Dragon ball Z : cent mille guerriers de métal
Mode lecture activé pour faciliter la lecture des critiques longues.

Sorti en 1992 dans le cadre de la Tōei Anime Fair, ce rendez-vous semi-annuel où le studio nippon alignait ses productions comme des soldats sur un front, le sixième OAV de la franchise Dragon ball Z, réalisé par Daisuke Nishio et porté par la voix iconique de Masako Nozawa dans le rôle de Son Gokū, avait de quoi faire saliver. Après La revanche de Cooler sorti un an plus tôt, les fans étaient en droit d'espérer une suite digne de ce nom. La promesse d'une armée de robots, d'une planète-machine et du retour d'un des antagonistes les plus populaires des OAVs suffisait à allumer la mèche. Seulement voilà, la mèche brûle, mais la bombe n'explose qu'à moitié.
L'histoire se résume en quelques lignes, et ce n'est pas un compliment. La nouvelle planète Namek est vampirisée par une entité mécanique colossale baptisée le Big Gete Star. Dendé, fraîchement promu dieu de la Terre, envoie Gokū, Gohan, Krilin et Piccolo enquêter sur place, accompagnés — pour des raisons difficilement justifiables — de Kamé Sennin, Oolong et Yajirobé. Arrivés sur Namek, nos héros découvrent que les habitants sont réduits en esclavage par une armée de robots métalliques dont le chef n'est autre que Cooler, le frère de Freezer, récupéré dans l'espace sous forme de cerveau numérique et reconstitué en guerrier de métal quasi-indestructible. La grande trouvaille du film tient dans son twist central : ce Metal Cooler n'est que l'un des cent mille clones que la planète-machine peut produire à l'infini. Voilà pour l'intrigue. On ne vous en dit pas beaucoup plus, mais il n'y a pas beaucoup plus à en dire.
Le scénario, signé Takao Koyama, artisan inlassable qui a écrit la quasi-totalité des films DBZ de cette période avec une régularité d'horloger et une originalité d'horodateur, tient sur un ticket de métro. Ce n'est pas forcément rédhibitoire pour un film d'action de 44 minutes, mais encore faut-il que les rares idées en présence soient bien exploitées. Certaines le sont. L'absence de Genkidama final, par exemple, tranche avec le schéma habituel des OAVs, et la façon dont Gokū et Vegeta parviennent à neutraliser la menace (en court-circuitant littéralement le système électrique de la planète-machine avec leur énergie Super Saiyan) possède une logique interne qui mérite d'être saluée. Le film ne finit pas sur un énième appel cosmique aux forces de l'univers, et ça fait du bien. En revanche, la résurrection de Cooler est expédiée en quelques lignes d'exposition, et les motivations de la Big Gete Star restent aussi opaques que le fond de l'espace. On ne sait pas vraiment pourquoi cette entité s'en prend à Namek. Elle le fait. C'est tout. Le spectateur est prié de ne pas poser de questions.
Ce flou scénaristique rejaillit sur les personnages, à commencer par Cooler lui-même. Le personnage avait quelque chose d'intéressant dans le film précédent : une froideur aristocratique, un rapport compliqué à l'héritage familial. Ici, absorbé dans sa gangue de métal, il perd toute nuance psychologique et se contente d'être « le méchant très fort ». Vegeta, en revanche, réussit l'exploit de sauver la mise dans ses maigres scènes : c'est sa première apparition dans un OAV, et il arrive en bourrin magnifique, orgueilleux jusqu'à l'absurde, sauvant Gokū sans daigner lui adresser un regard. C'est du Vegeta pur jus. Les personnages comiques (Kamé Sennin, Oolong, Yajirobé) apportent une touche d'humour bienvenue, notamment dans une scène surréaliste où un petit robot traîne Yajirobé vers une table d'opération en émettant ce qui ressemble à une comptine. Mais passé ce moment, leur présence ne sert à rien. Ils se font capturer en trois minutes et ne reprennent leur liberté qu'à la faveur des actions des vrais combattants. Des touristes de l'apocalypse.
Il est difficile de ne pas lire ce film à travers le prisme de son époque. En 1992, la science-fiction occidentale traversait une période faste : Terminator 2 venait de redéfinir les standards du robot de métal liquide et indestructible, et l'esthétique du guerrier chromé reconstituable à l'infini flottait dans l'air du temps. Metal Cooler en emprunte clairement les codes visuels, sans pour autant atteindre la force d'icône du T-1000. Le film touche aussi, en filigrane, à des thèmes intéressants : l'esclavagisme des Nameks, la menace d'une intelligence artificielle prédatrice, la nécessité de coopérer même entre ennemis… mais les traite avec une superficialité assumée. Ce n'est pas un film qui veut dire quelque chose. Il veut montrer des gens qui tapent fort. On ne peut pas lui reprocher d'être autre chose que ce qu'il revendique.
Sur le plan technique, Nishio fait le travail. Les scènes de combat, en particulier la confrontation à haute vitesse entre Goku et le premier Metal Cooler, témoignent d'une animation fluide et dynamique, avec des effets de mouvement qui donnent réellement l'impression d'une puissance surhumaine. La direction artistique du Big Gete Star, cette masse grise et tentaculaire qui digère la planète verte des Nameks, a une gueule certaine. En revanche, l'animation des scènes secondaires reste inégale, les décors de fond souvent pauvres, et le character design de Metal Cooler, aussi réussi soit-il visuellement, ressemble un peu trop à Freezer avec une couche de chrome supplémentaire. La bande-son, dans la tradition de la série, remplit son office sans marquer les esprits. Le générique Cha-la head-cha-la de Hironobu Kageyama donne toujours envie de s'envoler, mais c'est un héritage, pas un mérite propre au film.
Côté voix, Masako Nozawa est Gokū depuis 1986, et ça s'entend : elle habite le personnage avec une aisance naturelle qui n'appartient qu'à elle. Ryûsei Nakao, qui prête sa voix à Cooler, parvient à injecter une froideur mécanique convaincante à un personnage pourtant réduit à peu de chose sur le papier. Ryō Horikawa en Vegeta est impeccable de condescendance noble, comme à son habitude. On pourrait les voir traverser la pire catastrophe scénaristique que la distribution japonaise ne perdrait pas la face ; ce qui est presque le cas ici.
Au fond, Cent mille guerriers de métal est un film qui remplit exactement la moitié du contrat. La moitié spectaculaire : des combats dynamiques, un design de méchant mémorable, un twist efficace et l'apparition jouissive de Vegeta. La moitié vide : un scénario transparent, des personnages secondaires sacrifiés sur l'autel de l'utilité zéro, et une profondeur dramatique qu'on chercherait avec une lampe torche. Ce n'est pas un mauvais film au sens où il serait pénible à regarder : ses 44 minutes passent sans douleur, parfois même avec plaisir. Mais c'est un film qui se regarde et s'oublie, une parenthèse sans conséquences dans une franchise qui, à la même époque, accouchait d'objets bien plus marquants.
L'histoire se résume en quelques lignes, et ce n'est pas un compliment. La nouvelle planète Namek est vampirisée par une entité mécanique colossale baptisée le Big Gete Star. Dendé, fraîchement promu dieu de la Terre, envoie Gokū, Gohan, Krilin et Piccolo enquêter sur place, accompagnés — pour des raisons difficilement justifiables — de Kamé Sennin, Oolong et Yajirobé. Arrivés sur Namek, nos héros découvrent que les habitants sont réduits en esclavage par une armée de robots métalliques dont le chef n'est autre que Cooler, le frère de Freezer, récupéré dans l'espace sous forme de cerveau numérique et reconstitué en guerrier de métal quasi-indestructible. La grande trouvaille du film tient dans son twist central : ce Metal Cooler n'est que l'un des cent mille clones que la planète-machine peut produire à l'infini. Voilà pour l'intrigue. On ne vous en dit pas beaucoup plus, mais il n'y a pas beaucoup plus à en dire.
Le scénario, signé Takao Koyama, artisan inlassable qui a écrit la quasi-totalité des films DBZ de cette période avec une régularité d'horloger et une originalité d'horodateur, tient sur un ticket de métro. Ce n'est pas forcément rédhibitoire pour un film d'action de 44 minutes, mais encore faut-il que les rares idées en présence soient bien exploitées. Certaines le sont. L'absence de Genkidama final, par exemple, tranche avec le schéma habituel des OAVs, et la façon dont Gokū et Vegeta parviennent à neutraliser la menace (en court-circuitant littéralement le système électrique de la planète-machine avec leur énergie Super Saiyan) possède une logique interne qui mérite d'être saluée. Le film ne finit pas sur un énième appel cosmique aux forces de l'univers, et ça fait du bien. En revanche, la résurrection de Cooler est expédiée en quelques lignes d'exposition, et les motivations de la Big Gete Star restent aussi opaques que le fond de l'espace. On ne sait pas vraiment pourquoi cette entité s'en prend à Namek. Elle le fait. C'est tout. Le spectateur est prié de ne pas poser de questions.
Ce flou scénaristique rejaillit sur les personnages, à commencer par Cooler lui-même. Le personnage avait quelque chose d'intéressant dans le film précédent : une froideur aristocratique, un rapport compliqué à l'héritage familial. Ici, absorbé dans sa gangue de métal, il perd toute nuance psychologique et se contente d'être « le méchant très fort ». Vegeta, en revanche, réussit l'exploit de sauver la mise dans ses maigres scènes : c'est sa première apparition dans un OAV, et il arrive en bourrin magnifique, orgueilleux jusqu'à l'absurde, sauvant Gokū sans daigner lui adresser un regard. C'est du Vegeta pur jus. Les personnages comiques (Kamé Sennin, Oolong, Yajirobé) apportent une touche d'humour bienvenue, notamment dans une scène surréaliste où un petit robot traîne Yajirobé vers une table d'opération en émettant ce qui ressemble à une comptine. Mais passé ce moment, leur présence ne sert à rien. Ils se font capturer en trois minutes et ne reprennent leur liberté qu'à la faveur des actions des vrais combattants. Des touristes de l'apocalypse.
Il est difficile de ne pas lire ce film à travers le prisme de son époque. En 1992, la science-fiction occidentale traversait une période faste : Terminator 2 venait de redéfinir les standards du robot de métal liquide et indestructible, et l'esthétique du guerrier chromé reconstituable à l'infini flottait dans l'air du temps. Metal Cooler en emprunte clairement les codes visuels, sans pour autant atteindre la force d'icône du T-1000. Le film touche aussi, en filigrane, à des thèmes intéressants : l'esclavagisme des Nameks, la menace d'une intelligence artificielle prédatrice, la nécessité de coopérer même entre ennemis… mais les traite avec une superficialité assumée. Ce n'est pas un film qui veut dire quelque chose. Il veut montrer des gens qui tapent fort. On ne peut pas lui reprocher d'être autre chose que ce qu'il revendique.
Sur le plan technique, Nishio fait le travail. Les scènes de combat, en particulier la confrontation à haute vitesse entre Goku et le premier Metal Cooler, témoignent d'une animation fluide et dynamique, avec des effets de mouvement qui donnent réellement l'impression d'une puissance surhumaine. La direction artistique du Big Gete Star, cette masse grise et tentaculaire qui digère la planète verte des Nameks, a une gueule certaine. En revanche, l'animation des scènes secondaires reste inégale, les décors de fond souvent pauvres, et le character design de Metal Cooler, aussi réussi soit-il visuellement, ressemble un peu trop à Freezer avec une couche de chrome supplémentaire. La bande-son, dans la tradition de la série, remplit son office sans marquer les esprits. Le générique Cha-la head-cha-la de Hironobu Kageyama donne toujours envie de s'envoler, mais c'est un héritage, pas un mérite propre au film.
Côté voix, Masako Nozawa est Gokū depuis 1986, et ça s'entend : elle habite le personnage avec une aisance naturelle qui n'appartient qu'à elle. Ryûsei Nakao, qui prête sa voix à Cooler, parvient à injecter une froideur mécanique convaincante à un personnage pourtant réduit à peu de chose sur le papier. Ryō Horikawa en Vegeta est impeccable de condescendance noble, comme à son habitude. On pourrait les voir traverser la pire catastrophe scénaristique que la distribution japonaise ne perdrait pas la face ; ce qui est presque le cas ici.
Au fond, Cent mille guerriers de métal est un film qui remplit exactement la moitié du contrat. La moitié spectaculaire : des combats dynamiques, un design de méchant mémorable, un twist efficace et l'apparition jouissive de Vegeta. La moitié vide : un scénario transparent, des personnages secondaires sacrifiés sur l'autel de l'utilité zéro, et une profondeur dramatique qu'on chercherait avec une lampe torche. Ce n'est pas un mauvais film au sens où il serait pénible à regarder : ses 44 minutes passent sans douleur, parfois même avec plaisir. Mais c'est un film qui se regarde et s'oublie, une parenthèse sans conséquences dans une franchise qui, à la même époque, accouchait d'objets bien plus marquants.
Ma note50%
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier !