évite au personnage de sombrer dans la caricature pure. Bruno Salomone, parfait en frangin roublard, apporte son charisme habituel et son sens du timing comique. Helena Noguerra, véritable révélation du film, est lumineuse dans le rôle de Priscilla, trouvant le juste équilibre entre la candeur et la fantaisie. Quant à Natacha Lindinger, elle campe une Samantha délicieusement manipulatrice, jouant avec les codes de la vamp perverse des telenovelas. Et puis il y a la galerie de seconds rôles, tous impeccables, de Dominique Lavanant à Michel Aumont, en passant par Anne Depétrini, tous visiblement ravis de se prêter au jeu.
La clinique de l'amour ! n'est peut-être pas un chef-d'œuvre, mais c'est une bouffée d'air frais dans un paysage cinématographique souvent trop sage. On pourra lui reprocher une construction chaotique, un humour parfois trop appuyé, et un démarrage un peu laborieux, mais impossible de ne pas reconnaître la sincérité de la démarche. Artus de Penguern signe un film qui, comme son prédécesseur Grégoire Moulin contre l'humanité, ne ressemble à rien d'autre et qui ne cherche jamais à plaire au plus grand nombre. Et c'est justement ce qui le rend si attachant.
C'est donc avec un sourire un peu mélancolique qu'on regarde cette comédie délirante, sachant que son auteur nous a quittés peu de temps après. Son absence laisse un vide certain dans le paysage du cinéma français. Mais La clinique de l'amour ! reste, à sa manière, un bel héritage. Un film à part, un peu fou, beaucoup tendre, terriblement sincère. Bref, du Artus de Penguern tout craché.
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