Double dragon
Il y a des films qui vieillissent bien, et d'autres qui vieillissent… différemment. Double dragon appartient sans hésitation à cette deuxième catégorie. Réalisé par James Yukich en 1994, le film est une adaptation très libre du célèbre beat'em up du même nom, qui a marqué l'histoire des salles d'arcade. À une époque où Super Mario bros. et Street fighter tentaient déjà de porter le jeu vidéo sur grand écran avec des résultats… discutables, Double dragon s'inscrivait dans cette mouvance avec une ambition modeste, mais un enthousiasme certain. À défaut de réussir en tant que bon film, il a su s'imposer comme une petite madeleine de Proust pour ceux qui l'ont découvert enfant.L'intrigue prend place dans un futur post-apocalyptique (enfin, un futur tel qu'imaginé en 1994), où Los Angeles, rebaptisée « New Angeles » après un tremblement de terre, est en proie aux gangs et aux criminels. La ville est dirigée dans l'ombre par Koga Shuko (interprété par un Robert Patrick méconnaissable, affublé d'une coupe de cheveux qui défie toute logique capillaire), un mégalomane qui recherche les deux moitiés d'un médaillon magique capable de lui conférer des pouvoirs incommensurables. Malheureusement pour lui, une partie du talisman est entre les mains des frères Lee, Billy (Scott Wolf) et Jimmy (Mark Dacascos), deux jeunes combattants maladroits mais déterminés à empêcher la conquête de la ville. Aidés par Marian (Alyssa Milano), chef d'un groupe de résistants urbains, ils vont devoir affronter des sbires grotesques, des mutants improbables et, bien sûr, des ninjas. Parce qu'un film d'action des années 90 sans ninjas, c'est comme une pizza sans fromage : une erreur fondamentale.
Difficile de reprocher à Double dragon son manque d'ambition scénaristique, tant il épouse sans complexe les conventions du film d'action familial des années 90. On y retrouve une construction classique du buddy movie, avec le duo de héros contrastés (le sérieux et le rigolo), un méchant caricatural, une quête prétexte et des gadgets futuristes douteux. L'histoire, elle, est une succession de scènes prétextes pour des bastons, des poursuites et des punchlines plus ou moins efficaces. Le film se veut léger, accessible aux plus jeunes, et ne cherche jamais à développer de véritable tension dramatique. C'est une bande dessinée filmée, qui préfère l'action aux explications et qui, malgré son évidente faiblesse narrative, parvient parfois à divertir par son absurdité assumée.
Les personnages sont aussi archétypaux que possible, mais certains tirent leur épingle du jeu. Robert Patrick, qui venait de marquer les esprits en T-1000 dans Terminator 2, semble ici s'amuser comme jamais en surjouant un méchant de comic book, à mi-chemin entre un PDG de cartoon et un gourou cyberpunk. Alyssa Milano, quant à elle, joue une version punk d'April O'Neil en mode rebelle, tout droit sortie d'un clip MTV de l'époque. Mark Dacascos et Scott Wolf font ce qu'ils peuvent avec leurs dialogues enfantins, oscillant entre l'humour potache et les vannes dignes d'un épisode de Power Rangers.
Si Double dragon tente vaguement d'exploiter des thèmes de fraternité et de résistance face à l'oppression, ces idées sont à peine effleurées. Le vrai message du film, c'est surtout « les arts martiaux, c'est cool » et « les médaillons magiques, c'est encore plus cool ». Le cadre post-apocalyptique, qui aurait pu donner une certaine personnalité au film, est finalement peu exploité, transformant New Angeles en un simple terrain de jeu pour des bagarres de cours de récréation. On sent l'influence de The warriors dans l'omniprésence des gangs, mais sans jamais retrouver la moindre tension réelle. L'ambiance globale évoque davantage un mix entre Tortues ninja (pour l'humour et le côté urbain) et Los Angeles 2013 (pour l'esthétique déglinguée), mais en version light.
Sur le plan technique, la réalisation de James Yukich est, disons… fonctionnelle. Le film abuse de filtres colorés, de néons criards et d'effets spéciaux datés qui n'étaient déjà pas impressionnants à l'époque. Certaines scènes d'action, pourtant chorégraphiées par des spécialistes du genre, manquent cruellement de punch, la faute à un montage mollasson et à un manque évident de moyens. Les rares tentatives de mise en scène dynamique sont rapidement gâchées par des effets visuels ratés, notamment un certain « monstre mutant » qui ressemble plus à une sculpture de pâte à sel ratée qu'à une menace crédible. Heureusement, la bande-son typique des 90s, avec ses riffs électriques et ses beats électroniques, ajoute une touche de nostalgie qui fonctionne plutôt bien.
Côté performances, Double dragon fait le strict minimum. Scott Wolf joue son rôle comme un personnage de sitcom, accumulant les grimaces et les blagues d'ado attardé. Mark Dacascos, habitué aux films d'arts martiaux, est plus convaincant dans l'action, mais manque de présence dans les moments plus légers. Robert Patrick, lui, se régale en campant un méchant de dessin animé, cabotinant sans retenue dans un rôle qui aurait pu être tenu par un Jim Carrey sous amphétamines. Quant à Alyssa Milano, elle est surtout là pour offrir un personnage badass sur le papier, mais dont l'impact reste limité.
Avec le recul, Double dragon est un film qui se regarde plus avec indulgence qu'avec admiration. Pour un enfant des années 90, il a tout ce qu'il faut pour marquer : des ninjas, des gadgets, des méchants caricaturaux et des héros qui balancent des vannes. Mais objectivement, il est impossible de le considérer autrement que comme un nanar sympathique, qui divertit malgré lui et dont la principale qualité est de ne jamais se prendre au sérieux. İl a sa place aux côtés des adaptations foireuses de jeux vidéo comme Street fighter et Super Mario bros., mais il peut au moins se targuer de ne pas être ennuyeux. Si vous êtes nostalgique ou que vous avez huit ans dans votre tête, il y a de quoi passer un bon moment. Pour les autres, il vaut mieux laisser le médaillon en paix.
Ma note
50%