Dossiers criminels : les fantômes de Brandonsbury

Le jeu arrive dans un contexte que l'on connaît désormais bien, surtout en 2026 : celui de l'âge d'or des enquêtes de salon, ces expériences hybrides à mi-chemin entre le jeu de société, la fiction interactive et la série policière qu'on résoud sur une soirée. Dossiers criminels : les fantômes de Brandonsbury, conçu par Morgan Rauscent, Jordi Brusa, Jules Burghardt et Maxime Perrin, s'inscrit clairement dans cette mouvance. Sorti en 2023, il appartient à une gamme qui a fait le choix radical de supprimer le superflu : pas de plateau, pas de figurines, mais un dossier, des documents, des enveloppes et une histoire à disséquer. Une approche presqu'administrative du crime, comme si Zodiac rencontrait une chemise cartonnée du service des archives.
L'enquête nous emmène à Brandonsbury, village anglais fictif, autour d'un hôtel à la réputation sulfureuse et d'un double meurtre qui fleure bon le drame familial. Le jeu assume un ton très « polar britannique », quelque part entre Broadchurch et les relectures modernes d'Agatha Christie, avec ce mélange de brume, de non-dits et de secrets de famille soigneusement enfouis sous la moquette.
Les règles, ou plutôt l'absence revendiquée de règles, font partie de l'ADN du jeu. On ouvre la boîte, on lit les documents, on observe, on annote, on débat. Pas de tour de jeu, pas de contrainte artificielle : seulement la logique, l'attention portée aux détails et la capacité du groupe à faire parler des indices parfois très bavards, parfois volontairement elliptiques. L'utilisation ponctuelle d'Internet (assumée dès le départ) renforce cette impression de travailler sur un vrai dossier, même si elle peut légèrement casser l'illusion pour ceux qui préfèrent rester hors ligne. Rien de rédhibitoire : on est plus proche d'une enquête contemporaine que d'un Cluedo nostalgique.
Et puis il y a l'expérience elle-même. Très bon épisode, prenant, sans discussion possible. La montée en tension fonctionne, l'envie de comprendre est constante, et le plaisir de manipuler des documents « physiques » reste intact du début à la fin. Certaines trouvailles sont franchement élégantes, et l'on sent un vrai soin apporté à la cohérence globale du récit. Cela dit, tout n'est pas parfaitement huilé. La conclusion, notamment, laisse un léger goût d'inachevé. Elle manque d'un soupçon de clarté, d'un dernier pas assumé vers une révélation plus nette, voire d'un rebondissement final qui aurait fait basculer l'ensemble du côté du mémorable plutôt que du très solide. On n'est pas frustré, mais on sent que quelque chose d'un peu plus audacieux était à portée de main.
Même constat pour l'arbre généalogique fourni au début de l'enquête : excellente idée sur le papier, mais qui aurait gagné à être davantage exploitée. On aurait aimé plonger plus profondément dans l'histoire de cette famille, sentir le poids des générations, les vieilles rancœurs, les silences hérités. À plusieurs moments, on devine un passé riche, presque romanesque, sans que le jeu ne prenne totalement le temps de le déployer. C'est dommage, car c'était là une occasion en or d'épaissir encore la dimension tragique du récit.
Malgré ces réserves, l'ensemble reste très convaincant. Les fantômes de Brandonsbury n'est pas un épisode révolutionnaire, mais il maîtrise suffisamment son sujet pour laisser une impression durable. On referme le dossier satisfait, avec l'impression d'avoir vécu une vraie enquête, imparfaite, mais sincère, efficace sans être tape-à-l'œil. Un jeu qui frôle l'excellence sans jamais y plonger totalement, et qui, pour cette raison même, donne envie de suivre la série et de voir jusqu'où elle peut aller.
L'enquête nous emmène à Brandonsbury, village anglais fictif, autour d'un hôtel à la réputation sulfureuse et d'un double meurtre qui fleure bon le drame familial. Le jeu assume un ton très « polar britannique », quelque part entre Broadchurch et les relectures modernes d'Agatha Christie, avec ce mélange de brume, de non-dits et de secrets de famille soigneusement enfouis sous la moquette.
Les règles, ou plutôt l'absence revendiquée de règles, font partie de l'ADN du jeu. On ouvre la boîte, on lit les documents, on observe, on annote, on débat. Pas de tour de jeu, pas de contrainte artificielle : seulement la logique, l'attention portée aux détails et la capacité du groupe à faire parler des indices parfois très bavards, parfois volontairement elliptiques. L'utilisation ponctuelle d'Internet (assumée dès le départ) renforce cette impression de travailler sur un vrai dossier, même si elle peut légèrement casser l'illusion pour ceux qui préfèrent rester hors ligne. Rien de rédhibitoire : on est plus proche d'une enquête contemporaine que d'un Cluedo nostalgique.
Et puis il y a l'expérience elle-même. Très bon épisode, prenant, sans discussion possible. La montée en tension fonctionne, l'envie de comprendre est constante, et le plaisir de manipuler des documents « physiques » reste intact du début à la fin. Certaines trouvailles sont franchement élégantes, et l'on sent un vrai soin apporté à la cohérence globale du récit. Cela dit, tout n'est pas parfaitement huilé. La conclusion, notamment, laisse un léger goût d'inachevé. Elle manque d'un soupçon de clarté, d'un dernier pas assumé vers une révélation plus nette, voire d'un rebondissement final qui aurait fait basculer l'ensemble du côté du mémorable plutôt que du très solide. On n'est pas frustré, mais on sent que quelque chose d'un peu plus audacieux était à portée de main.
Même constat pour l'arbre généalogique fourni au début de l'enquête : excellente idée sur le papier, mais qui aurait gagné à être davantage exploitée. On aurait aimé plonger plus profondément dans l'histoire de cette famille, sentir le poids des générations, les vieilles rancœurs, les silences hérités. À plusieurs moments, on devine un passé riche, presque romanesque, sans que le jeu ne prenne totalement le temps de le déployer. C'est dommage, car c'était là une occasion en or d'épaissir encore la dimension tragique du récit.
Malgré ces réserves, l'ensemble reste très convaincant. Les fantômes de Brandonsbury n'est pas un épisode révolutionnaire, mais il maîtrise suffisamment son sujet pour laisser une impression durable. On referme le dossier satisfait, avec l'impression d'avoir vécu une vraie enquête, imparfaite, mais sincère, efficace sans être tape-à-l'œil. Un jeu qui frôle l'excellence sans jamais y plonger totalement, et qui, pour cette raison même, donne envie de suivre la série et de voir jusqu'où elle peut aller.
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