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· Julien   Lepage

Dossiers criminels : le maestro assassiné
Morgan Rauscent, Jules Burghardt et Maxime Perrin
2022

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Illustration de critique : Dossiers criminels : le maestro assassiné
Certains jeux promettent beaucoup et livrent peu, tandis que d'autres, sans fracas, font exactement ce qu'ils annoncent. Le maestro assassiné appartient clairement à la deuxième catégorie, ce qui est déjà, dans le paysage ludique actuel, une forme de mérite.

Le jeu est sorti en 2022, troisième enquête de la collection Dossiers Criminels publiée par Platonia Games et distribuée par Asmodee, sous la plume de Morgan Rauscent, Jules Burghardt et Maxime Perrin. Ce qu'on sait moins, c'est que derrière l'éditeur Platonia se trouvent notamment Damien Borjesson et Louis Kerveillant, deux des fondateurs de HintHunt, la toute première enseigne d'escape game physique à avoir ouvert en France, en décembre 2013. Autant dire que les gens qui ont conçu ce format ne sont pas des amateurs égarés dans la boîte à jeux.

Le principe tient en quelques mots : le 24 septembre 2021, le célèbre maestro Ernst Ejna est retrouvé mort dans sa loge, juste après la première représentation de la saison à l'Opéra Philharmonique de Paris. Vous êtes mandatés par l'agence fictive 55 Investigations pour faire le travail que, visiblement, la police française n'arrive pas à faire seule. Rétablir la chronologie, recouper les témoignages, démasquer le coupable. Le tout sans plateau, sans dés, sans figurines. Juste un gros dossier cartonné fermé par un élastique, comme si vous ouvriez le bureau d'un inspecteur des années 80 qui aurait, curieusement, accès à des outils numériques.
Car c'est là une des particularités du format Dossiers criminels : une partie des indices ne se trouve pas dans la boîte, mais en ligne. Il faudra « pirater » un ordinateur, débloquer un téléphone, ouvrir un coffre-fort virtuel. Concrètement, cela signifie qu'une connexion Internet est indispensable, ce qui est, en 2026, aussi naturel que de respirer, mais qui mérite d'être dit. Le dossier physique contient témoignages, photos de scène de crime, analyses de police scientifique, articles de presse et contenus audio. Trois enveloppes fermées complètent l'ensemble, à ne débloquer qu'une fois certains codes trouvés. Pas de règles à lire : on ouvre, on lit la lettre de mission, et on commence. C'est un des rares jeux où la mise en place prend trente secondes et où l'immersion est quasi immédiate.

La difficulté annoncée est de 4 sur 5 dans la gamme. Et c'est vrai que, comparé à Disparition aux Caraïbes (noté 3/5 par l'éditeur), l'enquête du maestro est plus fournie, avec davantage de documents à croiser et une base de données en ligne plus vaste. On vous avait prévenus. Ce qui est honnête.

Alors, est-ce que ça tient ses promesses ? En grande partie, oui. L'enquête est bien ficelée. Le scénario ne cherche pas à réinventer le roman policier : on est loin de l'ambition narrative d'un Cluedo version adulte ou de la complexité d'un Sherlock Holmes détective conseil, mais il fait son travail avec sérieux. Les indices s'enchaînent de manière logique, les fausses pistes existent sans être gratuites, et le moment où tout s'éclaire procure cette petite satisfaction qu'on cherche dans ce genre d'exercice. On change d'avis en cours de route, on croit tenir quelqu'un, et puis un nouveau document nous fait tout remettre à plat. C'est plaisant.

Ce qu'on apprécie particulièrement, c'est la fluidité. D'autres jeux du genre — je pense notamment à certaines boîtes Sous scellés — font de la complexité leur marque de fabrique, parfois au détriment du plaisir de jeu. Ici, on a préféré une intrigue bien construite et accessible à un labyrinthe conçu pour faire souffrir. Le sentiment de progression est réel, les étapes s'enchaînent, et même les joueurs peu habitués au genre peuvent avancer sans se noyer. C'est une soirée de deux heures qu'on passe à chercher, à discuter, à se tromper, et à finir par trouver. Un bon moment, honnêtement.

Mais (parce qu'il y a toujours un mais) on reste sur l'impression d'un jeu solide plutôt que mémorable. L'univers de la musique classique, le milieu de l'opéra, les coulisses d'un philharmonique parisien : c'est un cadre qui avait tout pour être électrisant, évocateur, presqu'hitchcockien. On aurait aimé que l'atmosphère soit davantage exploitée, que les contenus audio aillent plus loin, que l'on sente vraiment la tension des coulisses derrière le rideau de scène. À la place, on obtient une enquête correctement ancrée dans son décor, sans que celui-ci ne transcende vraiment l'expérience. Le maestro assassiné reste un personnage de papier là où il aurait pu devenir un fantôme obsédant.

La rejouabilité est nulle, comme dans tous les jeux du genre, mais le matériel n'est pas détruit pendant la partie, ce qui permet de prêter le dossier une fois résolu, ce qui est toujours appréciable. Et si l'on reste bloqué, un système d'indices progressifs est disponible sur le site de l'éditeur pour ne jamais rester définitivement à quai.

Au final, Le maestro assassiné est un bon produit de divertissement ludique. Pas un chef-d'œuvre, pas une déception. Une soirée bien passée, une enquête qu'on a aimé démêler, et une légère frustration de ne pas avoir été davantage transporté. Le rideau se lève, le spectacle commence, et quand il se ferme, on applaudit… sans se lever.
Ma note61%
Joué le 31 Janvier 2026


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