Dragon ball Z : Broly le super guerrier
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Il y a des films qu'on aime parce qu'ils sont bons, et d'autres qu'on aime parce qu'ils ont bercé notre enfance, et la frontière entre les deux peut parfois être redoutablement floue. Broly le super guerrier, réalisé par Shigeyasu Yamauchi en 1993 et sorti en France directement en VHS l'année suivante, appartient clairement à la seconde catégorie. Vingt-trois ans après sa sortie, alors que Dragon ball super a relancé la franchise sur toutes les chaînes et dans toutes les cours de récréation, il semblait opportun de remettre les mains dans ce bac à sable saïyen pour voir si le souvenir résiste à l'épreuve du temps. La réponse est : à moitié.
Le film s'ouvre sur une galaxie en péril. Des planètes sont anéanties dans la galaxie du Sud par une force inconnue d'une puissance colossale, ce qui inquiète grandement Maître Kaïo. Pendant ce temps sur Terre (et c'est l'un des rares moments de grâce comique du film), Goku se retrouve en costume-cravate à faire la queue avec Chichi pour inscrire Gohan dans une école privée. L'image dure trente secondes, mais elle vaut de l'or. Surgit alors Paragus, rescapé saïyen accompagné de ses hommes, qui vient proposer au prince Vegeta de régner sur une nouvelle planète Vegeta reconstituée. Le prince, orgueilleux comme à son habitude, accepte sans se méfier, entraînant toute la bande dans l'aventure. Et c'est là-bas, sur cette planète de pacotille, qu'ils font la rencontre de Broly, le fils de Paragus, un Saïyen à la puissance terrifiante que le père maintient sous contrôle grâce à un collier mental, et qui va très progressivement révéler sa vraie nature.
Le scénario, signé Takao Koyama, scénariste quasi officiel des OAV de l'époque, se distingue des opus précédents par une ambition narrative un peu plus développée. Et c'est vrai qu'il y a ici une vraie tentative de construction dramatique : le background de Broly, sa tentative d'assassinat ordonnée par le Roi Vegeta à la naissance, la survie miraculeuse de son père Paragus... Tout cela donne une épaisseur bienvenue à l'antagoniste, et le film prend le temps de déployer une mise en scène de la révélation qui fonctionne assez bien. On est loin du méchant qui surgit de nulle part, comme c'était souvent le cas dans les OAV précédentes. Pour autant, ce scénario porte en lui une faiblesse fondatrice dont il ne se remettra jamais vraiment : la raison pour laquelle Broly hait Goku avec une intensité meurtrière, c'est que, bébés, ils partageaient la même chambre de maternité, et que les pleurs de Goku ont traumatisé le petit Broly. Ce qui, objectivement, est l'une des motivations de méchant les plus rocambolesques de l'histoire du genre ; Koyama lui-même semble en avoir eu conscience, puisque le film passe très vite sur ce détail. Ce n'est pas non plus sans rappeler les ressorts narratifs des premiers Godzilla : des monstres que leur origine absurde rendait paradoxalement plus mythiques… mais ici, on peine quand même à ne pas sourire.
Broly, justement. Parlons-en franchement. Dans les jeux vidéo, il est légendaire : son design (la tignasse verte, la musculature démesurée, l'armure saïyenne qui explose sous la transformation) est l'un des plus marquants de toute la franchise. Sur le papier, le concept d'un Super Saïyen légendaire (une forme distincte du Super Saïyen classique, plus brute, plus instinctive) est une idée forte. Et pourtant, en tant que personnage, Broly est creux. Il n'a pas grand-chose à dire avant sa transformation, il n'a pas grand-chose à dire après. Il crie, il détruit, il répète le nom de Kakarotto comme une incantation. C'est impressionnant les cinq premières minutes, épuisant au bout de vingt. Le film lui-même semble ne pas savoir quoi faire de lui en dehors des séquences de combat. À l'opposé, Paragus est beaucoup plus intéressant : manipulateur, calculateur, animé par une vengeance compréhensible, il incarne une menace plus intelligente. Dommage qu'il soit évacué à mi-parcours. Et puis il y a le cas Vegeta, traitement qui reste la vraie blessure du film pour ses fans. Le prince des Saïyens, d'ordinaire arrogant et combatif jusqu'à l'inconscience, se retrouve ici prostré, incapable de se battre, tétanisé face à Broly ; ce qui dramatiquement n'est pas absurde (la confrontation à une puissance qui dépasse toute compréhension peut paralyser), mais qui, exécuté de cette façon, ressemble surtout à un moyen commode de l'écarter du combat pendant une heure.
Sur le fond, Broly le super guerrier aborde, en filigrane, des thèmes qui dépassent le simple prétexte à l'action. Il y a quelque chose de presque shakespearien dans la structure père-fils qui structure l'antagonisme du film : Paragus qui sacrifie tout pour son fils, mais qui au fond l'utilise comme une arme, un outil de vengeance. Le Roi Vegeta qui condamne à mort un nourrisson par pure peur. L'héritage toxique qui se transmet, déforme, détruit. Ce n'est pas Ran de Kurosawa, mais ces couches existent, et elles ne sont pas inintéressantes. Le film dit aussi quelque chose sur la condition saïyenne, ce peuple de guerriers exterminés dont surgissent pourtant, film après film, de nouveaux représentants, et sur la puissance comme malédiction plus que comme don. Broly est une catastrophe naturelle, pas un héros ni même vraiment un méchant : il est né trop fort pour un monde qui n'avait pas de place pour lui, et cette idée, même mal exploitée, a une vraie résonance.
D'un point de vue technique, Yamauchi fait un travail solide. Sa patte est reconnaissable : une direction artistique soignée, une gestion de l'espace et du mouvement dans les séquences de combat supérieure à la moyenne des OAV de l'époque. Les décors de la nouvelle planète Vegeta, les ciels chargés d'une comète en approche, donnent une atmosphère oppressante qui sert le récit. La direction de l'animation est assurée notamment par Naoyoshi Yamamuro, qui deviendra le character designer attitré de la franchise, et on sent dans certaines scènes une fluidité remarquable pour 1993. La bande originale de Shunsuke Kikuchi, fidèle à la série télévisée, joue son rôle d'amplificateur émotionnel avec efficacité, même si elle n'apporte pas de surprise particulière. La grande réussite technique reste la transformation de Broly en Super Saïyen légendaire : la montée en puissance, les effets de lumière, la déformation progressive du corps… c'est proprement spectaculaire, et ça justifie à lui seul le visionnage.
Côté voix, la version française — celle que la plupart des spectateurs hexagonaux ont découverte — fait le travail avec le sérieux habituel du casting Club Dorothée/AB Production. Patrick Borg en Gokū et Éric Legrand en Vegeta sont dans leurs pantoufles, confortables dans des personnages qu'ils habitent depuis des années. La curiosité vient de Marc Lesser, qui double à la fois Trunks et Broly : une double performance qui illustre les contraintes budgétaires du doublage de l'époque, mais qui s'en sort sans anicroche. Brigitte Lecordier, qui prête sa voix à la fois à Gohan et au bébé Trunks, reste fidèle à elle-même.
Au bout du compte, Broly le super guerrier est un OAV honnête, souvent enthousiasmant dans ses moments d'action, mais qui s'effondre sur ses propres fondations narratives dès qu'on cesse de regarder les explosions. Il a donné naissance à l'un des personnages les plus populaires de la franchise — ce qui n'est pas rien —, mais ce succès doit davantage à son design et à sa présence dans les jeux vidéo qu'à son écriture. Pour une soirée de nostalgie pure, sans prise de tête, à regarder un colosse aux cheveux verts fracasser la Z Team en boucle, il y a clairement pire comme programme.
Le film s'ouvre sur une galaxie en péril. Des planètes sont anéanties dans la galaxie du Sud par une force inconnue d'une puissance colossale, ce qui inquiète grandement Maître Kaïo. Pendant ce temps sur Terre (et c'est l'un des rares moments de grâce comique du film), Goku se retrouve en costume-cravate à faire la queue avec Chichi pour inscrire Gohan dans une école privée. L'image dure trente secondes, mais elle vaut de l'or. Surgit alors Paragus, rescapé saïyen accompagné de ses hommes, qui vient proposer au prince Vegeta de régner sur une nouvelle planète Vegeta reconstituée. Le prince, orgueilleux comme à son habitude, accepte sans se méfier, entraînant toute la bande dans l'aventure. Et c'est là-bas, sur cette planète de pacotille, qu'ils font la rencontre de Broly, le fils de Paragus, un Saïyen à la puissance terrifiante que le père maintient sous contrôle grâce à un collier mental, et qui va très progressivement révéler sa vraie nature.
Le scénario, signé Takao Koyama, scénariste quasi officiel des OAV de l'époque, se distingue des opus précédents par une ambition narrative un peu plus développée. Et c'est vrai qu'il y a ici une vraie tentative de construction dramatique : le background de Broly, sa tentative d'assassinat ordonnée par le Roi Vegeta à la naissance, la survie miraculeuse de son père Paragus... Tout cela donne une épaisseur bienvenue à l'antagoniste, et le film prend le temps de déployer une mise en scène de la révélation qui fonctionne assez bien. On est loin du méchant qui surgit de nulle part, comme c'était souvent le cas dans les OAV précédentes. Pour autant, ce scénario porte en lui une faiblesse fondatrice dont il ne se remettra jamais vraiment : la raison pour laquelle Broly hait Goku avec une intensité meurtrière, c'est que, bébés, ils partageaient la même chambre de maternité, et que les pleurs de Goku ont traumatisé le petit Broly. Ce qui, objectivement, est l'une des motivations de méchant les plus rocambolesques de l'histoire du genre ; Koyama lui-même semble en avoir eu conscience, puisque le film passe très vite sur ce détail. Ce n'est pas non plus sans rappeler les ressorts narratifs des premiers Godzilla : des monstres que leur origine absurde rendait paradoxalement plus mythiques… mais ici, on peine quand même à ne pas sourire.
Broly, justement. Parlons-en franchement. Dans les jeux vidéo, il est légendaire : son design (la tignasse verte, la musculature démesurée, l'armure saïyenne qui explose sous la transformation) est l'un des plus marquants de toute la franchise. Sur le papier, le concept d'un Super Saïyen légendaire (une forme distincte du Super Saïyen classique, plus brute, plus instinctive) est une idée forte. Et pourtant, en tant que personnage, Broly est creux. Il n'a pas grand-chose à dire avant sa transformation, il n'a pas grand-chose à dire après. Il crie, il détruit, il répète le nom de Kakarotto comme une incantation. C'est impressionnant les cinq premières minutes, épuisant au bout de vingt. Le film lui-même semble ne pas savoir quoi faire de lui en dehors des séquences de combat. À l'opposé, Paragus est beaucoup plus intéressant : manipulateur, calculateur, animé par une vengeance compréhensible, il incarne une menace plus intelligente. Dommage qu'il soit évacué à mi-parcours. Et puis il y a le cas Vegeta, traitement qui reste la vraie blessure du film pour ses fans. Le prince des Saïyens, d'ordinaire arrogant et combatif jusqu'à l'inconscience, se retrouve ici prostré, incapable de se battre, tétanisé face à Broly ; ce qui dramatiquement n'est pas absurde (la confrontation à une puissance qui dépasse toute compréhension peut paralyser), mais qui, exécuté de cette façon, ressemble surtout à un moyen commode de l'écarter du combat pendant une heure.
Sur le fond, Broly le super guerrier aborde, en filigrane, des thèmes qui dépassent le simple prétexte à l'action. Il y a quelque chose de presque shakespearien dans la structure père-fils qui structure l'antagonisme du film : Paragus qui sacrifie tout pour son fils, mais qui au fond l'utilise comme une arme, un outil de vengeance. Le Roi Vegeta qui condamne à mort un nourrisson par pure peur. L'héritage toxique qui se transmet, déforme, détruit. Ce n'est pas Ran de Kurosawa, mais ces couches existent, et elles ne sont pas inintéressantes. Le film dit aussi quelque chose sur la condition saïyenne, ce peuple de guerriers exterminés dont surgissent pourtant, film après film, de nouveaux représentants, et sur la puissance comme malédiction plus que comme don. Broly est une catastrophe naturelle, pas un héros ni même vraiment un méchant : il est né trop fort pour un monde qui n'avait pas de place pour lui, et cette idée, même mal exploitée, a une vraie résonance.
D'un point de vue technique, Yamauchi fait un travail solide. Sa patte est reconnaissable : une direction artistique soignée, une gestion de l'espace et du mouvement dans les séquences de combat supérieure à la moyenne des OAV de l'époque. Les décors de la nouvelle planète Vegeta, les ciels chargés d'une comète en approche, donnent une atmosphère oppressante qui sert le récit. La direction de l'animation est assurée notamment par Naoyoshi Yamamuro, qui deviendra le character designer attitré de la franchise, et on sent dans certaines scènes une fluidité remarquable pour 1993. La bande originale de Shunsuke Kikuchi, fidèle à la série télévisée, joue son rôle d'amplificateur émotionnel avec efficacité, même si elle n'apporte pas de surprise particulière. La grande réussite technique reste la transformation de Broly en Super Saïyen légendaire : la montée en puissance, les effets de lumière, la déformation progressive du corps… c'est proprement spectaculaire, et ça justifie à lui seul le visionnage.
Côté voix, la version française — celle que la plupart des spectateurs hexagonaux ont découverte — fait le travail avec le sérieux habituel du casting Club Dorothée/AB Production. Patrick Borg en Gokū et Éric Legrand en Vegeta sont dans leurs pantoufles, confortables dans des personnages qu'ils habitent depuis des années. La curiosité vient de Marc Lesser, qui double à la fois Trunks et Broly : une double performance qui illustre les contraintes budgétaires du doublage de l'époque, mais qui s'en sort sans anicroche. Brigitte Lecordier, qui prête sa voix à la fois à Gohan et au bébé Trunks, reste fidèle à elle-même.
Au bout du compte, Broly le super guerrier est un OAV honnête, souvent enthousiasmant dans ses moments d'action, mais qui s'effondre sur ses propres fondations narratives dès qu'on cesse de regarder les explosions. Il a donné naissance à l'un des personnages les plus populaires de la franchise — ce qui n'est pas rien —, mais ce succès doit davantage à son design et à sa présence dans les jeux vidéo qu'à son écriture. Pour une soirée de nostalgie pure, sans prise de tête, à regarder un colosse aux cheveux verts fracasser la Z Team en boucle, il y a clairement pire comme programme.
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