Délivre-nous du mal
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Avec Délivre-nous du mal, Scott Derrickson continue d'explorer ce territoire qu'il affectionne tant : celui des possessions démoniaques et de la foi retrouvée. Après L'exorcisme d'Emily Rose et Sinister, il s'associe une nouvelle fois à Paul Harris Boardman pour adapter très librement le livre autobiographique de Ralph Sarchie, ancien flic du Bronx reconverti en consultant spirituel. À la place d'un témoignage fascinant, on nous sert un film d'horreur générique, qui aligne les poncifs avec une constance confondante.
L'histoire se déroule donc dans le Bronx, où le sergent Ralph Sarchie, flic rude et tourmenté, enquête sur une série d'événements étranges impliquant mutilations, crises de folie et phénomènes surnaturels. En cherchant un lien entre ces affaires, il croise la route d'un prêtre à la gueule cassée, ex-toxicomane et exorciste à mi-temps. Les deux hommes s'allient pour combattre une force démoniaque incarnée dans le corps d'un ancien marine revenu d'Irak. On devine tout de suite où le film veut en venir : confrontation avec le Mal, lutte intérieure, rédemption, tout cela sur fond d'enquête urbaine à la sauce eau bénite.
Sur le papier, pourquoi pas. Le problème, c'est que tout est exécuté avec une paresse affligeante. Le scénario recycle tous les éléments habituels du genre sans jamais chercher à les transcender. Les jumpscares sont là, évidemment, mais tellement nombreux et prévisibles qu'ils n'effraieraient même pas un adolescent habitué à Insidious. La caméra à l'épaule cherche à instiller une tension viscérale, mais ne fait qu'aggraver l'impression d'un film tourné comme un épisode quelconque d'Esprits criminels. Et ce fameux « effet lampe torche » — une silhouette qui surgit dans l'ombre, un grésillement sonore, puis un hurlement — est recyclé jusqu'à l'écœurement. Tout l'arsenal du film d'horreur industriel est là, sans finesse ni inventivité.
Les personnages, eux, ne sont que des archétypes ambulants. Ralph, le flic taciturne au passé lourd, délaisse sa famille mais finira par retrouver la foi. Mendoza, le prêtre rebelle, boit du whisky et fume des clopes entre deux incantations. Les possédés ? Des caricatures dégoulinantes, sales, baveuses, grognant comme des animaux. Aucun ne semble écrit pour exister au-delà de leur fonction narrative. Même les dialogues ne s'embarrassent pas de subtilité, tant ils sont uniquement là pour énoncer ce que le spectateur a déjà compris depuis dix minutes.
Et que dire des thématiques ? Le film se rêve comme une exploration du mal, de la culpabilité, du salut spirituel. Mais tout est traité de manière lourde, appuyée, sans nuance. On voit venir le parcours de rédemption du personnage principal dès les dix premières minutes, et la conclusion, avec sa scène d'exorcisme interminable, finit de noyer toute tentative de discours dans un bain d'huile bénite grotesque. Même le recours à la musique de The Doors, censé ajouter une profondeur rock et mystique, tombe à plat. À vrai dire, leur présence dans le film est aussi absurde que les dialogues d'Olivia Munn, réduite à une fonction décorative dans le rôle de la femme inquiète, sans une seule scène marquante à défendre.
Visuellement, le film n'est pourtant pas déshonorant. Certaines ambiances de nuit dans les rues new-yorkaises sont bien captées, et le décor du commissariat est convaincant. Mais la mise en scène reste sans souffle, sans vision. Elle exécute un cahier des charges sans jamais proposer une signature ou un regard. Les effets spéciaux sont efficaces, les maquillages bien faits (surtout sur Sean Harris et Olivia Horton), mais cela ne suffit pas à créer l'effroi — seulement une succession de scènes attendues, au rythme prévisible.
Quant au casting, Eric Bana reste égal à lui-même : monolithique, peu impliqué, presque somnambule par moments. On sent qu'il s'ennuie autant que nous. Joel McHale, plus à l'aise dans son rôle de sidekick blagueur, s'en tire plutôt bien, surtout grâce à quelques répliques bien envoyées. Edgar Ramírez, en curé sexy façon Javier Bardem, fait ce qu'il peut avec un rôle écrit à la truelle. Olivia Munn, quant à elle, est totalement sous-exploitée, absente du récit dès que le moindre enjeu dramatique se profile.
Au final, Délivre-nous du mal ressemble à un produit formaté, calibré pour des soirées pop-corn où le frisson se mesure en décibels. Un film qui coche toutes les cases sans jamais sortir des clous, et qui s'écroule sous le poids de ses propres ambitions spirituelles. Pas de quoi crier au scandale, mais certainement pas de quoi crier tout court. Si vraiment l'exorcisme vous fascine, retournez voir L'exorciste de William Friedkin. Si vous cherchez un divertissement horrifique, autant en rire entre amis lors d'une soirée « peur rigolote ». Mais seul devant l'écran, ça sent surtout l'ennui.
L'histoire se déroule donc dans le Bronx, où le sergent Ralph Sarchie, flic rude et tourmenté, enquête sur une série d'événements étranges impliquant mutilations, crises de folie et phénomènes surnaturels. En cherchant un lien entre ces affaires, il croise la route d'un prêtre à la gueule cassée, ex-toxicomane et exorciste à mi-temps. Les deux hommes s'allient pour combattre une force démoniaque incarnée dans le corps d'un ancien marine revenu d'Irak. On devine tout de suite où le film veut en venir : confrontation avec le Mal, lutte intérieure, rédemption, tout cela sur fond d'enquête urbaine à la sauce eau bénite.
Sur le papier, pourquoi pas. Le problème, c'est que tout est exécuté avec une paresse affligeante. Le scénario recycle tous les éléments habituels du genre sans jamais chercher à les transcender. Les jumpscares sont là, évidemment, mais tellement nombreux et prévisibles qu'ils n'effraieraient même pas un adolescent habitué à Insidious. La caméra à l'épaule cherche à instiller une tension viscérale, mais ne fait qu'aggraver l'impression d'un film tourné comme un épisode quelconque d'Esprits criminels. Et ce fameux « effet lampe torche » — une silhouette qui surgit dans l'ombre, un grésillement sonore, puis un hurlement — est recyclé jusqu'à l'écœurement. Tout l'arsenal du film d'horreur industriel est là, sans finesse ni inventivité.
Les personnages, eux, ne sont que des archétypes ambulants. Ralph, le flic taciturne au passé lourd, délaisse sa famille mais finira par retrouver la foi. Mendoza, le prêtre rebelle, boit du whisky et fume des clopes entre deux incantations. Les possédés ? Des caricatures dégoulinantes, sales, baveuses, grognant comme des animaux. Aucun ne semble écrit pour exister au-delà de leur fonction narrative. Même les dialogues ne s'embarrassent pas de subtilité, tant ils sont uniquement là pour énoncer ce que le spectateur a déjà compris depuis dix minutes.
Et que dire des thématiques ? Le film se rêve comme une exploration du mal, de la culpabilité, du salut spirituel. Mais tout est traité de manière lourde, appuyée, sans nuance. On voit venir le parcours de rédemption du personnage principal dès les dix premières minutes, et la conclusion, avec sa scène d'exorcisme interminable, finit de noyer toute tentative de discours dans un bain d'huile bénite grotesque. Même le recours à la musique de The Doors, censé ajouter une profondeur rock et mystique, tombe à plat. À vrai dire, leur présence dans le film est aussi absurde que les dialogues d'Olivia Munn, réduite à une fonction décorative dans le rôle de la femme inquiète, sans une seule scène marquante à défendre.
Visuellement, le film n'est pourtant pas déshonorant. Certaines ambiances de nuit dans les rues new-yorkaises sont bien captées, et le décor du commissariat est convaincant. Mais la mise en scène reste sans souffle, sans vision. Elle exécute un cahier des charges sans jamais proposer une signature ou un regard. Les effets spéciaux sont efficaces, les maquillages bien faits (surtout sur Sean Harris et Olivia Horton), mais cela ne suffit pas à créer l'effroi — seulement une succession de scènes attendues, au rythme prévisible.
Quant au casting, Eric Bana reste égal à lui-même : monolithique, peu impliqué, presque somnambule par moments. On sent qu'il s'ennuie autant que nous. Joel McHale, plus à l'aise dans son rôle de sidekick blagueur, s'en tire plutôt bien, surtout grâce à quelques répliques bien envoyées. Edgar Ramírez, en curé sexy façon Javier Bardem, fait ce qu'il peut avec un rôle écrit à la truelle. Olivia Munn, quant à elle, est totalement sous-exploitée, absente du récit dès que le moindre enjeu dramatique se profile.
Au final, Délivre-nous du mal ressemble à un produit formaté, calibré pour des soirées pop-corn où le frisson se mesure en décibels. Un film qui coche toutes les cases sans jamais sortir des clous, et qui s'écroule sous le poids de ses propres ambitions spirituelles. Pas de quoi crier au scandale, mais certainement pas de quoi crier tout court. Si vraiment l'exorcisme vous fascine, retournez voir L'exorciste de William Friedkin. Si vous cherchez un divertissement horrifique, autant en rire entre amis lors d'une soirée « peur rigolote ». Mais seul devant l'écran, ça sent surtout l'ennui.
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