Cyprien
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L'annonce d'une comédie signée David Charhon, portée par Elie Semoun et épaulée, pour ajouter un peu de prestige, par Catherine Deneuve, avait de quoi susciter une certaine curiosité en ce début 2009. Après l'époque des « petites annonces » où le personnage de Cyprien apparaissait par éclipses, l'idée d'un long-métrage semblait fonctionner sur le papier : une variation contemporaine du conte de la métamorphose, un clin d'œil vaguement jekyllien, et une promesse de comédie « générationnelle » autour du monde geek, alors en plein essor médiatique. On pouvait imaginer au mieux une satire légère, au pire un aimable divertissement : rien qui ne laissait présager la sensation étrange qui traverse le spectateur dès les premières minutes.
L'histoire, pourtant, semble taillée pour une comédie efficace : Cyprien, 35 ans, responsable informatique dans un magazine de mode où il ne trouve ni place ni reconnaissance, perd son emploi puis découvre un déodorant magique capable de le transformer en séducteur irrésistible. Le film déroule ainsi, avec une rigueur appliquée, l'opposition entre le geek mal dans sa peau et le beau gosse triomphant, entre le cybercafé et les soirées branchées, entre les potes passionnés de jeux en réseau et le monde superficiel du magazine Dress Code. Une mécanique simple, lisible, pensée pour alterner références pop, romance, rivalités professionnelles et morale finale.
Mais c'est précisément dans ce déroulé apparent que surgit la faiblesse principale : le scénario ne parvient jamais à trouver une cohérence interne, ni à dépasser la succession de clichés qu'il recycle avec une persévérance désarmante. Chaque scène semble écrite pour confirmer les stéréotypes les plus usés sur les geeks : lunettes épaisses, pizza froide, LAN approximatives et jargon informatique déclamé comme on récite un manuel de secourisme. Les dialogues multipliant les pseudo-termes techniques, jusqu'à cette réplique surréaliste évoquant une clef USB branchée sur un disque dur « en mode sans échec », donnent l'impression d'un univers observé de loin, à travers une vitre dépolie. Il aurait suffi de se documenter un minimum, ou d'appeler un consultant connaissant réellement l'usage d'un clavier, pour éviter ces contresens à répétition. Le film essaie parfois de s'en libérer ; il n'y parvient jamais réellement.
Les personnages eux-mêmes restent prisonniers de ces carcans. Cyprien n'existe que par sa timidité maladive, son obsession pour l'informatique, et cette transformation magique dont il n'est finalement pas vraiment acteur. Son entourage fonctionne comme une galerie de figures figées : les amis de LAN définis uniquement par leurs tics sociaux, les collègues du magazine caricaturés à l'extrême, la hiérarchie réduite à une fonction narrative et non à une personnalité. Nul développement, nul approfondissement psychologique : tout avance en ligne droite, comme si les personnages étaient contraints de rejoindre un point d'arrivée sans jamais pouvoir s'égarer. Même le moment d'émotion, musique douce et marche solitaire, semble plaqué là pour satisfaire une obligation dramaturgique.
Le film prétend aborder des thèmes contemporains, comme la marginalité, l'image de soi, la superficialité du monde de la mode, la valorisation des passions, mais les traite avec une naïveté telle que tout message s'effondre avant même d'avoir été formulé. Le propos aurait pu questionner la représentation sociale du geek à une époque où cette figure commençait enfin à être nuancée dans les médias ; il préfère au contraire l'écraser sous une avalanche de gags faciles. L'idée d'une double identité, hommage lointain au récit de transformation, aurait pu devenir le moteur d'une réflexion légère, mais réelle, sur l'acceptation de soi. Le film se contente d'affirmer qu'un pschitt de déodorant règle tout. La fable tourne court.
Sur le plan de la mise en scène, rien ne vient rattraper cet ensemble. La réalisation reste fonctionnelle, parfois télévisuelle, sans réel regard sur les espaces qu'elle filme. Le monde du magazine n'a ni éclat ni stylisation ; celui du cybercafé manque de crédibilité jusque dans les détails les plus simples, comme la manière de tenir une souris ou de jouer à un FPS. Visuellement, le film ne propose ni identité, ni audace, ni même un minimum de cohérence esthétique. La bande-son, signée Jean-Benoît Dunckel du groupe Air, aurait pu introduire une atmosphère singulière ; elle se contente d'accompagner les séquences sans jamais les transcender.
Reste le jeu des acteurs, et là encore, la gêne domine. Elie Semoun tente de donner vie à un rôle qui le réduit à une silhouette maladroite, héritée d'un sketch qu'on étire jusqu'à l'épuisement. Léa Drucker et Laurent Stocker font ce qu'ils peuvent avec des partitions trop prévisibles pour offrir la moindre nuance. Quant à Catherine Deneuve, sa présence intrigue plus qu'elle ne convainc : on peine à voir ce qui l'a attirée vers un projet aussi étriqué, si ce n'est une parenthèse alimentaire ou une aventure qu'on préférera évoquer à voix basse. Même les seconds rôles, souvent talentueux ailleurs, semblent condamnés à suivre une ligne qui ne leur permet jamais d'exister.
Au final, l'impression laissée par Cyprien tient d'un étrange mélange entre frustration et apathie : une comédie qui semble avoir voulu embrasser un sujet contemporain sans en comprendre les codes, un film qui tente de divertir mais retombe sans cesse dans des zones de confort épuisées depuis longtemps. Quelques spectateurs trouveront peut-être un plaisir coupable dans ce délire poussé au dix-huitième degré, mais la plupart ressentiront ce sentiment de néant qui s'installe lorsque l'on contemple une œuvre persuadée de parler d'un univers qu'elle ne connaît pas.
L'histoire, pourtant, semble taillée pour une comédie efficace : Cyprien, 35 ans, responsable informatique dans un magazine de mode où il ne trouve ni place ni reconnaissance, perd son emploi puis découvre un déodorant magique capable de le transformer en séducteur irrésistible. Le film déroule ainsi, avec une rigueur appliquée, l'opposition entre le geek mal dans sa peau et le beau gosse triomphant, entre le cybercafé et les soirées branchées, entre les potes passionnés de jeux en réseau et le monde superficiel du magazine Dress Code. Une mécanique simple, lisible, pensée pour alterner références pop, romance, rivalités professionnelles et morale finale.
Mais c'est précisément dans ce déroulé apparent que surgit la faiblesse principale : le scénario ne parvient jamais à trouver une cohérence interne, ni à dépasser la succession de clichés qu'il recycle avec une persévérance désarmante. Chaque scène semble écrite pour confirmer les stéréotypes les plus usés sur les geeks : lunettes épaisses, pizza froide, LAN approximatives et jargon informatique déclamé comme on récite un manuel de secourisme. Les dialogues multipliant les pseudo-termes techniques, jusqu'à cette réplique surréaliste évoquant une clef USB branchée sur un disque dur « en mode sans échec », donnent l'impression d'un univers observé de loin, à travers une vitre dépolie. Il aurait suffi de se documenter un minimum, ou d'appeler un consultant connaissant réellement l'usage d'un clavier, pour éviter ces contresens à répétition. Le film essaie parfois de s'en libérer ; il n'y parvient jamais réellement.
Les personnages eux-mêmes restent prisonniers de ces carcans. Cyprien n'existe que par sa timidité maladive, son obsession pour l'informatique, et cette transformation magique dont il n'est finalement pas vraiment acteur. Son entourage fonctionne comme une galerie de figures figées : les amis de LAN définis uniquement par leurs tics sociaux, les collègues du magazine caricaturés à l'extrême, la hiérarchie réduite à une fonction narrative et non à une personnalité. Nul développement, nul approfondissement psychologique : tout avance en ligne droite, comme si les personnages étaient contraints de rejoindre un point d'arrivée sans jamais pouvoir s'égarer. Même le moment d'émotion, musique douce et marche solitaire, semble plaqué là pour satisfaire une obligation dramaturgique.
Le film prétend aborder des thèmes contemporains, comme la marginalité, l'image de soi, la superficialité du monde de la mode, la valorisation des passions, mais les traite avec une naïveté telle que tout message s'effondre avant même d'avoir été formulé. Le propos aurait pu questionner la représentation sociale du geek à une époque où cette figure commençait enfin à être nuancée dans les médias ; il préfère au contraire l'écraser sous une avalanche de gags faciles. L'idée d'une double identité, hommage lointain au récit de transformation, aurait pu devenir le moteur d'une réflexion légère, mais réelle, sur l'acceptation de soi. Le film se contente d'affirmer qu'un pschitt de déodorant règle tout. La fable tourne court.
Sur le plan de la mise en scène, rien ne vient rattraper cet ensemble. La réalisation reste fonctionnelle, parfois télévisuelle, sans réel regard sur les espaces qu'elle filme. Le monde du magazine n'a ni éclat ni stylisation ; celui du cybercafé manque de crédibilité jusque dans les détails les plus simples, comme la manière de tenir une souris ou de jouer à un FPS. Visuellement, le film ne propose ni identité, ni audace, ni même un minimum de cohérence esthétique. La bande-son, signée Jean-Benoît Dunckel du groupe Air, aurait pu introduire une atmosphère singulière ; elle se contente d'accompagner les séquences sans jamais les transcender.
Reste le jeu des acteurs, et là encore, la gêne domine. Elie Semoun tente de donner vie à un rôle qui le réduit à une silhouette maladroite, héritée d'un sketch qu'on étire jusqu'à l'épuisement. Léa Drucker et Laurent Stocker font ce qu'ils peuvent avec des partitions trop prévisibles pour offrir la moindre nuance. Quant à Catherine Deneuve, sa présence intrigue plus qu'elle ne convainc : on peine à voir ce qui l'a attirée vers un projet aussi étriqué, si ce n'est une parenthèse alimentaire ou une aventure qu'on préférera évoquer à voix basse. Même les seconds rôles, souvent talentueux ailleurs, semblent condamnés à suivre une ligne qui ne leur permet jamais d'exister.
Au final, l'impression laissée par Cyprien tient d'un étrange mélange entre frustration et apathie : une comédie qui semble avoir voulu embrasser un sujet contemporain sans en comprendre les codes, un film qui tente de divertir mais retombe sans cesse dans des zones de confort épuisées depuis longtemps. Quelques spectateurs trouveront peut-être un plaisir coupable dans ce délire poussé au dix-huitième degré, mais la plupart ressentiront ce sentiment de néant qui s'installe lorsque l'on contemple une œuvre persuadée de parler d'un univers qu'elle ne connaît pas.
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