Comme un fils
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Comme un fils, de Nicolas Boukhrief, se présente comme un drame social ancré dans l'actualité, un film au noble dessein, à la croisée de L'enfant sauvage et Welcome, avec en vedette Vincent Lindon dans un rôle sur mesure. Sur le papier, ça avait tout d'un projet fort, humain, poignant. Mais à l'écran, c'est une toute autre affaire.
L'histoire se résume à une rencontre : celle de Jacques Romand, ancien prof vidé par le système, veuf, solitaire, en quête de sens, et Victor, un adolescent Rom de 14 ans, exploité, livré à lui-même, semi-analphabète. Leur premier contact a lieu dans une épicerie, au cours d'un braquage avorté. Par la suite, leurs chemins se recroisent, un cambriolage improbable les réunit à nouveau, et le vieil homme décide de tendre la main. Il veut lui apprendre à lire, à écrire, à s'émanciper. Victor, méfiant, renfrogné, finit par se laisser apprivoiser. Voilà donc une tentative de rédemption croisée, où chacun tente de réparer l'autre — l'un par la transmission, l'autre par sa simple présence.
Mais dès les premières scènes, le scénario peine à convaincre. Ce n'est pas tant l'idée de départ qui coince, mais sa mise en œuvre : tout semble forcé, comme si les événements étaient soigneusement alignés pour cocher des cases. Tout paraît agencé pour que ces deux trajectoires se recroisent coûte que coûte, sans jamais laisser à l'imprévu ou au trouble le droit d'exister.
Les personnages, eux, oscillent entre archétype et cliché. Jacques, c'est ce prof à l'ancienne, pétri d'idéaux, figure presque sanctifiée du pédagogue bienveillant des années Mitterrand. Une sorte d'ultime résistant moral face à un monde trop brutal pour lui. Il n'a ni aspérités, ni contradiction : il est juste… gentil, fatigué, vaguement dépressif. Quant à Victor, censé incarner la détresse d'un enfant des rues, il n'a pas vraiment de consistance psychologique. Il n'évolue pas, ou si peu, et surtout, il n'émeut jamais. On a du mal à éprouver quoi que ce soit pour lui, tant il reste une surface opaque, fermée, parfois antipathique — à tel point qu'on en vient presque à comprendre, à contre-cœur, la violence de son entourage.
Le film veut traiter de sujets lourds : la précarité, le racisme envers les Roms, le désarroi de l'Éducation nationale, le deuil, la transmission. Mais tout est survolé, jamais vraiment creusé. Les bonnes intentions sont là, mais elles se heurtent à une absence de nuance. La communauté Rom est brossée à gros traits, entre misère spectaculaire et figures de méchants de série télé. On sent que Boukhrief a voulu bien faire, qu'il s'est documenté, qu'il a rencontré des associations, qu'il a même tourné avec de vraies familles roms. Mais à l'écran, cette volonté d'authenticité se transforme parfois en folklore ou en misérabilisme. Quant à la figure du professeur, elle est présentée de manière si idéalisée qu'elle finit par perdre tout relief. Le film aurait pu interroger les limites du sauveur blanc, ou la complexité du geste éducatif hors cadre institutionnel, mais non : il choisit la ligne droite, au détriment de l'ambiguïté.
Visuellement, rien à signaler. La mise en scène est sobre, sans fioritures, mais aussi sans éclat. On sent que le réalisateur a voulu se faire discret, laisser vivre ses acteurs, éviter tout esthétisme déplacé. L'intention est louable, mais le résultat manque cruellement de cinéma. Peu de tension, peu de rythme, une photographie grise, terne, comme figée dans un entre-deux. Même la musique, qu'on imagine minimaliste par choix, passe inaperçue.
Du côté des performances, c'est assez inégal. Vincent Lindon, d'habitude si juste dans l'incarnation des hommes fatigués par la vie, semble ici en pilotage automatique. Il alterne les silences pensifs et les éclats de colère intérieure avec un automatisme troublant. Par moments, il semble habité par une réelle émotion, mais ces sursauts ne s'ancrent jamais dans une continuité crédible. Son personnage reste figé, comme s'il portait en permanence un masque de bienveillance un peu trop grand pour lui. Face à lui, Stefan Virgil Stoica, repéré en Roumanie, joue avec un certain aplomb, mais son absence de maîtrise du français impose des échanges en anglais qui, hélas, plombent les dialogues. Ce choix, certes justifié par le contexte, crée une distance artificielle entre les deux personnages. Et surtout, ça alourdit inutilement la narration. Quant à Karole Rocher, son rôle de conseillère d'éducation est tellement sous-écrit qu'on a l'impression qu'elle traverse le film en s'excusant d'exister.
Au fond, Comme un fils aurait pu être un film utile, sensible, audacieux. Il aurait pu interroger nos regards, nos préjugés, nos rôles sociaux. Il aurait pu bousculer. Mais il choisit la voie la plus balisée, celle du message bienveillant emballé dans un tissu dramatique mollement ficelé. Le cinéma français ne manque pas de films sur la transmission ou l'enfance cabossée, et certains l'ont fait avec beaucoup plus de justesse et de force — La tête haute d'Emmanuelle Bercot, L'enfant des frères Dardenne, ou même Petit paysan pour parler d'hommes perdus dans une société qu'ils ne comprennent plus. Ici, tout sonne faux. Rien ne remue. Rien ne laisse de trace.
C'est sans doute cela le plus dommage.
L'histoire se résume à une rencontre : celle de Jacques Romand, ancien prof vidé par le système, veuf, solitaire, en quête de sens, et Victor, un adolescent Rom de 14 ans, exploité, livré à lui-même, semi-analphabète. Leur premier contact a lieu dans une épicerie, au cours d'un braquage avorté. Par la suite, leurs chemins se recroisent, un cambriolage improbable les réunit à nouveau, et le vieil homme décide de tendre la main. Il veut lui apprendre à lire, à écrire, à s'émanciper. Victor, méfiant, renfrogné, finit par se laisser apprivoiser. Voilà donc une tentative de rédemption croisée, où chacun tente de réparer l'autre — l'un par la transmission, l'autre par sa simple présence.
Mais dès les premières scènes, le scénario peine à convaincre. Ce n'est pas tant l'idée de départ qui coince, mais sa mise en œuvre : tout semble forcé, comme si les événements étaient soigneusement alignés pour cocher des cases. Tout paraît agencé pour que ces deux trajectoires se recroisent coûte que coûte, sans jamais laisser à l'imprévu ou au trouble le droit d'exister.
Les personnages, eux, oscillent entre archétype et cliché. Jacques, c'est ce prof à l'ancienne, pétri d'idéaux, figure presque sanctifiée du pédagogue bienveillant des années Mitterrand. Une sorte d'ultime résistant moral face à un monde trop brutal pour lui. Il n'a ni aspérités, ni contradiction : il est juste… gentil, fatigué, vaguement dépressif. Quant à Victor, censé incarner la détresse d'un enfant des rues, il n'a pas vraiment de consistance psychologique. Il n'évolue pas, ou si peu, et surtout, il n'émeut jamais. On a du mal à éprouver quoi que ce soit pour lui, tant il reste une surface opaque, fermée, parfois antipathique — à tel point qu'on en vient presque à comprendre, à contre-cœur, la violence de son entourage.
Le film veut traiter de sujets lourds : la précarité, le racisme envers les Roms, le désarroi de l'Éducation nationale, le deuil, la transmission. Mais tout est survolé, jamais vraiment creusé. Les bonnes intentions sont là, mais elles se heurtent à une absence de nuance. La communauté Rom est brossée à gros traits, entre misère spectaculaire et figures de méchants de série télé. On sent que Boukhrief a voulu bien faire, qu'il s'est documenté, qu'il a rencontré des associations, qu'il a même tourné avec de vraies familles roms. Mais à l'écran, cette volonté d'authenticité se transforme parfois en folklore ou en misérabilisme. Quant à la figure du professeur, elle est présentée de manière si idéalisée qu'elle finit par perdre tout relief. Le film aurait pu interroger les limites du sauveur blanc, ou la complexité du geste éducatif hors cadre institutionnel, mais non : il choisit la ligne droite, au détriment de l'ambiguïté.
Visuellement, rien à signaler. La mise en scène est sobre, sans fioritures, mais aussi sans éclat. On sent que le réalisateur a voulu se faire discret, laisser vivre ses acteurs, éviter tout esthétisme déplacé. L'intention est louable, mais le résultat manque cruellement de cinéma. Peu de tension, peu de rythme, une photographie grise, terne, comme figée dans un entre-deux. Même la musique, qu'on imagine minimaliste par choix, passe inaperçue.
Du côté des performances, c'est assez inégal. Vincent Lindon, d'habitude si juste dans l'incarnation des hommes fatigués par la vie, semble ici en pilotage automatique. Il alterne les silences pensifs et les éclats de colère intérieure avec un automatisme troublant. Par moments, il semble habité par une réelle émotion, mais ces sursauts ne s'ancrent jamais dans une continuité crédible. Son personnage reste figé, comme s'il portait en permanence un masque de bienveillance un peu trop grand pour lui. Face à lui, Stefan Virgil Stoica, repéré en Roumanie, joue avec un certain aplomb, mais son absence de maîtrise du français impose des échanges en anglais qui, hélas, plombent les dialogues. Ce choix, certes justifié par le contexte, crée une distance artificielle entre les deux personnages. Et surtout, ça alourdit inutilement la narration. Quant à Karole Rocher, son rôle de conseillère d'éducation est tellement sous-écrit qu'on a l'impression qu'elle traverse le film en s'excusant d'exister.
Au fond, Comme un fils aurait pu être un film utile, sensible, audacieux. Il aurait pu interroger nos regards, nos préjugés, nos rôles sociaux. Il aurait pu bousculer. Mais il choisit la voie la plus balisée, celle du message bienveillant emballé dans un tissu dramatique mollement ficelé. Le cinéma français ne manque pas de films sur la transmission ou l'enfance cabossée, et certains l'ont fait avec beaucoup plus de justesse et de force — La tête haute d'Emmanuelle Bercot, L'enfant des frères Dardenne, ou même Petit paysan pour parler d'hommes perdus dans une société qu'ils ne comprennent plus. Ici, tout sonne faux. Rien ne remue. Rien ne laisse de trace.
C'est sans doute cela le plus dommage.
Ma note11%
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