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· Julien   Lepage

Cowa !
Akira Toriyama
1997

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Illustration de critique : Cowa !
Après avoir mis un point final à Dragon ball en 1995, Akira Toriyama aurait pu souffler, se reposer sur ses lauriers, profiter de sa fortune et laisser ses fans en état de manque chronique. À la place, il a sorti ses crayons pour un concours : le Jump readers' cup, qu'il avait déjà remporté en 1981, et en a tiré un one-shot appelé Bubul of demon village. Victoire au concours, envie d'aller plus loin, quelques redesigns de personnages plus tard : Cowa ! était né. Tout seul, sans assistant, à raison de trois semaines de boulot pour une semaine de repos. Une façon de travailler presqu'artisanale pour quelqu'un de sa stature, et honnêtement, ça se ressent… dans le bon sens comme dans le moins bon.

Le pitch tient en deux lignes. Païfu, un gamin mi-vampire mi-koala-garou, vit dans un village de monstres cohabitant paisiblement avec les humains des environs. Quand une épidémie de grippe mortelle frappe les adultes du village, c'est lui, son pote fantôme José Rodriguez et un troisième larron, Arpon, petit démon bagarreur convaincu d'être le plus fort de la bande, qui partent chercher le remède chez une sorcière habitant à plus de 1 200 km de là. Ils embarquent avec eux Maruyama, ancien champion de sumo reconverti en ermite honteux après avoir accidentellement tué un adversaire sur le ring. C'est le genre de groupe improbable qui fait le charme du manga d'aventure à la japonaise : trois gamins impossibles à canaliser et un adulte brisé qui va lentement se reconstruire à leur contact. Toriyama connaît cette recette par cœur : il l'a utilisée dans Dr. Slump, dans Dragon ball, et la réutilise ici avec une efficacité tranquille.

Le problème, c'est que l'efficacité est un peu trop tranquille. Cowa ! se lit vite, se sourit vite, et s'oublie presqu'aussi vite. L'humour fonctionne, les personnages sont attachants, les scènes d'action ont cette fluidité graphique si reconnaissable au trait de Toriyama : des décors volontairement minimalistes pour mieux concentrer l'œil sur les gueules et les corps en mouvement. Mais quelque chose manque. L'élément fantastique, censé être le cœur du récit, finit par n'être qu'un habillage. Retirez les crocs de Païfu et le drap de José, mettez-leur des casquettes et des baskets, l'histoire tourne exactement pareil. Ce n'est pas un reproche mineur quand on voit à quel point Toriyama avait su, dans Dr. Slump, faire de l'absurde un moteur narratif à part entière ; ici, les monstres sont surtout décoratifs.

Il y a pourtant des passages vraiment réussis. La scène de la station-service, où les gamins démolissent le camion de Maruyama en son absence et se retrouvent nez à nez avec une bande de voyous armés, a ce côté cheerfully dark qui rappelle les meilleurs moments de Dragon ball première période ; celle d'avant les Super Saiyens et les power levels astronomiques. Et la fin, sans être renversante, tient ses promesses émotionnelles. Toriyama sait conclure une histoire, ça au moins, personne ne peut le lui enlever.

Reste que Cowa ! donne surtout l'impression d'un univers esquissé trop rapidement. Le village des monstres, avec ses gamins qui jouent à des jeux où les anges pourchassent les démons et qui considèrent les églises comme des maisons hantées, est franchement délicieux ; on pense à L'étrange Noël de monsieur Jack, sorti quatre ans plus tôt, ou à Monstres & Cie dans l'esprit. Sauf que Toriyama plante ce décor, le quitte rapidement pour la route, et ne revient jamais vraiment dessus. Quatorze chapitres, un seul volume : c'est court, et pas forcément dans le sens du plaisir concentré. Plutôt dans celui du potentiel gâché.

Pour les fans du mangaka, c'est une lecture obligatoire : un morceau de bibliographie à cocher, avec quelques pépites intactes. Pour les autres, il existe de meilleures portes d'entrée dans l'œuvre de Toriyama, à commencer par Sand land, son one-shot de 2000 qui fait sensiblement la même chose en bien plus abouti. Cowa !, c'est la démo sympathique avant le produit fini.
Ma note59%
Lu le 8 Décembre 2020


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