Dragon ball Z : la menace de Namek
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Mars 1991. Pendant que le monde entier a les yeux rivés sur la guerre du Golfe, la Toei Animation, elle, a les yeux rivés sur les recettes de ses Toei Anime Fairs, ces grandes foires annuelles où l'on projetait aux gamins japonais surexcités des films d'animation flambant neufs. C'est dans ce contexte bien particulier que Mitsuo Hashimoto (le même qui venait de signer l'excellent spécial Baddack contre Freezer quelques mois plus tôt, se retrouve aux commandes du quatrième film Dragon ball Z, avec les voix historiques de Masako Nozawa et Toshio Furukawa. Sur le papier, la combinaison a de quoi faire saliver. Dans les faits, c'est une autre histoire.
La menace de Namek, c'est donc l'histoire d'une comète qui fonce sur la Terre — enfin, d'un vaisseau spatial déguisé en comète, nuance — à bord duquel se trouve Slug, un vieux Namek maléfique qui veut rassembler les dragon balls pour retrouver sa jeunesse. Ce qu'il fait, d'ailleurs, à une vitesse qui laisserait pantois n'importe quel scénariste sérieux : en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « kamehameha », les boules de cristal sont réunies, le vœu est exaucé, et notre gérontocrate vert a retrouvé ses jambes de vingt ans. S'ensuit un plan aussi ambitieux que biscornu (transformer la Terre en planète glaciale pour en faire un vaisseau interstellaire personnel) avant que Gokū, Piccolo, Gohan et le sempiternel Krilin ne viennent gâcher la fête.
Le problème du scénario, c'est qu'il sent le réchauffé à plein nez. Takao Koyama, scénariste attitré de la franchise depuis À la poursuite de Garlic, livre ici un script qui ressemble à un copier-coller du Combat fratricide, le film précédent : alien envahisseur, Terre menacée, Gokū sauve tout le monde. Pire : Slug est lui-même un calque presque parfait du Grand Démon Piccolo du Dragon ball original : un Namek vieillissant qui utilise les dragon balls pour rajeunir et terrorise ensuite les alentours. Le recyclage n'est même pas camouflé. On aurait pu lui pardonner si le film apportait quelque chose de nouveau dans ses thématiques ou sa narration, mais la seule vraie « trouvaille » du script, c'est la faiblesse des Nameks face au sifflement. Ce qui semblait être un détail pittoresque posé dans la scène d'ouverture (une petite danse comique entre Gohan et son dragon Haiya) devient le pivot central du dénouement. Slug, présenté comme un être « plus puissant que Freezer », est mis à genoux par un gamin qui siffle. Difficile de ne pas avoir l'impression que l'équipe a un peu manqué d'inspiration ce jour-là.
Côté personnages, le film souffre d'un mal chronique à Dragon ball Z : les seconds couteaux existent pour perdre, et perdre seulement. Yamcha, Tenshinhan, Chaozu ? Présents au générique, absents à l'écran. Chichi se bat brièvement — moment rare et presque touchant — avant d'être neutralisée d'un revers de main. Krilin encaisse. Piccolo s'en sort mieux, notamment dans une scène où il se déchire lui-même les oreilles pour ne pas entendre le sifflement de Gohan ; moment de bravoure absurde et mémorable qui résume assez bien le film dans son ensemble. Quant à Slug lui-même, malgré une silhouette imposante et un passé de « Super Namek » censé le placer hors catégorie, il ne parvient jamais à dégager la présence d'un vrai grand méchant. Il vocifère, grossit, et finit empailé par un Goku qui a eu soudainement une illumination. Rien d'inoubliable.
Il y a pourtant, derrière ce désordre scénaristique, quelques velléités thématiques intéressantes. Le film effleure le rapport entre le peuple Namek et sa propre mythologie : les « Super Nameks », êtres mutants bannis de leur planète pour excès de pouvoir, une idée qui aurait mérité un développement sérieux. On pense fugacement à ce que John Carpenter faisait avec les envahisseurs dans The thing : l'autre venu de l'espace comme miroir sombre d'une espèce que l'on pensait connaître. Ici, l'ambiguïté de Piccolo, Namek lui aussi, face à l'un des siens devenu tyran, aurait pu être une vraie matière dramatique. Mais le film n'a ni le temps ni l'envie d'y aller : il est bouclé en moins de cinquante minutes, Toei Anime Fair oblige. Ce cadre industriel (deux films par an, conçus pour remplir des salles pendant quelques semaines) explique beaucoup. Pas tout, mais beaucoup.
Techniquement, Hashimoto livre un film honnête sans être brillant. L'animation est correcte pour l'époque, parfois même soignée lors du combat final (le sol qui tremble, les impacts qui claquent, la transformation de Gokū en quelque chose d'indéfini et d'un peu étrange). Car le film recèle une curiosité visuelle méconnue : le titre japonais original « Son Gokū le Super Saiyan » annonce une transformation qui n'aura jamais lieu vraiment. Toriyama n'avait pas encore dessiné la scène de la transformation dans le manga au moment où le script a été écrit, si bien que la Toei a inventé sa propre version (une aura jaunâtre, des yeux entièrement blancs) qui ne ressemble à rien de ce que la saga montrera ensuite. Une forme fantôme, disparue aussitôt qu'apparue, que les jeux vidéo reprenant ce film ont systématiquement remplacée par la vraie transformation. La bande-son japonaise originale est dans la continuité de la série, efficace et sans surprise. La version américaine, sortie dix ans plus tard en 2001, a quant à elle opté pour un soundtrack nu-metal (du Disturbed, du Papa Roach) qui transforme le film en capsule temporelle involontairement comique.
Masako Nozawa, qui prête sa voix à Gokū et Gohan depuis les origines, fait ce qu'elle a toujours fait avec un professionnalisme irréprochable : incarner deux personnages aux tempéraments radicalement différents avec la même voix sans jamais les confondre, exploit technique qu'on ne lui reconnaît pas assez souvent. Toshio Furukawa en Piccolo apporte l'autorité sèche et froide que le personnage exige : il sauve quelques scènes par sa seule diction. Kenji Utsumi, à qui revient la charge de donner une voix à Slug, peine à rendre le personnage réellement menaçant malgré une tessiture grave et imposante… la faute moins à lui qu'à un texte qui ne lui offre aucune profondeur à creuser.
La menace de Namek est le genre de film qu'on regarde en attendant quelque chose de mieux, et qui nous rappelle que l'attente est parfois la meilleure partie du spectacle. Il y a bien quelques fulgurances (la scène des oreilles, le chaos visuel de l'assaut final), mais elles flottent dans un ensemble trop mince, trop pressé, trop peu ambitieux pour laisser une empreinte durable.
La menace de Namek, c'est donc l'histoire d'une comète qui fonce sur la Terre — enfin, d'un vaisseau spatial déguisé en comète, nuance — à bord duquel se trouve Slug, un vieux Namek maléfique qui veut rassembler les dragon balls pour retrouver sa jeunesse. Ce qu'il fait, d'ailleurs, à une vitesse qui laisserait pantois n'importe quel scénariste sérieux : en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « kamehameha », les boules de cristal sont réunies, le vœu est exaucé, et notre gérontocrate vert a retrouvé ses jambes de vingt ans. S'ensuit un plan aussi ambitieux que biscornu (transformer la Terre en planète glaciale pour en faire un vaisseau interstellaire personnel) avant que Gokū, Piccolo, Gohan et le sempiternel Krilin ne viennent gâcher la fête.
Le problème du scénario, c'est qu'il sent le réchauffé à plein nez. Takao Koyama, scénariste attitré de la franchise depuis À la poursuite de Garlic, livre ici un script qui ressemble à un copier-coller du Combat fratricide, le film précédent : alien envahisseur, Terre menacée, Gokū sauve tout le monde. Pire : Slug est lui-même un calque presque parfait du Grand Démon Piccolo du Dragon ball original : un Namek vieillissant qui utilise les dragon balls pour rajeunir et terrorise ensuite les alentours. Le recyclage n'est même pas camouflé. On aurait pu lui pardonner si le film apportait quelque chose de nouveau dans ses thématiques ou sa narration, mais la seule vraie « trouvaille » du script, c'est la faiblesse des Nameks face au sifflement. Ce qui semblait être un détail pittoresque posé dans la scène d'ouverture (une petite danse comique entre Gohan et son dragon Haiya) devient le pivot central du dénouement. Slug, présenté comme un être « plus puissant que Freezer », est mis à genoux par un gamin qui siffle. Difficile de ne pas avoir l'impression que l'équipe a un peu manqué d'inspiration ce jour-là.
Côté personnages, le film souffre d'un mal chronique à Dragon ball Z : les seconds couteaux existent pour perdre, et perdre seulement. Yamcha, Tenshinhan, Chaozu ? Présents au générique, absents à l'écran. Chichi se bat brièvement — moment rare et presque touchant — avant d'être neutralisée d'un revers de main. Krilin encaisse. Piccolo s'en sort mieux, notamment dans une scène où il se déchire lui-même les oreilles pour ne pas entendre le sifflement de Gohan ; moment de bravoure absurde et mémorable qui résume assez bien le film dans son ensemble. Quant à Slug lui-même, malgré une silhouette imposante et un passé de « Super Namek » censé le placer hors catégorie, il ne parvient jamais à dégager la présence d'un vrai grand méchant. Il vocifère, grossit, et finit empailé par un Goku qui a eu soudainement une illumination. Rien d'inoubliable.
Il y a pourtant, derrière ce désordre scénaristique, quelques velléités thématiques intéressantes. Le film effleure le rapport entre le peuple Namek et sa propre mythologie : les « Super Nameks », êtres mutants bannis de leur planète pour excès de pouvoir, une idée qui aurait mérité un développement sérieux. On pense fugacement à ce que John Carpenter faisait avec les envahisseurs dans The thing : l'autre venu de l'espace comme miroir sombre d'une espèce que l'on pensait connaître. Ici, l'ambiguïté de Piccolo, Namek lui aussi, face à l'un des siens devenu tyran, aurait pu être une vraie matière dramatique. Mais le film n'a ni le temps ni l'envie d'y aller : il est bouclé en moins de cinquante minutes, Toei Anime Fair oblige. Ce cadre industriel (deux films par an, conçus pour remplir des salles pendant quelques semaines) explique beaucoup. Pas tout, mais beaucoup.
Techniquement, Hashimoto livre un film honnête sans être brillant. L'animation est correcte pour l'époque, parfois même soignée lors du combat final (le sol qui tremble, les impacts qui claquent, la transformation de Gokū en quelque chose d'indéfini et d'un peu étrange). Car le film recèle une curiosité visuelle méconnue : le titre japonais original « Son Gokū le Super Saiyan » annonce une transformation qui n'aura jamais lieu vraiment. Toriyama n'avait pas encore dessiné la scène de la transformation dans le manga au moment où le script a été écrit, si bien que la Toei a inventé sa propre version (une aura jaunâtre, des yeux entièrement blancs) qui ne ressemble à rien de ce que la saga montrera ensuite. Une forme fantôme, disparue aussitôt qu'apparue, que les jeux vidéo reprenant ce film ont systématiquement remplacée par la vraie transformation. La bande-son japonaise originale est dans la continuité de la série, efficace et sans surprise. La version américaine, sortie dix ans plus tard en 2001, a quant à elle opté pour un soundtrack nu-metal (du Disturbed, du Papa Roach) qui transforme le film en capsule temporelle involontairement comique.
Masako Nozawa, qui prête sa voix à Gokū et Gohan depuis les origines, fait ce qu'elle a toujours fait avec un professionnalisme irréprochable : incarner deux personnages aux tempéraments radicalement différents avec la même voix sans jamais les confondre, exploit technique qu'on ne lui reconnaît pas assez souvent. Toshio Furukawa en Piccolo apporte l'autorité sèche et froide que le personnage exige : il sauve quelques scènes par sa seule diction. Kenji Utsumi, à qui revient la charge de donner une voix à Slug, peine à rendre le personnage réellement menaçant malgré une tessiture grave et imposante… la faute moins à lui qu'à un texte qui ne lui offre aucune profondeur à creuser.
La menace de Namek est le genre de film qu'on regarde en attendant quelque chose de mieux, et qui nous rappelle que l'attente est parfois la meilleure partie du spectacle. Il y a bien quelques fulgurances (la scène des oreilles, le chaos visuel de l'assaut final), mais elles flottent dans un ensemble trop mince, trop pressé, trop peu ambitieux pour laisser une empreinte durable.
Ma note39%
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