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· Julien   Lepage

Dragon ball GT : cent ans après
Osamu Kasai
1997

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Illustration de critique : Dragon ball GT : cent ans après
Téléfilm diffusé en 1997, réalisé par Osamu Kasai et porté par l'inusable voix de Masako Nozawa, cette conclusion marginale de Dragon ball GT débarque avec une drôle d'aura. À l'époque, la série avait déjà divisé une large partie du public, et l'annonce d'un épilogue situé cent ans dans le futur promettait un geste définitif : un adieu, un bilan, une tentative de tout refermer. Le simple fait de revoir Pan, très âgée, dans un monde où tous les héros de jadis ont disparu, éveillait une curiosité sincère. L'attente n'était pas frénétique, mais réelle : que reste-t-il de Dragon ball quand on enlève tout ce que les fans croient indispensable ?

L'histoire suit donc Goku Jr., gamin maladroit qui vit la légende familiale comme une vieille ombre pesante plus qu'un héritage glorieux. Quand Pan s'effondre, l'enfant panique, attrape son sac, et se met en tête de retrouver les dragon balls pour la sauver. Voilà le cœur du récit : une quête à l'échelle d'un enfant qui n'a aucune idée de l'univers dont il porte le nom, mais qui s'y jette avec une sincérité désarmante. Le téléfilm multiplie les péripéties : l'école où il se fait harceler, les forêts hostiles, la fameuse attaque de l'ours qui tente de lui voler la boule à quatre étoiles, et l'arrivée d'un compagnon de route inattendu. Chaque obstacle rejoue, en miniature, le mythe de Son Goku… mais sous une forme plus fragile, plus vacillante, presqu'inversée.

Le scénario fonctionne comme une réincarnation low-cost de la saga originelle. Volontairement, ou faute de mieux, difficile à dire. On reconnaît la structure du « voyage initiatique », mais tout paraît plus étriqué : moins de lieu, moins de souffle, moins de folie. Pourtant, au milieu de cette modestie un peu terne, il y a quelques fulgurances. La façon dont le film montre la solitude héroïque de Goku Jr. rappelle certains passages perdus de l'ère Dragon ball Z où la détermination comptait davantage que la puissance. Le problème, c'est que chaque bonne idée arrive entourée de clichés gros comme une transformation en Super Saiyan : méchants génériques, retournements faciles, morale appuyée. L'ensemble oscille sans cesse entre sincérité touchante et maladresse narrative.

Les personnages, eux, servent avant tout de vecteurs symboliques. Goku Jr. n'est pas un héros : c'est un enfant qui lutte contre sa propre peur, ce qui pourrait être beau si le film prenait vraiment le temps de creuser ses émotions plutôt que de les cocher. Pan aurait pu devenir un pont puissant entre les trois générations de Son, mais elle passe la majorité du récit hors-champ, réduite à un prétexte dramatique. Quant à Son Goku lui-même, son apparition finale, quasi mystique, vise clairement à déclencher un frisson. Ce n'est pas détestable, mais l'effet reste mécanique : c'est l'émotion programmée d'un fanservice qui sait très bien ce qu'il déclenche, mais pas forcément ce qu'il raconte.

Le téléfilm martèle un message simple : le courage se transmet, mais ne s'hérite pas. Le passé n'est qu'une lumière lointaine ; l'important, c'est la façon dont on en fait une force. Cette idée, honnête et lisible, aurait pu donner une véritable conclusion philosophique au monde de Dragon ball. Malheureusement, le traitement reste scolaire, enfonçant les portes ouvertes sans jamais pousser la réflexion plus loin. En 2017, cette volonté d'épilogue sentimental évoque presque les « final specials » que les séries américaines aiment sortir pour recoller des morceaux ; sauf qu'ici, les morceaux tiennent plus du symbole que du propos.

Visuellement, le téléfilm porte clairement sa nature de programme TV : animation limitée, arrière-plans souvent vides, direction trop sage. Pas de folie graphique, pas d'ambition formelle. Certaines scènes fonctionnent mieux (l'exploration de la forêt, la confrontation avec l'ours), mais on reste globalement en deçà de ce que la franchise a pu offrir, même dans ses épisodes mineurs. La bande-son, elle, se contente de recycler des atmosphères déjà entendues, sans tenter une identité propre. On sent que le projet a été produit en marge, diffusé entre deux épisodes de GT, comme un bonus davantage qu'une pièce centrale.

Les performances vocales sont solides, évidemment : difficile d'en attendre moins de Masako Nozawa, qui peut doubler la famille Son au complet dans son sommeil. Elle donne une vraie fragilité à Goku Jr., même si le personnage n'a pas assez de matière pour briller. Yuko Minaguchi rend Pan émouvante malgré son temps d'écran famélique. Le reste du casting fait ce qu'il peut avec des rôles très fonctionnels. Rien de honteux, rien de remarquable.

Au final, ce « cent ans après » laisse un goût partagé : un geste d'adieu qui veut toucher mais qui manque de souffle, un hommage qui veut émouvoir, mais qui oublie parfois d'exister par lui-même. Un objet curieux, sincère par endroits, un peu fade par d'autres, qui intéressera les complétistes et les nostalgiques plus que les amateurs d'animation ambitieuse.
Ma note39%
Vu le 20 Mai 2017


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