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· Julien   Lepage

Dragon ball Z : l'histoire de Trunks
Yoshihiro Ueda et Daisuke Nishio
1993

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Illustration de critique : Dragon ball Z : l'histoire de Trunks
Yoshihiro Ueda, épaulé par Daisuke Nishio, livre en 1993 un objet un peu à part dans la galaxie Dragon ball Z : un téléfilm diffusé discrètement à la télévision japonaise, mais chargé d'une promesse étrange. Celle d'un monde où l'habituel confort du shōnen (la résurrection facile, l'espoir éternel, la victoire remise à plus tard) aurait été confisqué. Le projet intrigue d'emblée : revenir sur l'enfance de Trunks, figure déjà culte de la saga, dans un futur ravagé, sans Goku, sans miracle, sans plan B. À l'époque, peu de fans s'attendaient à une telle austérité, surtout dans une franchise aussi expansive et populaire.

Le récit s'installe dans une chronologie alternative où la Terre n'est plus qu'un champ de ruines. Son Goku est mort d'une maladie cardiaque, détail glaçant parce qu'il est parfaitement banal, presque trivial, et donc irrévocable. Les dragon balls sont devenues inutiles, les guerriers Z ont été éliminés un à un, et les androïdes C-17 et C-18 errent dans un monde vidé de toute résistance. Ne restent que Son Gohan, adulte prématuré, amputé d'un bras et d'une bonne partie de ses illusions, et Trunks, adolescent encore maladroit, formé dans l'urgence et la peur. Leur relation devient le cœur battant du film : un maître qui sait qu'il n'a pas le droit à l'erreur, un élève qui n'a pas le luxe de grandir lentement.

Le scénario, directement tiré d'un chapitre spécial écrit par Akira Toriyama, surprend par sa sécheresse. Ici, pas de tournoi, pas de montée en puissance progressive, pas de digressions comiques. L'histoire avance comme un compte à rebours. Cette fidélité au matériau d'origine explique en partie la cohérence de l'ensemble : ce téléfilm est souvent considéré comme l'un des rares récits dérivés réellement compatibles avec la continuité de la série. Le revers de cette rigueur, c'est une narration parfois trop compressée. Certains moments mériteraient de respirer davantage, notamment les phases d'entraînement ou la perception du monde civil, réduite à quelques silhouettes paniquées et des villes en flammes. Mais ce choix renforce aussi la sensation d'urgence : ici, tout est déjà perdu, il ne reste qu'à comprendre comment.

Les personnages, eux, bénéficient d'un traitement étonnamment mature pour un produit estampillé Dragon ball. Gohan apparaît comme l'une des incarnations les plus intéressantes du personnage, bien loin de l'enfant surdoué ou du guerrier hésitant de la série principale. Il est fatigué, parfois dur, presque cassant, et cette dureté n'a rien d'héroïque : elle est la conséquence directe d'années d'échecs. Trunks, en miroir, est un personnage en construction permanente. Sa transformation en Super Saiyan, déclenchée ici par la perte et non par la colère triomphante, prend une dimension tragique qui contraste fortement avec les habituelles explosions de puissance de la saga. Les androïdes, quant à eux, sont volontairement dépourvus de psychologie : ils rient, détruisent, repartent. Cette absence de profondeur n'est pas une faiblesse, mais une manière d'insister sur leur nature de fléau incontrôlable.

Les thèmes abordés donnent au film une tonalité presqu'étrangère à l'univers Dragon ball. La transmission, bien sûr, mais surtout l'idée d'un futur condamné. Contrairement à beaucoup de récits de science-fiction, ce monde n'est pas sauvé : il sert uniquement de point d'origine à une tentative de correction temporelle. Le film parle aussi de résilience, de ce que signifie continuer à se battre quand l'espoir n'est plus une certitude, mais une abstraction. Cette noirceur évoque parfois des œuvres comme Akira pour son décor urbain dévasté, ou certains récits post-apocalyptiques occidentaux des années 80, où la survie remplace l'héroïsme. Rien n'est souligné, rien n'est explicité : le message passe par les silences, les regards, les plans de villes désertes.

La réalisation reste modeste, fidèle aux standards télévisuels de l'époque. L'animation n'a pas la flamboyance des films de cinéma Dragon ball Z, mais elle compense par une mise en scène plus posée. Les couleurs sont ternes, presque sales, un choix volontaire qui accentue la sensation de fin du monde. Certains plans de ruines, réutilisés avec parcimonie, rappellent que le budget est limité, mais aussi que le film mise davantage sur l'atmosphère que sur la démonstration technique. La bande-son, discrète, s'autorise parfois des silences pesants, chose rare dans la franchise, et contribue à cette impression de solitude constante.

Les performances vocales jouent un rôle clef dans cette réussite mesurée. Masako Nozawa livre une interprétation de Gohan étonnamment grave, très éloignée de ses inflexions plus légères habituelles. Takeshi Kusao donne à Trunks une vulnérabilité crédible, presque touchante, qui rend son évolution d'autant plus marquante. Les voix des androïdes, assurées notamment par Toshio Furukawa, renforcent leur caractère détaché, presque ludique dans la destruction, ce qui les rend encore plus inquiétants.

Au terme de cette plongée dans un futur sans issue, le sentiment dominant reste celui d'une œuvre solide, marquante, mais volontairement contenue. Ce téléfilm ne cherche pas à révolutionner Dragon ball Z, ni à rivaliser avec les grandes sagas de la série. Il propose autre chose : un regard plus adulte, plus fataliste, sur un univers que l'on croyait immuable.
Ma note69%
Vu le 18 Avril 2017


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