Les compères
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C'est l'histoire d'un film de 1983 signé Francis Veber, porté par le tandem désormais classique Gérard Depardieu/Pierre Richard, et que l'on redécouvre en 2009 comme on feuillette un vieil album photo. On sait qu'on va revoir des visages connus, des situations familières, et peut-être que l'attente vient précisément de là : ce plaisir mi-nostalgique, mi-curieux, de remettre les pieds dans une mécanique comique qui, en son temps, avait fait près de cinq millions d'entrées. La promesse ? Un duo contrasté, des étincelles, et une petite fugue transformée en chasse au trésor paternelle.
L'intrigue se déroule autour de Tristan, adolescent de 17 ans installé dans une fugue romantico-existentielle, laissant derrière lui une mère paniquée, Christine. Celle-ci, traversée d'une inspiration aussi géniale que tordue, convoque ses deux anciens amants et leur souffle à chacun qu'il pourrait bien être le père du fugitif. Soudainement lestés d'un poids affectif nouveau, les deux volontaires improvisés se lancent sur ses traces, persuadés chacun d'œuvrer pour leur fils. François Pignon, dépressif au bord du gouffre, et Jean Lucas, journaliste taillé à la hache, voyagent à travers la Côte d'Azur, repaires de marginaux et hôtels de charme, jusqu'à croiser leurs quêtes et leurs illusions. Peu à peu, les deux hommes se rendent compte de l'entourloupe, mais, trop engagés pour faire demi-tour, ils poursuivent leur mission côte à côte, comme de vieux ennemis condamnés à s'entendre.
Le scénario, fidèle à la patte de Veber, repose sur une dynamique d'oppositions binaires, héritée d'une tradition comique presque mécanique. Les ficelles, parfois visibles, n'empêchent pas l'histoire d'avancer avec un certain entrain ; tout semble construit autour de l'énergie du duo, comme si l'intrigue n'était finalement que le prétexte à les réunir. Le prétexte, d'ailleurs, montre ses limites quand on s'interroge deux secondes : la timeline de la prétendue paternité ne colle pas, ce que le film évoque sans vraiment le traiter, comme si l'idée d'infidélité en rafale n'était qu'un gadget scénaristique. Cette faiblesse crée un petit flottement narratif, renforcé par l'impression de déjà-vu : on a connu cette structure dans La chèvre, et l'on sent que l'envie de renouvellement a cédé la place à l'efficacité d'un duo rodé. Malgré cela, quelques détours malins, notamment dans la manière dont les personnages s'adaptent à la situation, permettent au film d'éviter la simple redite.
Les personnages, eux, sont dessinés comme deux pôles qui ne demandent qu'à s'aimanter. Pignon, silhouette triste et maladroite, persiste dans cette logique du loser magnifique, presque attachant malgré lui, tandis que Lucas se développe en miroir : sûr de lui, protecteur, mais surpris par les secousses émotionnelles que cette « paternité » fictive déclenche. Leur évolution commune, plus intéressante que leurs trajectoires individuelles, fait glisser le récit de la simple enquête à un apprentissage mutuel. On les observe s'assouplir, se toiser, s'épauler, jusqu'à former malgré eux une famille étrange avec le jeune Tristan. Les seconds rôles s'effacent un peu derrière cette relation centrale : ils servent surtout d'impulsion narrative, sans chercher à exister au-delà de leur fonction.
Sous la comédie, le film effleure des thèmes plus graves : la question de la filiation, de la responsabilité, et ce drôle de pacte moral entre adultes cabossés. On y parle de pères absents, de gamins qui courent après le monde, et de mères prêtes à tout pour recoller les morceaux. Le discours reste léger, parfois superficiel, mais sans cynisme ; il saisit ce moment où les adultes hésitent entre grandir enfin ou continuer à faire semblant. Revu aujourd'hui, il porte un regard un peu daté sur la cellule familiale, mais ce regard dit aussi quelque chose des années 80 : l'époque où l'autorité parentale s'effritait et où l'on s'autorisait à bricoler l'affect pour réparer le réel.
La mise en scène, sans chercher la virtuosité, reste fluide et claire. La photographie, plutôt sage, laisse respirer les paysages du Sud, avec ses hôtels improbables et ses ruelles ensoleillées. Aucun effet spécial à signaler, mais ce n'est pas un reproche : on est ici dans le registre du cinéma populaire à la française, où la caméra sert surtout à cadrer la joute verbale. La musique de Vladimir Cosma, bien qu'agréable, manque un peu de panache : rien d'aussi mémorable que ses partitions pour La chèvre. L'ensemble reste propre, efficace, parfois un peu télévisuel dans sa facture, mais jamais indigent.
Restent les comédiens. Pierre Richard reprend avec naturel ce rôle du fragile lunaire qu'il promenait déjà ailleurs, notamment chez Veber ; avec lui, le sourire vient de l'intérieur, sans grimace inutile. Gérard Depardieu, massif et tendre à la fois, s'empare de Lucas avec une forme de plaisir enfantin : il y a chez lui une façon physique de jouer la comédie qui rappelle ses moments de grâce dans La chèvre ou Inspecteur la Bavure. Parmi les seconds rôles, Anny Duperey apporte une élégance discrète, tandis que Michel Aumont glisse quelques éclats de malice. Rien de renversant, mais chacun occupe sa place dans une mécanique que l'on devine répétée, huilée, presque musicale.
En refermant ce visionnage 2009, on sort avec une impression douce-amère. Le film n'a rien perdu de son charme principal (l'alchimie solide entre ses deux têtes d'affiche), mais on sent qu'il n'a jamais vraiment cherché à aller au-delà. Ce n'est ni un sommet, ni un accident ; plutôt un bon souvenir de cinéma populaire, chaleureux, mais un peu réchauffé. Ceux qui aiment l'alchimie Richard/Depardieu trouveront ici de quoi sourire, même sans éclats de rire durables. Pour prolonger l'expérience, mieux vaut revenir à La chèvre, cousin plus inspiré, ou pousser vers Les fugitifs, qui avait su jouer la même partition avec davantage d'élan. Le plaisir existe, mais il ne bouscule pas… et finalement, c'est peut-être suffisant.
L'intrigue se déroule autour de Tristan, adolescent de 17 ans installé dans une fugue romantico-existentielle, laissant derrière lui une mère paniquée, Christine. Celle-ci, traversée d'une inspiration aussi géniale que tordue, convoque ses deux anciens amants et leur souffle à chacun qu'il pourrait bien être le père du fugitif. Soudainement lestés d'un poids affectif nouveau, les deux volontaires improvisés se lancent sur ses traces, persuadés chacun d'œuvrer pour leur fils. François Pignon, dépressif au bord du gouffre, et Jean Lucas, journaliste taillé à la hache, voyagent à travers la Côte d'Azur, repaires de marginaux et hôtels de charme, jusqu'à croiser leurs quêtes et leurs illusions. Peu à peu, les deux hommes se rendent compte de l'entourloupe, mais, trop engagés pour faire demi-tour, ils poursuivent leur mission côte à côte, comme de vieux ennemis condamnés à s'entendre.
Le scénario, fidèle à la patte de Veber, repose sur une dynamique d'oppositions binaires, héritée d'une tradition comique presque mécanique. Les ficelles, parfois visibles, n'empêchent pas l'histoire d'avancer avec un certain entrain ; tout semble construit autour de l'énergie du duo, comme si l'intrigue n'était finalement que le prétexte à les réunir. Le prétexte, d'ailleurs, montre ses limites quand on s'interroge deux secondes : la timeline de la prétendue paternité ne colle pas, ce que le film évoque sans vraiment le traiter, comme si l'idée d'infidélité en rafale n'était qu'un gadget scénaristique. Cette faiblesse crée un petit flottement narratif, renforcé par l'impression de déjà-vu : on a connu cette structure dans La chèvre, et l'on sent que l'envie de renouvellement a cédé la place à l'efficacité d'un duo rodé. Malgré cela, quelques détours malins, notamment dans la manière dont les personnages s'adaptent à la situation, permettent au film d'éviter la simple redite.
Les personnages, eux, sont dessinés comme deux pôles qui ne demandent qu'à s'aimanter. Pignon, silhouette triste et maladroite, persiste dans cette logique du loser magnifique, presque attachant malgré lui, tandis que Lucas se développe en miroir : sûr de lui, protecteur, mais surpris par les secousses émotionnelles que cette « paternité » fictive déclenche. Leur évolution commune, plus intéressante que leurs trajectoires individuelles, fait glisser le récit de la simple enquête à un apprentissage mutuel. On les observe s'assouplir, se toiser, s'épauler, jusqu'à former malgré eux une famille étrange avec le jeune Tristan. Les seconds rôles s'effacent un peu derrière cette relation centrale : ils servent surtout d'impulsion narrative, sans chercher à exister au-delà de leur fonction.
Sous la comédie, le film effleure des thèmes plus graves : la question de la filiation, de la responsabilité, et ce drôle de pacte moral entre adultes cabossés. On y parle de pères absents, de gamins qui courent après le monde, et de mères prêtes à tout pour recoller les morceaux. Le discours reste léger, parfois superficiel, mais sans cynisme ; il saisit ce moment où les adultes hésitent entre grandir enfin ou continuer à faire semblant. Revu aujourd'hui, il porte un regard un peu daté sur la cellule familiale, mais ce regard dit aussi quelque chose des années 80 : l'époque où l'autorité parentale s'effritait et où l'on s'autorisait à bricoler l'affect pour réparer le réel.
La mise en scène, sans chercher la virtuosité, reste fluide et claire. La photographie, plutôt sage, laisse respirer les paysages du Sud, avec ses hôtels improbables et ses ruelles ensoleillées. Aucun effet spécial à signaler, mais ce n'est pas un reproche : on est ici dans le registre du cinéma populaire à la française, où la caméra sert surtout à cadrer la joute verbale. La musique de Vladimir Cosma, bien qu'agréable, manque un peu de panache : rien d'aussi mémorable que ses partitions pour La chèvre. L'ensemble reste propre, efficace, parfois un peu télévisuel dans sa facture, mais jamais indigent.
Restent les comédiens. Pierre Richard reprend avec naturel ce rôle du fragile lunaire qu'il promenait déjà ailleurs, notamment chez Veber ; avec lui, le sourire vient de l'intérieur, sans grimace inutile. Gérard Depardieu, massif et tendre à la fois, s'empare de Lucas avec une forme de plaisir enfantin : il y a chez lui une façon physique de jouer la comédie qui rappelle ses moments de grâce dans La chèvre ou Inspecteur la Bavure. Parmi les seconds rôles, Anny Duperey apporte une élégance discrète, tandis que Michel Aumont glisse quelques éclats de malice. Rien de renversant, mais chacun occupe sa place dans une mécanique que l'on devine répétée, huilée, presque musicale.
En refermant ce visionnage 2009, on sort avec une impression douce-amère. Le film n'a rien perdu de son charme principal (l'alchimie solide entre ses deux têtes d'affiche), mais on sent qu'il n'a jamais vraiment cherché à aller au-delà. Ce n'est ni un sommet, ni un accident ; plutôt un bon souvenir de cinéma populaire, chaleureux, mais un peu réchauffé. Ceux qui aiment l'alchimie Richard/Depardieu trouveront ici de quoi sourire, même sans éclats de rire durables. Pour prolonger l'expérience, mieux vaut revenir à La chèvre, cousin plus inspiré, ou pousser vers Les fugitifs, qui avait su jouer la même partition avec davantage d'élan. Le plaisir existe, mais il ne bouscule pas… et finalement, c'est peut-être suffisant.
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