Le code (saison 1)
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Daniel Njo Lobé a reçu le Prix du meilleur acteur au festival Séries Mania 2021 avant même que Le Code ne soit diffusé sur France 2 — un signal encourageant pour la nouvelle série judiciaire de Lionel Olenga, déjà à l'origine de Chérif, et co-créée avec Cécile Even et Nicolas Robert. On y retrouve Christiane Millet et Naidra Ayadi dans les rôles principaux, pour une série tournée entre Lille et Reims, loin des ors parisiens du barreau. Idriss Toma, avocat brillant mais cynique, défend jusqu'ici les riches et les puissants. Sa trajectoire bascule le jour où l'un de ses anciens clients lésés lui tire dessus trois fois dans son propre bureau. Il en réchappe, mais un éclat de balle inopérable dans le cerveau lui donne désormais une date de péremption. Décidé à se racheter avant l'échéance, il revient à Lille et intègre un cabinet de quartier aux moyens modestes, aux côtés de Nadia, avocate engagée, et de Jeanne Vanhoven, ex-gloire du barreau désormais sur le déclin. C'est l'arc narratif de fond — la rédemption d'un homme qui a longtemps mis son talent au service des mauvaises causes — et chaque épisode lui adjoint une affaire distincte, close en cinquante-deux minutes chrono. C'est là que le bât blesse un peu. La structure procédurale stricte — un épisode, une affaire, un verdict — donne à la série une lisibilité confortable, presque rassurante, mais elle impose aussi un rythme qui laisse peu de place à la nuance. Les affaires se résolvent vite, parfois trop proprement, avec ce syndrome bien français du héros qui gagne toujours. On ne demande pas à The Wire, mais on aurait apprécié, de temps en temps, un dossier qui part en vrille ou un client qu'on n'arrive pas à sauver. Il y a aussi quelques libertés prises avec les procédures judiciaires — simplifications çà et là, raccourcis scénaristiques — qui ne gêneront pas le grand public mais feront légèrement tiquer quiconque a un peu fréquenté les prétoires. Les personnages, eux, sont correctement construits. Idriss porte une vraie profondeur émotionnelle : l'homme brillant rattrapé par sa conscience, conscient de sa propre finitude, n'est pas un saint repenti de carton-pâte. Jeanne et Nadia apportent des contrepoints utiles, même si leurs arcs individuels restent en deçà de ce qu'ils pourraient être dans un format plus ouvert. Les personnages secondaires récurrents font leur office sans surprise. L'ensemble forme une équipe attachante, sans jamais franchir le seuil de l'inoubliable. Thématiquement, la série ne manque pas d'ambition : discrimination à l'embauche, violences conjugales, erreurs judiciaires, droit des étrangers… chaque épisode soulève une question sociale réelle, traitée avec une certaine honnêteté, même si la résolution en cinquante minutes oblige à des raccourcis moraux parfois gênants. Le sous-texte sur la seconde chance — celle qu'Idriss offre à ses clients mais aussi celle qu'il se donne à lui-même — est cohérent et sincère. Ce n'est pas du militantisme télévisuel, c'est de la fiction sociale honnête, dans la tradition de ce que France 2 sait faire quand elle s'en donne la peine. La réalisation est fonctionnelle, propre, sans aspérités. Lionel Olenga s'est d'ailleurs glissé lui-même dans un petit rôle d'agent des douanes à l'épisode 3 — clin d'œil discret d'un auteur visiblement attaché à son œuvre. La lumière des Hauts-de-France donne à la série une palette froide et grise qui colle bien au propos, et la musique de Maxime Desprez accompagne sans envahir. Rien de mémorable, mais rien de honteux. C'est dans le jeu des acteurs que la série trouve sa meilleure justification. Daniel Njo Lobé porte vraiment la série sur ses épaules, et pas seulement parce que son prix à Séries Mania l'y autorisait : il habite Idriss avec une sobriété et une densité qui font du bien dans un paysage sériel français parfois enclin à l'emphase. Christiane Millet, dans la peau d'une avocate sur le retour, est impeccable. Naidra Ayadi convainc dans ses plaidoiries sans forcer le trait. Et les comédiens invités — souvent des noms reconnaissables comme Annelise Hesme, Grégoire Bonnet ou Jérôme Bertin — s'investissent dans des rôles d'une seule soirée avec une application qui rehausse le tout. Au bout du compte, Le Code est exactement ce qu'il annonce : une série judiciaire française sérieuse, bien jouée, solide dans ses intentions, mais prisonnier d'un format procédural qui l'empêche de s'élever vraiment. Là où HPI, la série rivale de TF1, compense sa légèreté par une énergie et une originalité de ton qui la rendent mémorable, Le Code joue la carte de la rigueur et de la sincérité — un choix respectable, mais qui peine à laisser une empreinte durable. Si l'envie de pousser le curseur judiciaire plus loin vous prend, Engrenages reste la référence française du genre, et The Good Wife le modèle américain dont Le Code n'est finalement qu'une version plus sage et moins ambitieuse.
Ma note50%
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