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· Julien   Lepage

Dragon ball Z : attaque super warrior !
Yoshihiro Ueda
1994

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Illustration de critique : Dragon ball Z : attaque super warrior !
Sorti en 1994, en plein âge d'or industriel de Dragon ball Z, ce long-métrage réalisé par Yoshihiro Ueda arrive à un moment un peu étrange. La série télé est alors sur la fin au Japon, les films s'enchaînent à un rythme quasi mécanique, et le public commence à sentir que la machine tourne toute seule. Pourtant, sur le papier, l'idée intrigue : remettre Broly en jeu, mais autrement. Après deux films centrés sur la surenchère de puissance, l'attente est là, mêlée d'un léger doute. Est-ce qu'on tient enfin un contre-pied malin, ou juste une variation de plus ?

L'histoire démarre sur une note presque parodique. Jaguar, caricature de rival rancunier, veut se venger de Mr Satan, héros médiatique aussi lâche qu'increvable. Pour ça, il finance un laboratoire improbable où des scientifiques bricolent des guerriers issus de la bio-technologie. C-18, accompagnée de Trunks et Son Goten, vient prêter main-forte à Mr Satan, et tout bascule lorsque surgit la « surprise » du programme : Broly, ressuscité sous forme d'une créature instable, dégoulinante, à mi-chemin entre le clone raté et le monstre de film d'horreur fauché. Le décor est planté : une île industrielle, des cuves, de la boue, et un affrontement qui sent la fin de chaîne.

Le scénario, lui, donne l'impression d'avoir été écrit avec un chronomètre posé sur la table. L'idée de transformer Broly en arme biologique est pourtant loin d'être idiote. On est en plein dans les années 90, époque où l'animation japonaise flirte volontiers avec le body horror, l'expérimentation scientifique et les dérives de la technologie. Le problème, c'est que le film n'exploite jamais vraiment ce filon. Tout va trop vite, tout est trop simple. Les enjeux sont expédiés, les situations se répètent, et la promesse d'un Broly différent se dissout littéralement dans la boue. À force de vouloir faire court et efficace, le récit finit par ressembler à un épisode un peu étiré, sans la montée en tension qui faisait la force des arcs majeurs de la série.

Le choix des personnages est sans doute l'aspect le plus intéressant… et le plus frustrant. Mettre Mr Satan au centre du film est un pari audacieux. Il occupe ici une place inhabituelle, oscillant entre ressort comique et figure presque tragique de la célébrité dépassée par ce qu'elle incarne. C-18 gagne un peu de visibilité, ce qui est toujours appréciable, mais reste cantonnée à un rôle très fonctionnel. Trunks et Son Goten apportent une énergie juvénile qui fonctionne par moments, et agace à d'autres. Quant à Broly, c'est là que le bât blesse vraiment : vidé de son charisme, privé de parole et de personnalité, il devient un simple obstacle visqueux, loin du mythe brutal et hypnotique introduit dans les films précédents.

Thématiquement, le film effleure des idées intéressantes sans jamais s'y attarder. La science incontrôlée, la fabrication artificielle de la puissance, la vacuité de la gloire incarnée par Mr Satan… tout est là, mais traité à la va-vite. Même la question de l'héritage de la violence, pourtant centrale autour de Broly, est réduite à un prétexte. On sent que le cahier des charges prime sur l'envie de raconter quelque chose. À titre d'anecdote, ce film est souvent cité au Japon comme l'un des plus faibles de la saga cinématographique, au point que certains fans le surnomment encore aujourd'hui « le film de la boue ». Ce n'est pas un hasard.

La réalisation de Yoshihiro Ueda est correcte, sans plus. L'animation alterne entre passages solides et séquences clairement en dessous du standard habituel de la franchise. Le choix d'un environnement industriel sombre tranche avec les décors plus exotiques des autres films, mais finit par lasser faute de variété. La musique de Shunsuke Kikuchi, composée en grande partie de thèmes déjà connus, assure l'ambiance sans jamais créer de moment vraiment marquant. À noter d'ailleurs qu'une petite censure a touché certaines versions occidentales, notamment en France, où un gag jugé déplacé a été coupé, preuve que même l'humour n'était pas toujours assumé jusqu'au bout.

Les performances vocales, elles, restent professionnelles. Les voix emblématiques de la série font le travail, mais sans éclat particulier. Mr Satan est volontairement excessif, parfois drôle, parfois épuisant. Les autres personnages sont solides, mais on est loin de la puissance dramatique entendue dans des films plus inspirés comme Fusions ou L'attaque du dragon, où l'émotion et le spectacle se rejoignaient réellement.

Au bout du compte, Dragon ball Z : attaque super warrior ! ressemble à une curiosité un peu bancale. Pas totalement raté, mais jamais vraiment réussi non plus. Il tente de faire autre chose, ose déplacer le projecteur vers des personnages secondaires et une ambiance plus glauque, mais n'a ni le temps ni l'ambition d'aller au bout de ses idées. On y trouve quelques moments amusants, quelques choix étranges qui nourrissent les discussions entre fans, et beaucoup de frustration. Pour qui veut explorer les marges de Dragon ball Z, le détour peut se justifier, mais pour retrouver le souffle épique et la démesure qui ont fait la légende de la saga, mieux vaut clairement regarder ailleurs.
Ma note39%
Vu le 13 Novembre 2016


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