Dragon ball Z : l'offensive des cyborgs
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Sept films en six ans, ça commence à faire beaucoup pour une franchise qui tourne en rond. L'offensive des cyborgs, septième OAV de la saga, réalisé par Daisuke Nishio et porté vocalement par la fidèle Masako Nozawa, est sorti en juillet 1992 dans le cadre de la Toeï Anime Fair, ce grand raout estival japonais où l'animation bon marché côtoyait les pop-corns. À l'époque, les enfants français ont dû attendre décembre 1994 pour le découvrir en VHS, deux bonnes années après leurs homologues japonais, à peu près le temps qu'il faut pour que l'attente se transforme en mythe. Sauf qu'ici, il n'y a pas vraiment de mythe. Il y a quarante-six minutes d'animation Toeï, une poignée de cyborgs, et beaucoup de ki.
L'histoire, écrite par Takao Koyama sur un concept validé par Akira Toriyama, tient sur un ticket de métro. Quelque temps après la mort du docteur Gero, l'ordinateur de sa base secrète décide de libérer trois androïdes qu'il avait gardés en réserve : C-14, C-15, et surtout C-13, leur leader, tous trois programmés pour une seule mission : éliminer Son Gokū. Les voilà qui débarquent en pleine ville, interrompant une sortie shopping de Gokū et Chi-Chi ; ce qui, avouons-le, est une façon assez originale de commencer un film d'action. S'ensuit une série de combats qui emmène le groupe vers les étendues glacées du Grand Nord, où C-13, après avoir absorbé les composants de ses deux camarades détruits, se transforme en super-androïde pour affronter les trois Super Saiyans réunis.
C'est là que le film montre ses deux visages. D'un côté, il y a une vraie énergie dans cette structure en escalier : on part du brouhaha urbain, on monte en puissance, on arrive à un final spectaculaire dans la neige. De l'autre, le scénario est d'une pauvreté qui frise le minimalisme revendiqué. Koyama fait ce qu'il sait faire : aligner les séquences de combat en resserrant au maximum tout ce qui pourrait ralentir le rythme. Mais ça signifie aussi qu'on ne s'attarde jamais sur rien. Pourquoi ces trois androïdes précisément ? Pourquoi maintenant ? D'où sortent-ils dans la continuité narrative ? À ces questions, le film oppose un silence poli. Et d'ailleurs, si l'on tente d'intégrer cet OAV dans la chronologie de la série, on s'aperçoit qu'il est pour ainsi dire impossible à caser : Gokū est guéri de sa maladie cardiaque, Trunks est là avec sa coupe courte, mais Gohan n'est pas encore Super Saiyan : trois conditions qui ne se produisent jamais simultanément dans l'œuvre originale. La solution la plus élégante consiste à admettre que tout ça se passe dans une ligne temporelle parallèle, ce qui est une façon sophistiquée de dire que le film se déroule dans un univers où les règles ne s'appliquent pas vraiment. Un peu comme certains films de Michael Bay, mais en moins cher.
Les personnages, eux, obéissent à une loi d'airain des OAV Toeï : les héros secondaires existent pour se faire rosser. Piccolo, Krilin, Gohan : tous présents, tous rapidement mis hors jeu pour que le trio central puisse occuper le devant de la scène. Ce trio, justement, mérite attention : c'est la première fois dans les films que Gokū, Vegeta et Trunks combattent ensemble, et c'est aussi la première apparition de Trunks dans un OAV. Sur le papier, c'est excitant. Dans les faits, Vegeta et Trunks font office de faire-valoir propres, car Gokū finira seul à porter le dénouement sur ses épaules, comme toujours. Quant à C-13, le grand méchant, il est tout entier défini par sa haine de Goku : sans passé, sans profondeur, sans la moindre ligne de dialogue qui donne envie de s'y intéresser. Dans un genre où Freezer avait su incarner une vraie menace avec une vraie présence, C-13 fait pâle figure. Ce qui ne veut pas dire que le film n'a rien à dire. Sous les couches de combats, il y a quelque chose d'intéressant dans cette idée d'un scientifique mort qui continue à agir via sa machine, une sorte de testament technologique morbide. Toriyama a toujours eu un rapport ambivalent à la science dans Dragon Ball : à la fois source de menace et de fascination. Et l'image d'un ordinateur qui perpétue la haine de son créateur a quelque chose de presque philosophique, si l'on veut bien tirer un peu sur le fil. En 1992, au moment où le Japon était encore en pleine bulle techno-économique, cette méfiance vis-à-vis de la machine autonome résonnait différemment qu'aujourd'hui. Ça ne sauve pas le scénario, mais ça lui donne une couche de sens qu'on n'est pas obligé d'ignorer.
Techniquement, le film est à la hauteur des standards de la Toeï de l'époque, ce qui veut dire qu'il est correct sans être éblouissant. L'animation des combats est fluide et les chorégraphies sont bien construites, avec quelques séquences vraiment dynamiques, notamment l'attaque initiale en ville, qui a du mordant. La direction artistique joue intelligemment sur les contrastes entre l'environnement urbain du début et le décor polaire du final. La musique de Shunsuke Kikuchi, fidèle à son style percussif et bruitiste, fait ce qu'elle a toujours fait : elle amplifie l'action sans jamais chercher à exister pour elle-même. La conclusion, où Gokū absorbe un Genkidama en restant en état Super Saiyan (ce qui contredit pourtant la logique établie par la série, puisque cette énergie universelle est censée être incompatible avec l'état Super Saiyan) est visuellement impressionnante, même si elle laisse un léger goût d'entourloupe narrative.
Les voix japonaises, menées par la grande Masako Nozawa dans le double rôle de Gokū et Gohan, font le travail avec le professionnalisme qu'on leur connaît depuis des années : Nozawa campe ce personnage depuis 1986 sans jamais donner l'impression de réciter. Toshio Furukawa (Piccolo) et Ryō Horikawa (Vegeta) assurent eux aussi, même si leurs personnages sont sous-exploités. À noter que le doublage anglais de Funimation, sorti en 2003, a pris la liberté assez savoureuse de donner à C-13 un accent de camionneur du Sud américain, transformant le personnage en quelque chose d'involontairement hilarant ; un choix qui n'a rien à voir avec l'original japonais mais qui est devenu culte dans la communauté anglophone.
Au bout du compte, L'offensive des cyborgs est un film qui accomplit ce pour quoi il a été conçu : offrir aux fans une dose estivale de Super Saiyans et d'explosions en quarante-six minutes chrono, sans prise de tête et sans prétention. C'est honnête dans sa paresse, rythmé dans son exécution, et parfaitement oubliable dans ses ambitions. On passe un bon moment, on referme le chapitre, et on n'y repense plus vraiment.
L'histoire, écrite par Takao Koyama sur un concept validé par Akira Toriyama, tient sur un ticket de métro. Quelque temps après la mort du docteur Gero, l'ordinateur de sa base secrète décide de libérer trois androïdes qu'il avait gardés en réserve : C-14, C-15, et surtout C-13, leur leader, tous trois programmés pour une seule mission : éliminer Son Gokū. Les voilà qui débarquent en pleine ville, interrompant une sortie shopping de Gokū et Chi-Chi ; ce qui, avouons-le, est une façon assez originale de commencer un film d'action. S'ensuit une série de combats qui emmène le groupe vers les étendues glacées du Grand Nord, où C-13, après avoir absorbé les composants de ses deux camarades détruits, se transforme en super-androïde pour affronter les trois Super Saiyans réunis.
C'est là que le film montre ses deux visages. D'un côté, il y a une vraie énergie dans cette structure en escalier : on part du brouhaha urbain, on monte en puissance, on arrive à un final spectaculaire dans la neige. De l'autre, le scénario est d'une pauvreté qui frise le minimalisme revendiqué. Koyama fait ce qu'il sait faire : aligner les séquences de combat en resserrant au maximum tout ce qui pourrait ralentir le rythme. Mais ça signifie aussi qu'on ne s'attarde jamais sur rien. Pourquoi ces trois androïdes précisément ? Pourquoi maintenant ? D'où sortent-ils dans la continuité narrative ? À ces questions, le film oppose un silence poli. Et d'ailleurs, si l'on tente d'intégrer cet OAV dans la chronologie de la série, on s'aperçoit qu'il est pour ainsi dire impossible à caser : Gokū est guéri de sa maladie cardiaque, Trunks est là avec sa coupe courte, mais Gohan n'est pas encore Super Saiyan : trois conditions qui ne se produisent jamais simultanément dans l'œuvre originale. La solution la plus élégante consiste à admettre que tout ça se passe dans une ligne temporelle parallèle, ce qui est une façon sophistiquée de dire que le film se déroule dans un univers où les règles ne s'appliquent pas vraiment. Un peu comme certains films de Michael Bay, mais en moins cher.
Les personnages, eux, obéissent à une loi d'airain des OAV Toeï : les héros secondaires existent pour se faire rosser. Piccolo, Krilin, Gohan : tous présents, tous rapidement mis hors jeu pour que le trio central puisse occuper le devant de la scène. Ce trio, justement, mérite attention : c'est la première fois dans les films que Gokū, Vegeta et Trunks combattent ensemble, et c'est aussi la première apparition de Trunks dans un OAV. Sur le papier, c'est excitant. Dans les faits, Vegeta et Trunks font office de faire-valoir propres, car Gokū finira seul à porter le dénouement sur ses épaules, comme toujours. Quant à C-13, le grand méchant, il est tout entier défini par sa haine de Goku : sans passé, sans profondeur, sans la moindre ligne de dialogue qui donne envie de s'y intéresser. Dans un genre où Freezer avait su incarner une vraie menace avec une vraie présence, C-13 fait pâle figure. Ce qui ne veut pas dire que le film n'a rien à dire. Sous les couches de combats, il y a quelque chose d'intéressant dans cette idée d'un scientifique mort qui continue à agir via sa machine, une sorte de testament technologique morbide. Toriyama a toujours eu un rapport ambivalent à la science dans Dragon Ball : à la fois source de menace et de fascination. Et l'image d'un ordinateur qui perpétue la haine de son créateur a quelque chose de presque philosophique, si l'on veut bien tirer un peu sur le fil. En 1992, au moment où le Japon était encore en pleine bulle techno-économique, cette méfiance vis-à-vis de la machine autonome résonnait différemment qu'aujourd'hui. Ça ne sauve pas le scénario, mais ça lui donne une couche de sens qu'on n'est pas obligé d'ignorer.
Techniquement, le film est à la hauteur des standards de la Toeï de l'époque, ce qui veut dire qu'il est correct sans être éblouissant. L'animation des combats est fluide et les chorégraphies sont bien construites, avec quelques séquences vraiment dynamiques, notamment l'attaque initiale en ville, qui a du mordant. La direction artistique joue intelligemment sur les contrastes entre l'environnement urbain du début et le décor polaire du final. La musique de Shunsuke Kikuchi, fidèle à son style percussif et bruitiste, fait ce qu'elle a toujours fait : elle amplifie l'action sans jamais chercher à exister pour elle-même. La conclusion, où Gokū absorbe un Genkidama en restant en état Super Saiyan (ce qui contredit pourtant la logique établie par la série, puisque cette énergie universelle est censée être incompatible avec l'état Super Saiyan) est visuellement impressionnante, même si elle laisse un léger goût d'entourloupe narrative.
Les voix japonaises, menées par la grande Masako Nozawa dans le double rôle de Gokū et Gohan, font le travail avec le professionnalisme qu'on leur connaît depuis des années : Nozawa campe ce personnage depuis 1986 sans jamais donner l'impression de réciter. Toshio Furukawa (Piccolo) et Ryō Horikawa (Vegeta) assurent eux aussi, même si leurs personnages sont sous-exploités. À noter que le doublage anglais de Funimation, sorti en 2003, a pris la liberté assez savoureuse de donner à C-13 un accent de camionneur du Sud américain, transformant le personnage en quelque chose d'involontairement hilarant ; un choix qui n'a rien à voir avec l'original japonais mais qui est devenu culte dans la communauté anglophone.
Au bout du compte, L'offensive des cyborgs est un film qui accomplit ce pour quoi il a été conçu : offrir aux fans une dose estivale de Super Saiyans et d'explosions en quarante-six minutes chrono, sans prise de tête et sans prétention. C'est honnête dans sa paresse, rythmé dans son exécution, et parfaitement oubliable dans ses ambitions. On passe un bon moment, on referme le chapitre, et on n'y repense plus vraiment.
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