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· Julien   Lepage

Le Français est un jeu
Pierre Jaskarzec
2013

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Illustration de critique : Le Français est un jeu
Trois euros. C'est le prix d'un expresso en terrasse à Paris, d'un ticket de métro ou d'un petit Librio qu'on glisse dans la poche arrière de son jean en sortant de la Fnac. Pierre Jaskarzec, né en 1967, fait partie de ces figures discrètes de l'édition française dont le nom ne dit rien à personne, mais dont le travail irrigue silencieusement les rayonnages parascolaires. L'homme est éditeur de métier : son quotidien consiste à restructurer et corriger les manuscrits des autres, ce qui en fait une sorte de chirurgien esthétique de la prose française. Et quand il a du temps libre, entre deux sessions d'haltérophilie (véridique), il rédige des opuscules sur la langue. Le Français est un jeu est le premier d'une série qui comprend aussi Le mot juste et Les mots sont un jeu, tous publiés chez Librio dans la collection Mémo. On est dans l'artisanat linguistique de poche, pas dans la grande littérature ; et l'ouvrage ne prétend d'ailleurs jamais l'être.

Le principe est limpide : plus de deux cents questions pièges classées par thème (genre des mots, homonymes, conjugaison, pluriels, participes passés, accentuation) sous forme de QCM. On coche, on entoure, on raye, crayon en main, puis on va vérifier ses réponses en fin de chapitre, où des explications claires, souvent agrémentées de citations littéraires, nous remettent les idées en place. Le méchant de l'histoire, c'est la langue française dans toute sa perversité normative : un antagoniste redoutable, il faut bien l'admettre, qui nous tend des embuscades à chaque page. Écrit-on « la gent » ou « la gente féminine » ? Faut-il un « s » à « cent » ? Comment survivre au cauchemar des participes passés ? Jaskarzec pose les questions avec un petit plaisir sadique qu'on devine derrière la rigueur pédagogique.

Le problème, c'est que le livre hésite en permanence entre deux identités. D'un côté, la promesse ludique du titre : on nous parle de « jeu », on nous invite à « affûter nos crayons » avec un enthousiasme de moniteur de colonie de vacances. De l'autre, la réalité d'un exercisier qui devient parfois franchement aride, voire décourageant. On se demande parfois si Jaskarzec ne s'adresse pas davantage aux agrégés de lettres qu'au lecteur lambda qui voulait juste vérifier s'il mettait bien ses accents au bon endroit. Cette édition 2013, augmentée par rapport à celle de 2005, passe de 93 à 128 pages, mais l'ajout ne corrige pas ce déséquilibre fondamental. On navigue entre des questions accessibles qui procurent une satisfaction immédiate et des passages où l'on se sent revenu sur les bancs d'un cours de khâgne qu'on n'a jamais fréquenté. Le parcours est inégal, un peu comme un film qui alterne des scènes brillantes avec des longueurs inexplicables.

Ce qui sauve l'ensemble, c'est la qualité des explications. Jaskarzec ne se contente pas de livrer la bonne réponse : il raconte l'histoire des mots, leurs origines, leurs évolutions, les raisons pour lesquelles le français est ce qu'il est ; c'est-à-dire un magnifique bordel étymologique. Ces passages-là ont un vrai charme, une érudition généreuse qui rappelle par moments le plaisir qu'on pouvait prendre aux chroniques linguistiques d'un Alain Rey ou aux dictées de Pivot le dimanche après-midi. Mais ils restent noyés dans un format QCM qui, au bout de cent pages, finit par tourner en rond. On fait le livre en deux ou trois sessions, on note mentalement trois ou quatre règles qu'on ignorait, et on le repose sur l'étagère sans grande envie d'y revenir. C'est le syndrome du cahier de vacances : utile sur le moment, oublié dès la rentrée.
Ma note60%
Lu le 18 Octobre 2013


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