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· Julien   Lepage

Le Croc-Note show
Gilles Gay et Jean-Pierre Tardivel
1986 – 1990

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Illustration de critique : Le Croc-Note show
Il arrive que la télévision des années 80 accouche de petits objets inclassables qui ne ressemblent à rien de ce qu'on fait ailleurs. Le Croc-Note Show, dessin animé français créé par Gilles Gay et Jean-Louis Pujol, diffusé à partir de l'été 1986 sur FR3 puis Canal J, est de ceux-là : une série courte, absurde, à la fois émission éducative et sketch de music-hall, avec pour maître de cérémonie un rat vert venu de Mars et pour banda sonora les arrangements jazzy de Jacques Loussier. Le principe est simple jusqu'à la naïveté : chaque épisode de cinq minutes porte le nom d'un instrument de musique, et l'animateur Croc-Note — doublé par Michel Elias — surgit de son trou pour le présenter au spectateur. À ses côtés, une galerie de personnages récurrents dont les noms sont eux-mêmes de petits gags : le professeur Corquignol, Germaine Croquette, Gaston Frison Croq, ou encore le célèbre Marcel Croc-no, transporteur de piano de son état. Luis Rego et Dominique Valadié prêtent leurs voix à ce petit monde, ce qui n'est pas rien : Rego, habitué des seconds rôles au cinéma, apporte une énergie comique franche qui tranche avec le ronron des séries enfantines de l'époque. L'idée de départ est bonne, et même assez courageuse pour une production destinée aux enfants : habiller une leçon de culture musicale en sketch loufoque, en pastiche de pub ou d'émission télé, pour que la pilule passe en se faisant oublier. Le problème, c'est que la formule s'épuise vite. Sur cinq minutes, le ressort comique — l'instrument censé servir à quelque chose de sérieux finit toujours par déraper vers l'absurde — fonctionne une fois, deux fois, puis se répète à l'identique d'un épisode à l'autre avec une régularité qui finit par émousser la surprise. Cent quatre épisodes de cinq minutes sur quatre ans, c'est beaucoup pour un gag unique. Les personnages, à ce titre, ne sont guère plus que des silhouettes fonctionnelles. Croc-Note lui-même n'a pas vraiment de caractère au sens dramatique du terme : il est le prétexte, le maître de cérémonie, le sourire de service. Les figures secondaires sont des archétypes à peine esquissés — le savant farfelu, la ménagère bougonne, le costaud burlesque — dont les noms en -croc constituent à peu près toute la psychologie. C'est assumé, bien sûr, et cohérent avec le format sketch, mais cela empêche toute attachement véritable. Ce que la série dit de son époque, en revanche, est intéressant. Produite par Bayard Productions, éditeur catholique connu pour Pomme d'Api et J'aime lire, elle traduit une certaine ambition pédagogique des années 80 : faire aimer la musique classique et de jazz aux enfants sans les ennuyer, à une époque où Canal J venait tout juste de naître et cherchait à se distinguer par des contenus plus malins. La présence de Jacques Loussier à la musique — ce pianiste qui a passé une carrière à réconcilier Bach et le jazz — n'est pas anodine : elle situe le show dans une ambition culturelle réelle, même modeste. La réalisation, elle, est honnête sans être mémorable. Le style graphique est celui de l'animation française de série de l'époque : économique, avec des décors plats et des mouvements limités, bien loin des productions japonaises qui colonisaient les écrans en même temps. L'écriture sonore, en revanche, bénéficie clairement du soin apporté par Loussier : les habillages musicaux sont vivants, inventifs, et constituent souvent le meilleur moment de l'épisode. Au fond, Le Croc-Note Show est une de ces séries qu'on regarde avec une tendresse un peu distante quand on la retrouve trente ans après. Elle a l'énergie des choses faites avec des moyens réduits mais une vraie intention, et le souvenir qu'elle laisse est celui d'une bizarrerie sympathique plutôt que d'un classique. Les amateurs de dessins animés éducatifs façon Il était une fois… l'Homme seront peut-être déçus par la légèreté du propos ; les fans de burlesque pur et dur trouveront le format trop court pour déployer quoi que ce soit. Entre les deux, il y a ce rat vert et son show improbable, ni chef-d'œuvre ni naufrage, juste une curiosité bien de son temps.
Ma note50%
Vu le 20 Août 2015


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