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· Julien   Lepage

Le code (saison 2)
Lionel Olenga, Cécile Even et Nicolas Robert
2022

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Illustration de critique : Le code (saison 2)
Daniel Njo Lobé a beau porter sur ses épaules un rôle taillé pour lui — et auréolé du Prix du meilleur acteur au Festival Séries Mania pour la première saison —, Le code (saison 2) reste avant tout une série de France 2 dans toute l'acception du terme. Produite par Lionel Olenga, Cécile Even et Nicolas Robert, réalisée avec sobriété par Bénédicte Delmas — qu'on se souviendra surtout avoir vue jouer la blonde du bord de mer dans Sous le soleil, ce qui constitue une reconversion plutôt réussie —, cette deuxième salve de six épisodes, diffusée en janvier 2023, assume pleinement sa nature de grand divertissement populaire sans jamais tout à fait chercher à en sortir. Idriss Toma, l'avocat des puissants reconverti en défenseur des oubliés depuis qu'un éclat de balle inopérable lui a rappelé sa propre finitude, continue donc d'habiter les prétoires avec cet alliage de morgue et d'humanité qui fait le sel du personnage. La saison 2 part d'une situation dramatique claire : tout le cabinet sait désormais qu'Idriss est condamné, et cette donnée transforme chaque épisode en une sorte de compte à rebours émotionnel en sourdine. C'est le fil rouge. Autour de lui gravitent Jeanne, Nadia, Claire et les autres, chacun·e confronté·e à ses propres dilemmes, professionnels ou intimes. La mécanique est rodée : une affaire par épisode — fin de vie, violences policières, irresponsabilité pénale, déclassement social — et une intrigue de fond qui avance, lentement mais sûrement, comme une marée montante. Le format procédural à l'américaine — un épisode, un dossier, une plaidoirie — impose ses avantages et ses limites. D'un côté, ça garantit un rythme, une tension renouvelée à chaque semaine, une variété de thèmes qui empêche la monotonie. De l'autre, ça bride les ambitions narratives : les arcs personnels manquent parfois d'espace pour vraiment respirer, et certaines intrigues judiciaires se referment trop proprement, trop vite, comme si le tribunal français avait soudainement découvert l'efficacité suisse. C'est d'ailleurs l'un des syndromes bien ancrés de la série : les héros gagnent. Presque toujours. Avec une régularité qui finit par émousser un peu le suspense. Olenga lui-même reconnaissait, lors de la saison 2 de Chérif qu'il avait également créée, que la première saison sert à installer un univers, et que c'est en saison 2 qu'on peut enfin repousser les limites. Sur ce point, le résultat est mitigé : on repousse les limites, certes, mais avec une main prudente, sans jamais risquer de bousculer le téléspectateur du mercredi soir. Les personnages principaux gagnent heureusement en épaisseur ce que le scénario leur refuse en imprévus. Idriss est le plus abouti : sa trajectoire — de prédateur judiciaire à avocat des causes perdues — porte une vraie cohérence dramatique, et la dimension symbolique de sa condition physique (vivre avec une balle dans la tête, au sens propre) lui confère une gravité qui résiste à la formule. Nadia et Jeanne sont moins bien servies, leur évolution restant souvent dans les marges, convoquées selon les besoins de l'intrigue hebdomadaire plutôt que selon leur propre logique interne. Les thèmes brassés sont ambitieux et reflètent avec une certaine honnêteté les fractures de la société française contemporaine. La fin de vie, la violence d'État, l'injustice sociale, le poids des discriminations : chaque dossier est un prétexte à une radiographie ciblée, parfois un peu démonstrative, jamais vraiment subversive. La série fait le choix de convaincre par la vertu plutôt que par le désordre — ce qui est respectable, et peut-être inévitable sur France 2, mais qui laisse un sentiment d'étau discret autour de la narration. Du côté de la réalisation, Bénédicte Delmas opte pour une mise en scène fonctionnelle, lisible, avec un travail photographique soigné — le tournage dans le Grand Est, entre Lille, Reims et Épernay, offre des décors moins parisiens et moins convenus qu'à l'accoutumée, ce qui donne à la série une identité visuelle légèrement plus affirmée que la moyenne. La bande originale remplit son office sans déborder. Le casting, lui, est le vrai carburant de la machine. Daniel Njo Lobé confirme tout ce que la première saison promettait : une présence magnétique, une capacité à habiter le silence autant que le discours. Christiane Millet et Naidra Ayadi assurent avec solidité des rôles que l'écriture ne gâte pas toujours. Les guests de la saison — Francis Perrin, Moïse Santamaria, Claire Borotra, Grégoire Bonnet, Laëtitia Eïdo — livrent pour la plupart des partitions investies, parfois franchement saisissantes, qui élèvent sensiblement le niveau de certains épisodes. C'est souvent eux, finalement, qui apportent l'émotion la plus vive, parce que leur trajectoire n'est pas encore balisée par les attentes du public. Au bout du compte, Le code (saison 2) est une série qui fait exactement ce qu'elle annonce, ni plus ni moins. Elle divertit avec sérieux, soulève de vraies questions, s'appuie sur un casting de qualité et sait se renouveler suffisamment pour éviter la redite — tout en restant sagement dans les clous d'une formule télévisuelle qui a fait ses preuves. Ce n'est pas Engrenages, pas The Wire, pas même The Practice dont elle s'inspire pourtant ouvertement. Mais pour peu qu'on accepte le contrat, c'est un honnête compagnon de soirée, solide sans être mémorable, attachant sans être inoubliable.
Ma note51%
Vu le 11 Mars 2023


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