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· Julien   Lepage

Dragon ball Z : la revanche de Cooler
Mitsuo Hashimoto
1991

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Illustration de critique : Dragon ball Z : la revanche de Cooler
Vingt-cinq ans après sa sortie dans les salles japonaises, le cinquième film d'animation de la saga Dragon ball Z réalisé par Mitsuo Hashimoto ressurgit dans ma mémoire comme ces vieilles cassettes VHS qu'on regardait en boucle un mercredi après-midi pluvieux. La revanche de Cooler avait tout pour séduire : un méchant inédit, la promesse d'un Super Saiyan en grande forme, et cette aura mystérieuse que les pochettes des OAV dégageaient à l'époque dans les magazines spécialisés. Mais voilà, les souvenirs d'enfance ont parfois la fâcheuse habitude de ne pas tenir leurs promesses.

L'histoire démarre sur une note connue : Gokū tente de convaincre Chichi d'autoriser une petite sortie camping avec Gohan, Krillin et Oolong. La vie paisible, le Soleil, les oiseaux. On connaît le refrain. Mais pendant ce temps, quelque part dans l'espace, Cooler, frère aîné de Freezer, apprend la mort de son cadet et décide de descendre sur Terre pour laver l'honneur familial dans le sang de Gokū. Il débarque avec son escadron blindé : Sauzer, Neizu et Dore, trois sbires dont les noms évoquent davantage une épicerie fine qu'une armée de conquérants interstellaires. Gokū est rapidement mis hors jeu, et c'est donc Piccolo, Gohan et Krillin qui vont devoir assurer l'intérim avant que le héros ne revienne en pleine forme pour le combat final.

Ce synopsis, il faut l'admettre, est à la fois le point fort et le talon d'Achille du film. D'un côté, Takao Koyama, scénariste attitré de ces productions annuelles, a eu la bonne idée de donner à Cooler une vraie motivation, là où les méchants des épisodes précédents n'étaient souvent que des faire-valoir sans épaisseur. L'ouverture du film le prouve : on voit Cooler observer depuis son vaisseau la destruction de la planète Végéta, puis refuser d'intercepter la capsule emportant le bébé Gokū vers la Terre. « Ce n'est pas mon problème, c'est celui de mon frère. ». Ce détail, qui sera son propre arrêt de mort des décennies plus tard, est une belle trouvaille narrative. De l'autre côté, le scénario reste prisonnier d'un schéma ultra-balisé : méchant arrive, héros encaisse, méchant se transforme, héros se transforme, méchant disparaît. On est loin de la tension dramatique d'un Terminator 2 ou même d'un épisode TV bien ficelé de la série.

Cooler lui-même est un personnage intéressant, mais sous-exploité. Son design — une version plus anguleuse et plus froide de Freezer avec une visière comme un casque samouraï — est visuellement réussi, et sa personnalité, plus calculatrice et moins hystérique que celle de son frère cadet, lui confère une présence certaine. Il se distingue aussi par une transformation supplémentaire, une quatrième forme que Freezer n'a jamais eue. Mais le film ne prend jamais vraiment le temps de creuser ce personnage au-delà de sa fonction de boss de fin. Son rapport à Freezer, ambigu, presque méprisant, aurait pu donner lieu à quelque chose de bien plus riche. On reste sur sa faim. Quant aux personnages secondaires, Piccolo s'en tire avec les honneurs : il bénéficie d'une scène de combat contre l'escadron blindé que les fans retiennent encore aujourd'hui. Krillin fait ce qu'il fait toujours : encaisser et se faire porter… Et Gohan est réduit au rôle de faire-valoir émotionnel.

Sous ses airs de film d'action pure, La revanche de Cooler effleure quelques thématiques intéressantes. L'honneur, la fierté dynastique, la responsabilité de ses actes : tout cela traverse le film en filigrane. Cooler ne vient pas sur Terre par amour fraternel : il y vient parce que laisser vivre Gokū était une erreur qui ternit la réputation de sa famille. C'est presque shakespearien, si l'on est indulgent. Il y a aussi cette idée que le vrai courage se mesure à la protection des autres (Piccolo se sacrifiant pour Gokū, Gohan traversant la forêt pour aller chercher des senzus chez Karin), mais le film l'aborde avec la profondeur d'un pudding instantané. Pour le contexte, rappelons que cette production a été réalisée en 1991, alors que la saga Namek n'était pas encore terminée dans la série télévisée. Cela explique l'absence totale du roi Cold et de Trunks dans le récit : deux personnages qui, à cette époque, existaient à peine pour le grand public. Le film navigue donc dans une chronologie parallèle, une réalité alternative dont la Toei était alors coutumière pour ces productions annuelles destinées à la Toei Anime Fair.

Sur le plan de la réalisation, Hashimoto livre une copie propre. L'animation est fluide, nettement supérieure à celle du film précédent La menace de Namek, et les chorégraphies de combat ont une dynamique satisfaisante. La musique de Shunsuke Kikuchi fait son travail avec efficacité (percussions dramatiques, montées en tension bien dosées) sans atteindre les sommets émotionnels qu'on pouvait trouver dans certains épisodes de la série TV. En France, nous avons découvert le film dans le doublage proposé par AK Vidéo en 1994, avec ses approximations habituelles mais son charme indéniable. Les Américains, eux, ont eu droit dans les années 2000 à une version FUNimation avec du rock américain en guise de bande-son ; une approche qui a ses défenseurs acharnés. À chacun ses nostalgies.

Du côté des voix, la version japonaise reste la référence. Masako Nozawa, qui prête sa voix à Gokū depuis les origines de la franchise, incarne le personnage avec cette énergie et cette sincérité qui ont traversé les décennies. Elle offre à Gokū une couleur vocale particulière (puissante dans l'effort, presque juvénile dans les moments de légèreté) qui reste cohérente quel que soit le support. Ryūsei Nakao, déjà derrière la voix de Freezer, reprend du service pour incarner Cooler, lui donnant un timbre légèrement plus grave, plus posé, qui colle parfaitement au personnage. À l'inverse, les trois membres de l'escadron blindé sont vocalement interchangeables, mais après tout, ils ont à peu près autant de consistance que les personnages du même acabit dans Power rangers.

La revanche de Cooler est ce genre de film qu'on regarderait volontiers un soir de flemme, sans en attendre des révélations. C'est un honnête épisode de 47 minutes, énergique, bien animé pour son époque, avec un antagoniste qui méritait clairement un meilleur traitement. Ni le meilleur film de la saga ni le pire, loin de là.
Ma note64%
Vu le 22 Mars 2016


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