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· Julien   Lepage

Le dictionnaire de Dragon ball
Akira Toriyama
2004

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Illustration de critique : Le dictionnaire de Dragon ball
Dragon ball, ça se lit, ça se regarde, ça se vit… et puis voilà. Mais il y a des univers suffisamment denses pour qu'on ait envie d'y revenir autrement, avec une lampe de poche et une loupe, pour fouiller les recoins que la lecture au fil des tomes ne permet pas de saisir. Le dictionnaire de Dragon ball, c'est exactement ça : un ouvrage de référence officiel, né du cerveau d'Akira Toriyama ; ou plutôt, soyons honnêtes, de l'équipe d'Toriyama, car le maître a supervisé l'ensemble de loin, en laissant une organisation spécialisée nommée Caramel Mama faire le gros du travail de compilation. Ce n'est pas un détail anodin.

Il s'agit de la version française du septième et dernier volume des Daizenshū, ces encyclopédies monumentales publiées au Japon en 1995-1996 juste après la fin de la série dans le Weekly sh&oùacr;nen jump. Un legs. Un tombeau, au sens noble. Sur les sept volumes de la collection, Glénat n'en a traduit que deux — celui-ci et le premier, consacré aux illustrations — ce qui fait du Dictionnaire une pièce rare dans le paysage éditorial francophone. Les fans de la première heure, ceux qui ont grandi avec Son Gok&$umacr; dans le poste du salon grâce au Club Dorothée, ont attendu ça comme une bible laïque.

Le contenu est exactement ce que le titre promet, et c'est déjà beaucoup. On trouve une chronologie précise des événements du manga et de l'animé, des fiches encyclopédiques sur les personnages, les techniques, les lieux et les objets (y compris ceux évoqués en une seule case, dans une seule réplique, et qu'on avait complètement oubliés), un atlas géographique de l'univers de Toriyama, un catalogue des produits dérivés japonais d'époque, et un recensement des illustrations de prépublication parues dans le Jump. Plus de 300 pages, couverture cartonnée, papier glacé, jaquette soignée : l'objet est beau, il a du poids, et on comprend qu'on tient entre les mains quelque chose qui a de la valeur au-delà de la simple lecture.

Ce qui frappe à la première consultation, c'est l'ampleur du travail de classification. Tout l'univers de Dragon ball est ici rangé, étiqueté, croisé. Des cartes géographiques de la Terre de Toriyama, des fiches de combat, des listes de niveaux de puissance ; celles-la même qui ont nourri des débats de cour de récré pendant dix ans. On passe une heure à feuilleter en cherchant rien de précis et on finit par tomber sur le temps de transformation maximale d'Oolong. C'est l'encyclopédie rêvée de l'élève distrait en cours de maths.

Cela dit, le livre a ses défauts, et il faut les nommer. Le classement suit l'ordre de l'alphabet hiragana japonais, conservé tel quel dans la traduction française ; ce qui, pour le lecteur non initié au japonais, transforme parfois la recherche en jeu de piste. On aurait aimé un index francisé en complément. Plus embêtant : quelques erreurs factuelles se sont glissées dans l'ouvrage. La fiche de Son Goten, par exemple, commence par une information inexacte sur les circonstances de sa naissance. Les niveaux de puissance cités sont à prendre avec des pincettes. Difficile de savoir si ces approximations viennent de la traduction d'Olivier Huet ou de l'original japonais, mais elles existent, et elles agaceront les connaisseurs les plus pointilleux. Toriyama lui-même, dans ses rares prises de parole autour de ces volumes, reconnaissait volontiers qu'il avait laissé les mains libres à son éditeur, se contentant de signer l'introduction.

L'autre limite, plus fondamentale, c'est que le livre a été composé au Japon en 1996, ce qui signifie que Dragon ball GT n'y occupe que trois petites pages, quasi symboliques. Pour un ouvrage qui se veut encyclopédique, c'est une lacune notable ; même si l'on comprend la logique éditoriale de l'époque. La réédition française de 2004 n'a pas corrigé le tir.

Au bout du compte, Le dictionnaire de Dragon ball est l'objet qu'il prétend être, ni plus, ni moins. Une encyclopédie de fan réalisée par des professionnels sérieux, avec quelques imperfections acceptables pour peu qu'on ne la prenne pas pour une vérité gravée dans le marbre. Les néophytes y trouveront une porte d'entrée fascinante dans un univers foisonnant. Les vétérans y retrouveront la nostalgie d'un monde qu'ils croyaient connaître par cœur… et découvriront qu'ils avaient quand même raté quelques trucs.
Ma note80%
Lu le 12 Mai 2009


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